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jeudi 26 septembre 2013

Libéral devant l'éternel

J'ai vu plusieurs posts de libéraux/libertariens/anarchistes qui affirmaient vivement que l'étatisme était une forme de religion. C'est un lieu commun relativement courant. (très courant en fait)


Cette sentence a plusieurs facettes – comme d'habitude, hurle mon public lassé – la première étant que ces individus, libres comme l'air, libre d'esprit, souhaitant être libres financièrement et vis-à-vis de l'état, sont rarement du tempérament qui va avec l'acceptation inconditionnelle des dogmes religieux. Pour les anarchistes, cela vient de la tendance plus ancienne à combattre la religion comme norme oppressante, ni Dieu, ni maître.
Pour les libéraux, vient l'idée que leur doctrine lumineuse devrait montrer la voie à tous. Seuls ceux qui se sont fourvoyés hors du sentier de la raison peuvent donc être rétifs au libéralisme. On compare donc l'étatisme aux religions, ces dernières étant comprises comme des systèmes de foi aveugle, exigeant de multiples sacrifices, responsables de milliers de morts et de violence, comme le seraient les états :
"While the so-called “New Atheists” are spending their energies warning of the violence that is justified by religious belief, they miss the most dangerous, the most irrational, and the most pervasive religion on the planet: statism. Modern-day government is a god and statism is a religion that is responsible for 260,000,000 deaths in the last century alone. Join us today on The Corbett Report as we commit the heresy of denying the statist religion and disproving the government god."

Voire, position plus forte, que l'étatisme est le condensé de tous les problèmes de la religion :

Washington ne vaudrait pas mieux que Moloch-Baal et Obama ne serait qu'un grand-prêtre parmi d'autres, exigeant toujours plus de sacrifices. Le Capitole est un temple, la constitution est une Bible, etc. etc.
A ce que je comprends, on accuse les partisans du gouvernement d'être aveuglé par leur foi et d'être incapable de discernement, tout comme on considère leurs théories comme des fictions : la religion ne saurait pas être bénéfique, c'est une arnaque, un mensonge.

Je pense que ça a beaucoup à voir avec l'idée libérale que "tous les échanges sont mutuellement bénéfiques" sinon ils n'auraient pas lieu. Je ne trouve pas forcément l'idée naïve, après tout, si un échange a lieu, c'est bien qu'à un instant donné, les deux parties y ont trouvé leur compte. Premier sens : les échanges sont bénéfiques, puisqu'ils émanent de l'accord des deux parties et que les gens peuvent s'enfuir en hurlant s'ils flairent l'arnaque. L'idée me parait naïve quand elle estime que tout échange effectué est automatiquement et indiscutablement juste.
Quand des gens n'ont pas le choix, néanmoins, des échanges auront lieu sans alternative. S'il y a un monopole pour un bien de première nécessité, alors l'échange sera "mutuellement bénéfique", mais l'une des deux parties pourra extorquer ce qu'elle veut.
Les libéraux diront bien sûr que le libre-marché, la concurrence, mettrait fin aux monopoles et ferait baisser les prix. Comme d'habitude, le libre-marché étant deux boulevards plus loin que la Jérusalem Céleste, on ne manquera jamais d'excuses pour expliquer quand ça ne marche pas, et on ne manquera pas de rejeter la faute sur l'état.

L'étatisme serait une religion dans la mesure où, comme les religions, il demande au gens des sacrifices insensés, qui les peinent et nuisent au monde, et auquel ils obtempèrent sans discuter.
Aux Etats-Unis, cela semble biaisé dans la mesure où l'Etat, effectivement, s'est construit une sorte de socle chrétien : ce qu'on a appelé la religion civile (Bellah a popularisé ce terme de Rousseau dans un célèbre essai de 1967). Aucune religion n'était suffisamment forte sur le sol américain pour l'emporter, alors le président s'est contenté de dire God Bless America, et In God We Trust sans bien sûr préciser de quel Dieu il s'agissait ni de l'interprétation du livre d'Esdras ou du Deutéronome.
De la même manière que les cultes particuliers, à domicile, dans l'Empire Romain, participaient à la grandeur de l'empereur. Comme il était vénéré comme un Dieu, l'adoration des autres dieux le grandissait par procuration.
Certains furent exclus de cet espèce de "dénominateur commun, les catholiques, par exemple, puisqu'ils n'usaient pas de la King James Bible qui s'imposa dans les écoles . (Voir mon mémoire "La religion au tableau")
Aussi, le sacrifice de Lincoln et des soldats tombés pendant la Guerre de Sécession a été profondément associé à celui de Jésus, et Lincoln lui-même dit que la Guerre de Sécession n'était qu'une grande ordalie durant laquelle Dieu déciderait du sort de l'esclavage.
De la même manière, certains assimilent le comportement des "sauvages" aux fous ou aux enfants, mais dans la mesure où il y a des sauvages enfants, des enfants fous, et des sauvages fous, l'analogie a ses limites.
De même, il y a des états religieux, et des religions d'état, d'où une certaine confusion de ma part quant à cette comparaison.

Sacrifice et impôts


Mais telle que je la comprends, l'idée "d'échange mutuellement bénéfique" doit fonder cette aversion pour Dieu et également pour les impôts. Elle n'est pas qu'une simple coïncidence.

Beaucoup, pas forcément libertariens agréeront pour dire que les impôts sont un sacrifice. A savoir, on se prive d'une part de notre pouvoir financier pour que l'Etat puisse fonctionner comme il le fait.
Etant donné les nombreux liens entre sacrifices, au sens premier, et religion, on pourrait sans peine tisser un lien et dire que le lourd fardeau combiné de l'ISF, de la TVA de l'impôt sur le revenu, etc. n'est pas plus intelligent que le sacrifice d'Abraham : on nous demande de nous saigner sans raison, pour un maître éminent et indiscutable. Et on n'a pas le choix !

(on m'accusera d'attaquer un homme de paille, puisque personne ne prétend que l'impôt est un sacrifice, cependant j'ai moi-même soutenu le parallèle et vais continuer à le faire avec plus de subtilité. Je ne trouve néanmoins plus le post original qui m'avait fait écrire, navré. La plupart des exemples que je trouve sont ambigus et ne font pas montre de la dimension religieuse du sacrifice, mais de son sens figuré, qui n'a émergé que bien tardivement et que ne possède pas l'hébreu biblique korban ou minchah, mais que possède désormais l'hébreu actuel : à savoir le sacrifice est un renoncement pour un plus grand bien, plus une offrande rituelle.)

Ici tombe le premier sens des échanges mutuellement bénéfiques : on déteste les impôts parce qu'on ne peut pas y échapper, on ne peut pas choisir de ne pas échanger avec l'état. De même diront-ils qu'on ne peut rien refuser à Dieu. Impôts et sacrifice, kif-kif.

Je crois que c'est profondément méconnaître la nature du sacrifice.
Certes, je pense qu'il y a un parallèle intéressant : on payait à l'époque le cens au prince (e.g. Neuchâtel avant l'avènement de la République) parce qu'il possédait en dernière instance la terre et qu'on n'en était que locataire. Berdiaev dira ainsi que la Russie était un terrain de choix pour le socialisme, puisque le droit romain n'y ayant pas été loi, l'idée de l'appartenance individuelle de la terre était peu courante. Même les koulaks qui avaient l'usufruit de leur terrain savaient qu'en dernière instance, la terre était à Dieu. On donne au prince comme on donne à Dieu : parce qu'un être infiniment plus puissant que nous nous a laissé prospérer on lui rend une part du fruit de notre travail. Si on parle encore de Neuchâtel avant 1848, c'est évident : les vignerons payaient la dix-septième gerle et les paysans la dîme (qui désignait en fait le onzième, non le dixième, de la récolte) souvent en nature d'ailleurs, mais les professions libérales et commerciales étaient épargnées d'impôts. 
Mais l'Etat présente les impôts comme un échange mutuellement bénéfique. Pas choisi, mais bénéfique : tu donnes ton argent, on rend des services qui bénéficient à l'ensemble de la communauté. Certains libéraux reconnaissent ainsi l'utilité de certains services en ce qu'ils peuvent garantir la propriété et la sécurité des marchés.
Le sacrifice est tout autre. Sans nous lancer dans les généralisations, ce sera le fruit d'un autre article qui parlera de la conception de Hubert&Mauss, ainsi que de la falsification qui fut faite de ce modèle trop simple et trop beau, prenons pour l'heure le sacrifice biblique.
Cela nous suffira, étant donné qu'on conçoit clairement la religion comme une adoration déplacée, concept monothéiste s'il en est.
Premier sacrifice : celui de Caïn et Abel (Gén. 4:2-5). Dieu répondit à l'offrande de viande d'Abel, mais détourna son regard de celle de Caïn, faite de fruit. Le caprice – aucune raison n'est donnée – résulte dans la jalousie de Caïn et le meurtre de son frère. Cependant, c'est plus que de la jalousie de n'avoir pas été récompensé par Dieu.
Ensuite, la relation homme/Dieu est par essence inégalitaire. Non seulement Dieu n'a besoin de rien, et donc on ne saurait rien lui offrir de bénéfique, mais en plus, tout ce qu'on possède, on le tient de lui. On de fait que lui rendre une part infîme de ses bienfaits.
Ainsi Massenzio analyse cette dialectique et la présente de façon simple : le monde est sacré. La pluie tombe, le champ pousse, on sait pas trop comment ça marche. Manger comporte donc une part de profanation. On ne sait pas ce qu'on a le droit de consommer, ni si on va contrarier quelqu'un en meulant le blé. Aussi on en sacrifie une partie, en espérant concentrer le "sacré" dans cette partie, ce qui permet de libérer le reste de la récolte, de la rendre profane et consommable. De la même manière le temps sacré de la fête permet de libérer le reste du temps.
Le sacrifice est donc une propiciation censée relancer un échange de dons. Mais ce que souligne l'échec de Caïn c'est qu'il est toujours possible que ça échoue. C'est le concept d'une offrande, ce n'est pas un échange sur un marché, elle n'est pas contraignante, elle est seulement propiciatoire.
Et quand on regarde le mythe de Promethée arnaquant Zeus on voit l'aveu évident que la partie sacrifiée nous est la moins utile : os et graisses. Car si on devait rendre aux Dieux tout ce qu'on tient d'eux on ne pourrait simplement pas vivre.
Ainsi Jacob, lorsqu'il s'enfuit de son frère Esaü qui veut le tuer, prie et promet à Dieu de lui rendre une part de ce qu'il lui donnera :
"Et cette pierre que j’ai dressée en stèle sera la maison de Dieu; et de tout ce que tu me donneras, je t’en donnerai la dîme." (Gén. 28:22)
…Loin d'être un échange mutuellement bénéfique. Donne-moi des choses, Seigneur, et je t'en rendrai une partie.

Mais les Dieux sont capricieux et parfois, ils exigent de prendre la totalité de ce qu'ils ont donné.
Prenons Abraham.

Remarquons la bêtise d'accuser la Bible de promouvoir cette pratique alors que précisément ce récit parle de la fin des sacrifices humains et de leur prohibition, et passons.
Dieu donna à Abraham des fils alors même qu'il était très vieux. Comment Dieu pouvait-il être sûr que l'adoration de cet homme ne venait pas des multiples cadeaux qu'il lui avait fait ? (Il est pas vraiment omniscient) Autrement dit, Dieu est dans la position de quelqu'un qui veut être aimé pour lui, pas pour sa prodigalité, ainsi qu'un riche qui veut qu'on passe outre sa fortune. Le même genre d'épreuve est à l'oeuvre autour de Job : Dieu l'indique à Satan comme un bon croyant, et Satan persifle. Sans sa fortune, sera-t-il aussi fidèle ?
[3] L'Éternel dit à Satan: As-tu remarqué mon serviteur Job? Il n'y a personne comme lui sur la terre; c'est un homme intègre et droit, craignant Dieu, et se détournant du mal. Il demeure ferme dans son intégrité, et tu m'excites à le perdre sans motif.
[4] Et Satan répondit à l'Éternel: Peau pour peau! tout ce que possède un homme, il le donne pour sa vie.
[5] Mais étends ta main, touche à ses os et à sa chair, et je suis sûr qu'il te maudit en face.
[6] L'Éternel dit à Satan: Voici, je te le livre: seulement, épargne sa vie. (Job 2:3-6)
Demander de rendre un de ses fils à Abraham est donc la solution logique. Si ton adoration persiste mais que tu peux renoncer à ton fils, c'est que tu m'adores vraiment, pense le Seigneur. Hannah, mère de Samuel du livre éponyme, reçoit la même exigence : elle demande un fils, priant, et disant qu'elle le dédiera à Dieu si il vient à naître
27 C'est pour cet enfant que je priais, et l'Éternel m'a accordé la demande que je lui ai faite.
28 Aussi, je le dédie à l'Éternel; il sera dédié à l'Éternel pour tous les jours de sa vie. Et ils se prosternèrent là devant l'Éternel.
(1 Samuel 1:27-28)
Elle l'amène ensuite au temple, où il reste toute sa vie dédié à l'éternel. Elle aura par contre de multiples enfants, relançant donc le cycle de Don.

Dîtes autant que vous voulez que l'étatisme est une religion si ça peut vous faire plaisir, mais les impôts ne sont donc en aucun cas un sacrifice.
  1. Le sacrifice doit être délibéré, pas coercitif. Il est une épreuve pour le libre-arbitre.
  2. Il est fait à un être qui n'a besoin de rien, or l'état ne nie pas le besoin vital qu'il a des impôts.
  3. Il fait partie d'un cycle de dons, non d'un échange, or l'Etat prétend bien qu'il s'agit d'un échange. Les impôts donnent droit à des prérogatives.

mercredi 25 septembre 2013

Aphoristique de septembre

Morceaux choisis, déjà postés pour la plupart sur twitter ou tumblr.
Tant de penses qui ne sont pas assez consistantes pour un article à part, mais que je ne veux pas laisser perdre non plus. Je pense refaire ça, notamment avec mon archive twitter.




***



I

Biais cognitif à élucider, n°23 : Les gens dont tu aimes bien voir les propos repris et les trouve éclairants quand cités par d’autres, mais dès que tu les lis dans le texte, étonnamment mais subséquemment, ils te saoulent.


II


(Je suis bien conscient d’être probablement dans cette catégorie.)

III

Moffat est pratique, il prend sur lui tout le sexisme de Doctor Who, sans qu'on ait besoin de l'expliciter plus : c'est sa faute. Scénaristes, réalisateurs, autres membres de la production, et incidemment le reste du monde, vous voilà absouts. Vous n'y êtes pour rien.
Critiquer la série : oui. Accuser les responsables, soit, mais réduire ça à Moffat et hurler son nom à tout tournant me semble par contre particulièrement débile.
A moins de prétendre que les scénaristes/réalisateurs en-dessous de lui et les producteurs de la BBC au-dessus n’ont aucune marge de manœuvre, il faut admettre la responsabilité de chacun et pas juste estimer que la malfaisance de Moffat transcende ces échelons.
Le patriarcat est le fait de beaucoup, si ce n’est tous.
Focaliser la lutte sur des individus laisse penser qu’il s’agit de problèmes épars, singuliers, exceptionnels, et non les symptômes d’un mal systémique.
Est-ce le but ?


IV

L'eczéma qui me ronge les mains est en fait un stratagème évolutif du patriarcat pour m'absoudre de ne pas faire la vaisselle.


V

Je pensais que les libéraux, étant donné le peu de commandements qu’ils ont à respecter et promouvoir, seraient moins portés à classer le monde en “tout le monde contre nous”, et pourtant ! Qu’ils sont nombreux à assimiler étatisme et communisme, bureaucratie et socialisme. Tout ce qui s’oppose à la libre fluctuation des capitaux fait partie de la même engeance. Tout dénier versé à l’état augure la redistribution de celui-ci, et donc le communisme !
Pétain et Mao, même combat, les mafieux et les fonctionnaires, même combat, les talibans et Walras, même combat : tous ceux qui osent prétendre que le libre-marché n’est pas la solution optimale en tout sont tous à détruire, ne nous embarrassons pas dès lors d’étiquettes.
Un spectre hante leurs hommes de paille : le communisme.

VI
(introduction de Contre Chouard

Sur Internet ne prévalent que les théories qu’on peut énoncer en toussant.

Le libertarianisme : «*Tousse* ! Moins d’État ! *Tousse*»
Le Revenu de Base : «*Tousse* Donnons de l’argent à tout le monde ! *Tousse*»
Et maintenant le chouardisme : «*Tousse* Tirons au sort nos députés ! *Tousse*»

Je simplifie ardemment, mais il me parait désormais impossible de tenter un débat sociétal, quel qu’il soit, sans qu’un de ces trois partisans viennent balancer dans le fil de commentaires son argument précuit, et tire de la brièveté de ses propositions un avantage inéchappable sur ses adversaires, puisque toute proposition contraire ou réfutation prendra bien plus longtemps à concevoir ou à énoncer. La règle de base de la rhétorique ce n’est pas de dire quelque chose que votre adversaire ne peut pas réfuter, c’est de dire quelque chose qu’il ne peut réfuter dans le temps qui lui est imparti.


VII

Malgré la Thaïlande(massacre de l’université de Thamasat, à peu près tout ce que Bophibol a fait), la Birmanie(Traitement infâme des Rohingyas par les moines bouddhistes) et le rôle fort du Zen dans la philosophie des arts martiaux, le bouddhisme reste perçu comme pacifiste. Biais cognitif, à mettre dans le même sac que celui qui voudrait que “c’est plus une philosophie qu’une religion”.
Merci le Dalai-Lama, ce businessman de la religion.

VIII

Cessons de prétendre que les autres sont émotifs : nous choisissons tous des postulats philosophiques en adéquation avec nos pulsions. L’impératif de vérité ou de cohérence ne vient qu’après, et encore, il n’est souvent que le résultat d’autres affects.


IX

Si le droit d'auteur s'arrête à la mort de l'auteur, il devient extrêmement bénéfique de le buter.


X

Il semble que Benoît XVI ait décidé qu’on écrirait dans le texte biblique “Le Seigneur” et plus “YHWH”. Le tétragramme étant écarté, il semble donc que les euphémismes tels que Nom de Dieu n’aient plus de sens, puisque dans le texte il n’a plus de nom. “Seigneur” est un titre.


XI

“My name, my real name, it doesn’t matter. Lord is the name I choose. The name you choose it’s like a promise you make.”


XII


“Nom de bleu”, juron usité dans le canton de Vaud, est un double euphémisme, “Nom de Dieu” contournant déjà le tétragramme, puisqu’on n’invoque pas le nom de Dieu en vain.


XIII

Il est des boutons placebo. Les boutons de passage piéton ou d’ascenseur ne font souvent rien pour faire fermer la porte d’iceux plus vite ou passer le feu au vert. De la même manière, nombre de mesures politiques me semblent aussi utiles que de marteler le bouton pour accélérer le voyage de l’ascenseur. Au sens propre : ça n’a pas d’effet sur la vitesse de la chose, mais ça permet de déstresser, on se donne l’impression de faire quelque chose, d’avoir de l’influence dessus.


XIV
(La totalité de l'échange entre moi et Delphine_d, sur un tweet de Manudwarf, qui a inspiré ce fragment, peut être trouvé ici. Morceaux choisis pour éviter de se perdre dans le maelström des réponses simultanées et décalées, et afin que mon interlocutrice puisse prétendre que la partialité du carottage a dénaturé son propos. N'en croyez rien.)

Les prescriptivistes de tout poil sont la norme aujourd’hui, même parmi d’auto-proclamés amoureux de la liberté de chacun. Quoique la langue soit mouvante, quoiqu’elle change pour peu qu’on s’écarte de cent lieues, quoique les patois et les jargons la traversent comme Saint-Sebastien les flèches, ils prétendent qu’il n’y a qu’une vraie langue. Le dictionnaire est leur évangile ; les immortels, leurs vicaires. On dira par exemple qu'il ne faut en aucun cas dire "sales" pour "soldes", sous peine de faire sombrer notre civilisation, alors même que ces tartuffes disent sans ciller "week-end" et "budget".

Récemment, il s’en est trouvé pour combattre aujourd’hui les méchantes féministes qui veulent réformer la langue. Bouh, elles vont… Faire des fautes d’orthographe suivant la norme actuelle ! C’est très grave. On attaquera de semblable façon les accords épicènes et les pronoms neutres, récemment forgés. Les arguments contre ces abominations volent haut. Au choix, c’est “crade”, "moche" ou bien c’est le fruit d’une frustration et d’un mal-être qui requiert la psychiatrie.
Au-delà de cet étalage d’inélégante présomption de la part de ceux qui se prétendent des chevaliers de l’esthétique, remarquons une chose. Il est souvent argué que l’on n’aurait pas le droit de changer la langue à sa convenance. Il faut se plier à l’usage, sinon on ne se comprendra plus. Pas de langage privé !

Si on reconnaît là le talon hautain du parisien, prompt à écraser Bretons et Provençaux quand ils osent user d’autres syntagmes, d’autres syntaxes, il faut noter une chose. Cette posture prétend s’appuyer sur la toute-puissance de l’usage. “Le masculin l’emporte sur le féminin” parce que c’est comme ça depuis la nuit des temps, par exemple.

Or non, le sujet fut débattu, et c’est bien la vision du monde des individus qui trancha, non un usage émergeant d’un quelconque éther. La grammaire a été sciemment et volontairement orientée vers la suprématie du masculin.
Au XVIe siècle, c’était la règle de proximité qui régnait : accorder l’adjectif ou le participe passé avec le groupe nominal le plus proche (voyez Ronsard) et chez Racine encore on trouve Etant donné l’origine latine de la langue, cet usage remonte à fort loin.
Au XVIIe, il y eut débat. Je cite Wikipédia :
La règle de proximité est cependant discutée : Malherbe la désapprouve tandis que Vaugelas n'y est pas complètement opposé et peut donner en exemple des tournures telles que « le cœur et la bouche ouverte ».
« Ni la douceur ni la force n'y peut rien. Tous les deux sont bon, n'y peut rien et n'y peuvent rien, parce que le verbe se peut rapporter à l'un des deux séparé de l'autre, ou à tous les deux ensemble. J'aimerais mieux néanmoins le mettre au pluriel qu'au singulier. » (Vaugelas, Remarques sur la langue française, 1643)
Au XVIIIie siècle, la primauté du masculin sur le féminin et celle du pluriel sur le singulier finissent par s'imposer. Pour justifier la primauté du masculin, le motif, tel qu'énoncé par l'abbé Bouhours en 1675, en est que « lorsque les deux genres se rencontrent, il faut que le plus noble l'emporte » ; étant entendu que, comme l'explique le grammairien Beauzée en 1767, « le genre masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle. ».


Si c’est “torturer” la langue (op. cit. et circa) que de vouloir la plier à notre vision du monde, il faudrait nous expliquer ce qui donnait le droit à Scipion Dupleix, Bouhours et Beauzée de décider en pareille manière, et de soumettre le genre grammatical féminin au masculin sur la base de la hierarchie sociale des sexes. C'est d'autant plus cocasse quand les épée-liges de l'Académie nous disent que le genre grammatical n'a rien à voir avec le genre social, alors même que c'est sur cette base qu'on a infléchi la langue.

Nos paroles sont fruits de ces tortures. Il n’y a qu’une règle : se faire comprendre.
Et si un accord épicène ou des pronoms neutres sont au-delà de vos capacités de compréhension ou si vous considérez scandaleux qu'on veuille changer la langue pour la rendre plus égalitaire, mais que vous obéissez sans peine à des règles de grammaire précisément édifiées pour marquer la déférence que devrait marquer la femme à l'homme, je crois pouvoir dire que c’est vous qui avez un problème.


XV


Si l’usage fait autorité suprême et qu’il est évident, ainsi qu’on le prétend, l’Académie Française ne sert à rien, puisque tout un chacun peut constater l'usage de la langue dans sa rue.

Mais c’est faux.

Sa tâche est purement descriptive : compiler les évolutions du langage pour ceux que ça intéresse. Elle n’a pas à les ordonner.
Et son existence signifie à la fois qu'il n'y a pas d'usage évident et que sa tâche est descriptive.
Quand l’homme prescrit, Dieu rit presque.


XVI

Méta-grammaire – Je dis que les règles du langage ne sauraient être que descriptives, non prescriptives. Mais n’est-ce pas être prescriptif ?


XVII


Dans le même genre d’idées, je crois qu'on peut dire sans heurter personne que les glands qui disent qu’on ne devrait jamais au grand jamais utiliser de <table> pour la mise en page web sont des gros cons prescriptivistes.

“C’est trop lourd. Faire un tableau ça pèse au moins 13.2kb(sic)” – Tu parles, on est plus en 56k.
“Ca nuit au référencement des sites.” – Mais peut-être qu’on s’en fout ? Peut-être que chaque page web n’est pas forcée de pourchasser la célebrité ?

Qu’il est insupportable de se voir pourchassé par le spectre de standards défunts. Ceux qui veulent absolument une sonnerie et pas une chanson sur leur téléphone portable sont aussi rétrogrades que ceux qui se plaindraient de la fin des K7 vidéos.
Je vois pas pourquoi je m’emmerderais à me dépatouiller avec le CSS, langage qui a mis plus que mon âge à implémenter la possibilité de centrer verticalement des objets.
Considérez votre production web comme un jardin Zen qui doit respecter des règles inutiles si ça vous chante, mais cessez de faire chier les autres qui n'ont pas huit heures à perdre pour s'épargner 2kb.

jeudi 19 septembre 2013

Pas ma tasse d'athée II

Pas ma tasse d’athée, partie II, §XII-XVII
Désolé. je devais causer de matière noire et d'épistémologie, mais je lis quelques papiers sur le sujet et je galère vraiment à les comprendre : j'ai juste pas le niveau de math. Donc je vais prendre un peu de temps et réviser mes cours de physique. Bisoux. Suite à venir.


***

XII.
Cher ami, êtes-vous empiriste ?

A notre époque matérialiste, où les hypostases se réduisent à des particules et des forces qui doivent avoir l’assentiment de la physique pour exister et où absolument tout le reste n’est qu’une question d’arrangement et de point de vue porté sur lesdites particules ; où le monde est si bas-du-front qu'il s'en trouve pour dire que l'esprit n'existe pas ; où l’on attend de voir votre IRM pour déclarer que vos difficultés en mathématiques ont un fondement* ; il semble que ce soit une position «normale» -- si tant est que la norme existe, après tout des royalistes se promènent encore parmi nous, avec un cœur qui bat et tout.
Si vous avez une croyance, il serait de bon ton de la fonder dans la réalité, de montrer qu’elle fonctionne.
Que ce soit sur le plan ontologique, ce qui existe, ou sur le plan moral, comment améliorer le monde. Récemment il fut dit que le problème de la politique éducative de la France était son manque d’empirisme : on collectionnait les théories, les prouvant rationnellement, mais sans égards pour leurs résultats, ce qui serait pourtant un minimum.
Ici, deux thèses :
La première est une thèse morale, sur ce qu’il faut faire. Seul le résultat compte, non les principes ou les intentions. C’est le conséquentialisme.
La deuxième, épistémologique, sur les conditions de la vérité. Une visée empiriste : seul le savoir issu de l’expérience compte. C’est une part importante de la méthode scientifique.

Pourtant elles semblent se confondre chez certains individus : les résultats sont l’étalon de notre savoir comme de nos impératifs moraux. Et bien entendu elles se chevauchent.
La morale est l’ensemble des réponses à la question «Comment faire un meilleur monde ?». Cela implique bien sûr de définir «monde», «meilleur», et comment y parvenir.
Et tout cela implique un certain savoir porté sur le monde.
L'empirisme devenu fou. Ron Hubbard, fondateur de l'église de scientologie, cherche à vérifier si les tomates ressentent de la douleur grâce à un fulguro-capteur de son invention.

XIII.
Richard Dawkins est clairement empiriste et conséquentialiste, pas vrai ?
S’il refuse Dieu et veut éradiquer le «virus de la religion», c’est bien parce que la propagation de la religion transmet des impératifs moraux qui rendent le monde pire (donc immoraux sur un plan conséquentialiste ; il dit bien que "les attouchement sexuels c'est moins grave que violer à mort, d'ailleurs on m'a violé et je vais bien") et des propositions improuvables ou fausses tenues comme vraies (épistémologiquement condamnables).
Beaucoup d'athées seront dans ce cas
Il semble également partisan d’une vérité proportionnelle puisqu’à la question «les athées sont-ils plus intelligents» - endossant dès lors une prétention que je disais caricaturale -  il répond en disant que les musulmans sont pas foutus de gagner un prix Nobel, qu’une méta-étude(1 2) semble montrer que les athées sont plus nombreux à avoir un QI élevé et que la religiosité de Newton et d'Abdus Salam est une exception. En somme, qu'ils auraient été savant malgré leurs croyances, et non grâce à celles-ci, ce qui est profondément discutable(les théories de Newton étaient profondément influencées par l'alchimie ; Abdus Salam liait lui-même sa foi et son travail scientifique. N.b. les Ahmadiyyas, dont il fait partie, sont considérés comme hétérodoxes par de nombreux musulmans, au point qu'il dut lui-même fuir le Pakistan et que sa tombe fut vandalisée.). 

Que de l’empirisme, ici, on compte les occurences de gens intelligents, prenant prix Nobel et quotien intellectuel comme des marqueurs d’intelligences, on regarde quelle équipe en a le plus et on distribue les médailles. Après un suspense insoutenable
C’est empirique, certes, mais les axiomes ici acceptés n’en sont pas : on admet un lien causal entre intelligence et prix Nobel, entre religion/absence de religion et intelligence.
"All the world's Muslims have fewer Nobel Prizes than Trinity College, Cambridge. They did great things in the Middle Ages, though." (lien)
Ce qui déclenche cette boule de rage en vous ?
Ah oui, c'est que ce tweet ne contient une thèse qu'implicitement. Il n'énonce que des faits.
Comme le disait William Blake "Une vérité énoncée avec de mauvaises intentions surpasse tous les mensonges de l'imagination."
Dawkins mentionne simplement que oh tiens, Trinity College a gagné plus de prix décernés par un Aréopage de scandinaves que tous les musulmans de l'histoire des musulmans. C'est purement factuel ! Pourquoi me sautez-vous dessus bouhouhou !
Mais on sait bien quel est le programme derrière ce tweet. Démontrer sans avoir l'air d'y toucher, sans preuves et sans méthode, que l'Islam, en tant que dispositif culturel a ralenti les musulmans et les a rendu bêtes, imperméables aux lumières de la science occidentale. Ca se voit sans peine quand Dawkins tweete par ailleurs "Tiens les athées sont-ils plus intelligents", ce n'est pas anodin et ça s'inscrit dans un projet celui de montrer que la cause de l'absence de musulmans dans le paysage scientifique vient de ce qu'ils sont musulmans.
C'est contestable.
Premièrement, parce que ces vingt dernières années, il y a plus de musulmans lauréats que d’égéries de Trinity College.
Lauréats du Trinity College ces 20 dernières années : (source)
1996 : James Mirrlees, Sciences économiques.
1998 : John Pople, Chimie.
           Amartya Sen, Sciences économiques.
2009 : Venkatraman Ramakrishnan, Chimie.
        Total : 4

Lauréats musulmans ces 20 dernières années : (source)
1994 : Yasser Arafat, Paix
1999 : Ahmed Tewaail, Chimie
2003 : Shirin Ebadi, Paix.
2005 : Mohamed El Baradei, Paix
2006 : Orhan Pamuk, Littérature
           Muhammad Yunus, Paix.
2011 : Tawakel Karman, Paix.
        Total : 7

Comment ? Trinity College en a eu 32 en tout ? Mais ça c’était y’a longtemps ! Ce serait aussi bête de dire que ça compte pour quelque chose que de vanter les mérites de la science arabe au Moyen-Âge !
Deuxièmement, parce que le prix Nobel récompense justement des exceptions, des avancées particulièrement marquantes dans le domaine de la science. Comment ? Le prix Nobel de la paix c'est pas de même ampleur que celui de Chimie ? Mais il ne fallait dès lors pas prendre le prix Nobel comme unité d'intelligence puisqu'il est foutrement arbitraire..
Troisièmement, cela n'est le cas que pour les matières scientifiques. Pour ce qui est de la paix, de la littérature et des sciences économiques, on peut douter du fait que les récipiendaires ont vraiment avancé de manière objective leur domaine d'action.
Et enfin parce que la science moderne est le fait d'institutions occidentales, qui fonctionnent par la capitalisation du savoir par des entités, telles que Cambridge, sans possibilités de concurrence pour, disons, des outsiders. Équivaloir l’absence de telles structures dans les pays musulmans avec la bêtise de la population ou son incapacité à comprendre la science est absurde.
«They did great in Middle Ages, though»
Mais justement parce qu’au Moyen-Age, ils ont mis en place des institutions de concentration du savoir, et ils étaient probablement bien plus croyants que maintenant.
Ainsi les Chinois ne semblent gagner des prix Nobel que depuis qu’ils ont des étudiants dans des universités occidentales(8 lauréats de 1957 à 2008, dans des universités américaines et française pour Gao Xingjian). Des Chinois étudiant en chine gagneront des prix quand les universités chinoises atteindront le niveau de concentration de connaissance et de collaboration des universités occidentales. Le cas de Charles K. Kao étudiant à Hong Kong, devrait montrer cela. En outre les deux derniers lauréats Xiaobo et Yan le furent pour la Paix(2010) et la Littérature(2012), ce qui ne compte pas au panthéon du Savoir Vrai et Absolu que Dawkins cherche ici à évaluer.
Va-t-on pour autant dire que les Chinois sont des cons ou que la culture chinoise empêche le développement de prix Nobel ? Non, on va simplement souligner le manque d’institutions dans ce pays. Ce n'est pas parce que quelque chose manque dans une culture que cette chose est incompatible avec cette culture. 
Une récente étude montre d'ailleurs qu'en Inde les élus musulmans tendent à améliorer l'éducation et la santé des districts dans lesquels ils sont élus, pour les musulmans comme les non-musulmans et une autre que les partis Islamistes tendent à faire mieux que les non-islamistes pour l'amélioration des droits des femmes dans les municipalités turques. Empirisme !





.@RichardDawkins More Muslims have won the International Prize for Arabic Literature than every other religion on earth put together #reason 
— Huw Lemmey (@spitzenprodukte) August 8, 2013


All the world's self identified atheists have won fewer Nobel Prizes (67) than the University of Chicago (87)
 — Dan Davies () August 8, 2013
Que la culture et politique des pays musulmans ou de la Chine entrave le développement de structures académiques semblables, c'est certain ; mais dire "c'est la faute de l'islam si les 1'600'000'000 musulmans ne se transmutent pas en autant de prix Nobel" ne fait que mendier la question de savoir pourquoi les 1'330'000'000 Chinois semblent souffrir du même problème. Est-ce que "des régimes autoritaires et d'autres priorités que la recherche de savoir pour le savoir lui-même" ne serait pas une réponse commune plus plausible ? Ou alors faut-il aussi condamner le confucianisme ?
C’est un phénomène qui tendra à s’inverser avec le temps, et il y a fort à parier que le nombre de lauréats musulmans augmentera, à conditions qu’ils ne soient pas trop occupés par les bombardements américains pour construire des universités performantes.

***
De même, devrait-on conclure du fait qu’il n'y a que 5% de femmes récipiendaires du prix Nobel parmi lesquels beaucoup de prix de la Paix (14) et de littérature (12)** que les femmes sont moins intelligentes ? Empirisme !
Non, on va simplement dire qu’il y a une structure sociale donnée qui fait en sorte que moins de femmes deviennent scientifiques, et que quand elles le sont, elles sont souvent à des positions subordonnées. On ne va rien conclure sur les croyances et les habitudes des femmes qu’on imaginerait pertinentes pour expliquer cela, si tant est qu’il y ait des croyances et des habitudes communes chez elles.
Le Nobel ne compte que quinze lauréats noirs dont un seul pour un prix autre que celui de la paix ou de la littérature, et ça se trouve être William A. Lewis en science économique, matière également contestée ! Dira-t-on que les noirs sont cons voire que la "culture noire" (si tant est que ça existe) les rend cons ? Empirisme !
«C’est pour ça qu’on fait des statistiques», dit Dawkins, pour trier le bon grain et l'ivraie, l'essence et l'accident. Il dira que ceux qui ont chassé Abdus Salam sont bien plus nombreux que ce dernier, que ceux qui ont pourchassé Galilée, chrétien lui aussi, sont plus représentatifs que lui.
Pourquoi pas, mais la thèse mémétique qui voudrait que la croyance en Dieu, la foi, la pratique religieuse soit un virus incompatible avec la recherche scientifique est invalidée par
  1. les Galilée, les Newton et les Abdus Salam.
  2. le fait que Bagdad au XIe s. quoique très musulmanes, ait concentré énormément de savoir
L'empirisme risque de nous poser problème si on le fait aussi bêtement que Dawkins.

XIV.
Le problème n'est pas forcément ici l'empirisme, mais les présupposés qui ont avec, puisque comme nous avons vu dans la première partie de Pas Ma Tasse d'Athée, l'empirisme pur n'existe pas, et le Principe d'Uniformité de la Nature (PUN) est nécessaire a priori pour enjamber le problème de l'induction.

Scumbag analytic philosopher, mais en fait, tout philosophe depuis la nuit des temps.


Le problème n'est pas l'idée d'évaluer le manque de prix Nobel dans une certaine catégorie de la population, au contraire c'est très révélateur, le problème est
  1. de considérer que cela dépend uniquement de l'intelligence et la rationalité de la population considérée.
  2. de considérer que ce manque supposé d'intelligence et de rationalité est due à la religion.(N.b. cela ne vient pas de ces simples deux tweets, mais plus des proclamations continuelles de Dawkins sur la mémétique religieuse en général)
Ce qu'on a dit sur le peu de lauréats musulmans, noirs ou femmes qui se hissent aux sommets de la recherche scientifique de leur temps pourrait toutefois se trouver sous la plume du plus virulent égalitariste, mais avec une autre optique.
Plutôt que de dire qu'il y a un problème chez les femmes, les noirs, les musulmans, on dira qu'il y a un problème dans l'institution chargée de décerner le prix. C'est censé être un étalon de l'intelligence ? Hé bien il est biaisé institutionnellement en faveur des hommes blancs.
J'ai déjà parlé de la tension entre antiracisme et féminisme, par exemple. On pourrait arguer que l'islam favorise la bêtise, comme le patriarcat favorise les pulsions violentes des hommes, comme la pauvreté favorise la criminalité des étrangers. Qu'une structure sociale met certains membres dans certaines dispositions.
Il ne s'agit pas d'être essentialiste. Dawkins ne dit pas que par essence les musulmans sont mauvais, mais il dit qu'ils doivent se débarrasser du virus "religion" s'ils veulent enfin devenir intelligents et gagner plein de prix Nobel comme Mr Dawkins.
C'est là la grosse différence entre l'inné et l'acquis.
Quand une féministe dit qu'on sexualise très tôt les petites filles, qu'on les habitue dès leur plus jeune âge à être la cible de l'affection amoureuse des hommes, on comprend cela comme une critique de notre système, de cette tendance. On ne blâme pas les filles. On essaye de leur faire prendre conscience, mais on les tient pas responsable de leur éducation. Quand par contre Moffat dit, dans une citation qu'il a d'ailleurs reniée, que les femmes ont "plus besoin" de se marier, là par contre, on dit que c'est un salaud misogyne, sans pour autant qu'il y ait de différence fondamentale entre les deux proclamations, Moffat ne dit pas forcément que les femmes sont par essence comme cela, peut-être se rend-il compte également que c'est dû à un conditionnement social (dans les faits j'en doute) mais on suppose son essentialisme.


J'ai découvert le féminisme petit à petit, et je mets toujours beaucoup de temps à comprendre chacun de ses pans.
Un des postulats essentiels semble être que nul ne devrait être astreint à un rôle social donné en fonction de son genre. Or justement, les femmes sont censées êtres belles, gentilles, emplies de compassion, portées sur l'émotion, passives, quand les hommes sont forts, musclés, portés sur l'action.
Voilà du moins les structures promues par le patriarcat dans notre société. Une bonne part du féminisme consiste à vider ces catégories de leur contenu positif : montrer que les femmes peuvent et doivent être actives, que les hommes ne sont pas obligés d'être des matamores machos, qu'aucun métier n'est limité à un des deux genres, etc. Le but étant de dire que le genre étant construit socialement, et n'a pas de réalité propre, d'essence. Les femmes Qajares du XVIe trouvaient normal de porter une moustache ou s'en dessiner une au crayon. Avoir un pénis, en aucun cas ne vous conduit à être plus intelligent, plus aggressif ou plus porté à l'action. Vos génitales ne vous déterminent pas.
Plus tard j'appris que justement le genre était encore plus construit socialement que ce que je croyais puisqu'il n'était pas forcément lié au sexe biologique.
Certaines personnes, trans*,  s'identifiaient comme étant d'un genre différent de celui qu'on assigne à la naissance. Par conséquent, si l'on suit la logique et que le genre n'est pas lié du tout aux parties génitales, cela me sembla logique, même si je n'y avais jamais songé : des hommes avec des vagins, des femmes avec des pénis faisaient parfaitement sens.
Cependant, avec quoi dès lors les transsexuels s'identifiaient-ils, étant donné qu'on avait bien dit qu'il n'y avait rien d'essentiel dans ce qu'on considérait comme traditionnellement féminin ou masculin ?
Si la pilosité faciale, l'épilation, les robes, les longs cheveux, le maquillage, l'élevage des enfants, le travail, la brutalité ou la politique ne sont réservées ni aux hommes ni aux femmes, alors que signifie être un homme ou une femme ?
Comment un genre peut-il être plus que la somme des rôles qui lui sont attribués ?
(Il existe bien des transsexuels non binaires, mais vous comprenez bien que je parle des trans* MtF ou FtM)

***
Revenons à Moffat et ses femmes dépendantes.
Pareil quand on dit les étrangers criminels. Personne ne suppose que c'est dans leurs gènes, mais bien de par la pauvreté qui les afflige, pour autant on vous considérera comme un salaud d'oser affirmer que cet état de fait est pérenne dans le temps.
Pourquoi le suppose-t-on essentialiste, et surtout, pourquoi supposons-nous que l'essentialisme, c'est mal ?

XV.
Ma précédente réponse était : parce que nous avons digéré l'existentialisme, nous haïssons le déterminisme, nous voulons considérer l'humain libre.
C'est un postulat primordial dans tout mouvement égalitariste. En effet, si les gens ne sont pas capables de choix, s'il est impossible de rediriger leur action et leur pensée, comment peut-on espèrer un jour abolir les inégalités de genre, de race, de classe ?
Ce postulat se double d'un deuxième, à mon sens, qu'il faut aboutir à la liberté d'action de chacun, parce que justement les systèmes d'oppressions dans lesquels on vit contraignent certaines personnes à des existences déplorables : on empêche les noirs, les pauvres et les femmes d'accéder à certaines strates de la société, on les relègue à des rôles définis, il faut réparer cela.
Je pense qu'il y a également deux volets dans l'égalitarisme : Des postulats sur ce dont les individus sont capables (descriptifs) et d'autres sur ce qu'il faudrait faire à leur égard. (prescriptifs). Ainsi on postule à la fois
  1. La liberté individuelle de prise de conscience et d'amendement, nécessaire au projet égalitariste. (Ce dont les gens sont capables dans l'état actuel des choses)
  2. Le liberté d'action de chacun, but ultime du projet.  (Ce qu'il faut atteindre)
En miroir, on peut voir deux acceptions de l'égalité. Ainsi en proclamant l'égalité des hommes et des femmes, j'affirme deux choses différentes :
  1.  Les hommes et les femmes sont capables des mêmes choses. (égalitarisme réaliste, postulat ontologique)
  2. Les hommes et les femmes doivent être traités de semblable façon. (égalité de droit, égalitarisme prescriptif, postulat moral)
Aucun de ces postulats n'est vraiment empirique.
Pour le premier on sera prompts à évoquer le dimorphisme de notre espèce, ou le simple fait que les femmes peuvent donner la vie, qu'elles ont leurs règles, etc. donc qu'elles ont un corps différent, des possibilités différentes.
J'avais, en première partie(§VIII) parlé des deux types de probabilités.
a. les probabilités fréquentistes, qui se contentent de compiler des fréquences. Il y a en moyenne 7 jours de pluie en Août, donc je peux estimer qu’il y a pour chaque jour 22.58% de chances qu’il pleuve. (ce raisonnement ne prend pas en compte le fait que les jours de pluie ont plus de chance d’être consécutifs. Le problème, c’est que si les évènements ne se sont produits qu’une seule fois, comment peut-on parler de statistiques ? Comment dire que la terre à 98% de chances d’être issue du soleil, quand nous n’avons qu’une seule terre ? 98%, en vision fréquentiste, supposerait qu’on a clairement et avec certitude observé 49 terres, dotées des mêmes paramètres, se former sous nos yeux, et qu’une seule a échappé à la règle.
b. les probabilités intrinsèques. (modèle "chancien") On considère que les probabilités sont contenues dans les choses en elles-mêmes. Pour un nuage individuel, il y a X% de chances qu’il se mette à pleuvoir. Pour un atome, il y a X% de chances qu’il émette une radiation Y, il y a une chance sur un milliard que le pokémon sauvage qui vous attaque soit un Shiney, etc. quand bien même il n’y aurait qu’un seul specimen observé.
On a ici quelque chose de semblable : l'égalité est-elle intrinsèquement dans les humains (ontologique, découverte par l'expérience), ou uniquement dans les lois (morale, postulée par la raison) ? L'égalitarisme prescriptif, sans un minimum d'égalitarisme réaliste, sera une thèse extrêmement faible.
Prenons l'armée. Les hommes sont forts,  est-ce qu'on ne devrait pas faire de l'art militaire leur terrain exclusif ? (on parle ici d'un point de vue cis)
Si un empiriste débarque, il dira que le moyen de regarder si les femmes sont capables de devenir des soldats, c'est de comparer le nombre de femmes soldats et d'hommes soldats. Il montrera plein de preuves que les hommes, sur le plan hormonal sont mieux adapté, qu'ils sont plus musclés, etc. Les égalitaristes réalistes auront beau dire que la culture favorise cela, l'empiriste montrera que sur le plan de ce qui est maintenant, hommes et femmes ne sont pas égaux physiquement, ni capables des mêmes choses. Alors pourquoi les traiter à l'identique et leur donner les mêmes missions militaires ? Ce serait contre-productif.
(Dans les faits, l'armée est bien empiriste, puisqu'il faut certaines aptitudes physiques pour chaque poste, et qu'elles sont dûment évaluées, hommes comme femmes)
Ceux qui militent pour les droits des tétraplégiques ne disent en aucun cas qu'ils sont capables de la même chose qu'une personne valide, mais bien que dans ce qu'ils sont capables à l'identique, on ne devrait pas les dénigrer. A l'identique, si l'on admet une différence homme/femmes aussi grande on sera tenté de prescrire un traitement différent des genres. Traitement équitable ne signifie pas identique, on peut prévoir des rampes pour fauteuils roulants, des congés maternité et de la crème solaire pour pallier à nos différences.
Je pense que le conflit irréparable entre certains athées et certains égalitaristes vient de cette prise de position fondamentale dans la primauté de l’expérience sur les principes.
Tandis que les empiristes voudraient des preuves de l'égalité des hommes et des femmes, la plupart des féministes semblent la postuler, malgré les quelques différences que nos corps nous assignent, autrement dit, être une femme s'accompagne de certains appendices corporels, qui ne sont absolument pas déterminant pour le reste de leur être.

(N.b. tout ça est dit d'un point de vue générique cis, où le sexe biologique colle au genre.)

XVI.
L'esprit humain a une tendance terrible à remplir les trous.
On s'attend à ce qu'on comble les failles de Man of Steel, et Dawkins peut ainsi balancer ses "faits" sur Twitter, afin qu'on relie de nous-mêmes les points tracés pour donner le seul dessin possible...

Euh ! Un panda !
...à savoir que l'athéisme c'est scientifique, ou aide la science, alors que la religion a un effet contraire.
Beaucoup de gens veulent clamer cela et lier empirisme, méthode scientifique et athéisme quand, je l'ai déjà dit, il s'agit pour moi d'agnosticisme, de scepticisme.
Ainsi :
référence à My Little Pony : Friendship is Magic trouvé sur Tumblr



...Mais l'affirmation de l'inexistence de Dieu n'est en aucun cas une hypothèse testable, comme je le répondais dans la discussion qui suivait et qui avait le profil habituel  :  
"l'athéisme n'est pas empirique, c'est comme une religion !
 - Non, rejeter le surnaturel c'est le contraire d'une religion !
- Si ! 
- Non !
- Si !
- Tiens, un dessin de poney !(...)"

Spoiler : itswalky retournait sa veste, et après avoir dit que l'athéisme c'était scientifique, relayait des posts qui disaient absolument le contraire et lui donnaient tort. Atheism victorious yay.

D'ailleurs, comme Dawkins, insérons ici un petit non sequitur et passons à un tout autre sujet. Maintenant que nous vous avons avoué ce subterfuge rhétorique, cher public, vous serez plus dur à dompter, ficelles apparentes, mais nous vous pensons digne de cet éveil.
Est-ce que l'athéisme de Dawkins contient d'autres hypothèses non-testables, non empiriques ?
Premièrement il met sur le meme plan les fées, le Monstre de Spaghetti Volant et l'astrologie :
“Most of us happily disavow fairies, astrology, and the Flying Spaghetti Monster without first immersing ourselves in books of Pastafarian theology." (source)
Sauf que, nous l'avons dit, l'astrologie est une hypothèse réfutable, l'idée que les planètes et leur conjonction ont une influence déterminante sur nos vies. Ca peut être testé. Mettre sur le même plan l'influence des corps X sur les corps Y et des créatures qu'on n'a jamais observé est idiot. Ca fait simplement montre d'une vue équivoque et absolutiste de la causalité.
Je veux dire, on trouve de nouveaux moyens que les plantes ont de communiquer, par la voie électrique ce qui est pas mal sur le tableau de l'improbabilité.
Postuler que la bizarrerie de l'univers s'adapte à votre convenance est tout aussi idiot que l'inverse.

PSYCHE ! CHANGEMENT DE SUJET. BEGINS TRICKSTER MODE.
Ensuite, souvenez-vous de nos discussions sur le concept de Race : l'égalitarisme semble s'opposer à la méthode scientifique pure, qui plutôt que de postuler l'égalité de potentiel de tout individu par rapport à un autre indifféremment de sa race, voudrait tester cette hypothèse. Par exemple, est-ce que Dawkins a prouvé quelque part dans ses travaux que les noirs sont aussi intelligents que les blancs ?
Je ne crois pas.
(D'ailleurs, a-t-il vraiment travaillé sur quelque chose, à part promouvoir l'athéisme ?)
Dès lors pourquoi devrait-on les considérer a priori comme aussi intelligents ? Ce n'est pas empirique
Estime-t-il, à l'instar des "racial realists" que les races ne sont pas des pures constructions sociales et que la tâche de la science devrait être également d'élucider les différences raciales ?
Si Dawkins est, lui aussi, un égalitariste réaliste, s'il considère a priori que les noirs sont les égaux des blancs, de facto et a priori,  il faudra admettre que cela ne peut s'inclure dans son empirisme.


Mencius Moldbug a attaqué Dawkins dans une série de 7 posts (1, 2, 3, 4, 5, 6 et 7) intitulés How Dawkins Got Pwned où il tentait de démontrer que Dawkins, bien qu'il se sente libéré du mème malsain qu'est la religion chrétienne, était le promoteur d'une forme athée de chrétienté dans la mesure où l'égalité entre les hommes, la nécessité du partage des richesses, l'idéologie du progrès, de victoire du bien contre le mal, la volonté de convertir etc. se retrouvaient toutes dans son discours. Mème encore plus pernicieux, puisqu'il n'a plus l'impression d'être un mème. Il cite un passage apparemment égalitaire de The God Delusion :
Thomas Henry Huxley, by the standards of his times, was an enlightened and liberal progressive. But his times were not ours, and in 1871 he wrote the following:
No rational man, cognizant of the facts, believes that the average negro is the equal, still less the superior, of the white man. And if this be true, it is simply incredible that, when all his disabilities are removed, and our prognathous relative has a fair field and no favor, as well as no oppressor, he will be able to compete successfully with his bigger-brained and smaller-jawed rival, in a contest which is to be carried out by thoughts and not by bites. The highest places in the hierarchy of civilization will assuredly not be within the reach of our dusky cousins.
It is a commonplace that good historians don't judge statements from past times by the standards of their own... Had Huxley... been born and educated in our time, [he] would have been the first to cringe with us at [his] Victorian sentiments and unctuous tone. I quote them only to illustrate how the Zeitgeist moves on. (The God Delusion, p. 266)
…Moldbug note effectivement que l'égalité réelle des races semble si évidente pour Dawkins qu'il ne s'encombre même pas de citer une preuve :
In all seriousness, what is the evidence for fraternism? Why, exactly, does Professor Dawkins believe that all neohominids are born with identical potential for neurological development? He doesn't say. Perhaps he thinks it's obvious.
Perhaps, if he's anything like Cosma Shalizi (and Professor Shalizi is, if anything, even smarter than Professor Dawkins), he believes that there is no convincing evidence that all neohominids are not born with identical potential for neurological development. Similarly, another very smart person, Aaron Swartz, sees no convincing evidence that neohominid males and females are not neurologically identical.
Of course, Professor Dawkins has no convincing evidence that Manitou does not exist. Now isn't this fascinating? Don't you just love these double negatives?
What we have here is a factual proposition which has swept to dominance not through the presentation of any evidence, but by the simple trick of reassigning the burden of proof to rest solely on those who doubt it. It is not the fraternists who have to demonstrate that fraternism is true. It is the afraternists who have to demonstrate that it's false. D'oh! (How Dawkins Got Pwned, §3)

Encore plus intéressant, non seulement Dawkins penserait l'égalité évidente, mais en outre, il considérerait qu'elle procéderait du développement d'un Zeitgeist, un esprit du temps, qui nous renvoie à l'idéalisme le plus débridé d'un Hegel  : la société évoluerait dans une direction donnée, comme guidée par un esprit. Il le définit ainsi :
In any society there exists a somewhat mysterious consensus, which changes over the decades, and for which it is not pretentious to use the German loan-word Zeitgeist (spirit of the times).
C'est une des thèses les moins empiriques du monde, elle se rapproche dangereusement du panthéisme, et du concept chrétien de divine providence que Dawkins dénonce un peu plus tard comme une des manifestations malsaines de la pensée religieuse :
Even when he was railing against Christianity, Hitler never ceased using the language of Providence: a mysterious agency which, he believed, had singled him out for a divine mission to lead Germany.
Oh The Cruel Weight Of Irony©
Scott Alexander, que je cite en permanence, singeait les idées réactionnaires avant de les réfuter, il explicitait assez bien leur vision des choses :
No One Expects The Spanish Inquisition, Especially Not In 21st Century America
People in ancient societies thought their societies were obviously great. The imperial Chinese thought nothing could beat imperial China, the medieval Spaniards thought medieval Spain was a singularly impressive example of perfection, and Communist Soviets were pretty big on Soviet Communism. Meanwhile, we think 21st-century Western civilization, with its democracy, secularism, and ethnic tolerance is pretty neat. Since the first three examples now seem laughably wrong, we should be suspicious of the hypothesis that we finally live in the one era whose claim to have gotten political philosophy right is totally justified.
But it seems like we have an advantage they don’t. Speak out against the Chinese Empire and you lose your head. Speak out against the King of Spain and you face the Inquisition. Speak out against Comrade Stalin and you get sent to Siberia. The great thing about western liberal democracy is that it has a free marketplace of ideas. Everybody criticizes some aspect of our society. Noam Chomsky made a career of criticizing our society and became rich and famous and got a cushy professorship. So our advantage is that we admit our society’s imperfections, reward those who point them out, and so keep inching closer and closer to this ideal of perfect government.
Okay, back up. Suppose you went back to Stalinist Russia and you said “You know, people just don’t respect Comrade Stalin enough. There isn’t enough Stalinism in this country! I say we need two Stalins! No, fifty Stalins!”
Congratulations. You have found a way to criticize the government in Stalinist Russia and totally get away with it. Who knows, you might even get that cushy professorship.
If you “criticize” society by telling it to keep doing exactly what it’s doing only much much more so, society recognizes you as an ally and rewards you for being a “bold iconoclast” or “having brave and revolutionary new ideas” or whatever. It’s only when you tell them something they actually don’t want to hear that you get in trouble.
Western society has been moving gradually further to the left for the past several hundred years at least. It went from divine right of kings to constutitional monarchy to libertarian democracy to federal democracy to New Deal democracy through the civil rights movement to social democracy to ???. If you catch up to society as it’s pushing leftward and say “Hey guys, I think we should go leftward even faster! Two times faster! No, fifty times faster!”, society will call you a bold revolutionary iconoclast and give you a professorship.
If you start suggesting maybe it should switch directions and move the direction opposite the one the engine is pointed, then you might have a bad time.
Try it. Mention that you think we should undo something that’s been done over the past century or two. Maybe reverse women’s right to vote. Go back to sterilizing the disabled and feeble-minded. If you really need convincing, suggest re-implementing segregation, or how about slavery? See how far freedom of speech gets you.
In America, it will get you fired from your job and ostracized by nearly everyone. Depending on how loudly you do it, people may picket your house, or throw things at you, or commit violence against you which is then excused by the judiciary because obviously they were provoked. Despite the iconic image of the dissident sent to Siberia, this is how the Soviets dealt with most of their iconoclasts too.
If you absolutely insist on imprisonment, you can always go to Europe, where there are more than enough “hate speech” laws on the book to satisfy your wishes. But a system of repression that doesn’t involve obvious state violence is little different in effect than one that does. It’s simply more efficient and harder to overthrow.
Reaction isn’t a conspiracy theory; it’s not suggesting there’s a secret campaign for organized repression. To steal an example from the other side of the aisle, it’s positing something more like patriarchy. Patriarchy doesn’t have an actual Patriarch coordinating men in their efforts to keep down women. It’s just that when lots of people share some really strong cultural norms, they manage to self-organize into a kind of immune system for rejecting new ideas. And Western society just happens to have a really strong progressivist immune system ready to gobble you up if you say anything insufficiently progressive.
C'est ce que nous disions sur Marx, l'histoire s'auto-valide, si le néo-néo-stoïcisme explose demain on montrera les stoïciens et les néo-stoïciens comme des précurseurs, qui annonçaient la venue de l'esprit des temps.
Pour un conservateur, l'égalitarisme n'est pas évident, encore moins un mouvement de l'histoire ou fondé sur la raison. C'est juste qu'avant on encensait l'empereur ou Staline, et qu'aujourd'hui on encense le progrès de l'humanité sur le chemin de la raison raisonnante. Il reste qu'une société a des tabous, et qu'on ne peut pas, puisque le progrès règne, suggérer de revenir en arrière.
Moldbug s'intéresse tout particulièrement à la question de savoir pourquoi l'égalitarisme, et d'autres pensées progressistes, tendent à vaincre sur le long terme, pourquoi la société les encourage, pourquoi constituent-ils ce "somewhat mysterious consensus" de notre temps. Pour Scott Alexander, on l'a dit, c'est parce que les progrès techniques favorisent un relâchement des normes sociales, et que la technique ne cesse de progresser. Pour Moldbug c'est parce que ce qu'il nomme l'Universalisme est un mème extrêmement virulent.
Il nous faut ici revenir à la notion de mème et au projet de Dawkins.

J'ai découvert la notion de mème dans La Science du Disque-Monde, t. 2, où l'on explicitait le projet mémétique du Gène Egoiste de Dawkins. Avant d'être "une image avec une légende en Impact gras blanc", un mème, calqué sur le terme gène, est un élément culturel qui se produit par réplication (du francçais "même"). Ainsi les expressions à la mode, swag, yolo, se propagent parce qu'on imite les gens qui en parlent, qu'on les moque, etc.
La mémétique serait, à l'instar de la génétique qui s'occupe des gènes, l'étude de la propagation des mèmes. Lesquels survivent, et lesquels meurent. En ce sens, la mémétique n'est qu'une étude darwinienne de la communication humaine. Elle me semble biaisée parce que bien trop vaste : la chanson "Joyeux Anniversaire", les blagues de Toto, les memes d'internet, la physique quantique et même la mémétique elle-même sont des mèmes. Analyser tout cela en terme d'efficacité et de fitness des mèmes me semble vain et une tentative d'appliquer des techniques beaucoup trop simples à un champ plus large, de préférence un champ qu'on ne maîtrise pas, ce que font tous les scientifiques qui ont trop de temps libre.
Dans cette optique, on peut expliquer pourquoi certaine théories, parfaitement fausses et biaisées peuvent se propager autant. C'est parce que pour des raisons x ou y, elle ont une efficacité mémétique beaucoup plus grande, elle se propagent mieux et parasitent les systèmes mentaux des utilisateurs afin de les empêcher de les réfuter. Des virus, si on veut.
La religion en serait un.
Et d'après Moldbug, Dawkins serait lui-même infesté, d'ou son pwnage. Au point même qu'il s'imagine voguer dans le sens de l'histoire. Cependant, notre cher biologiste n'explique pas pourquoi, étonnamment, les vues égalitaires qu'il partage, en bien-pensant, sont optimales évolutivement, ce qui serait un minimum pour un projet mémétique décent : 
(…) First, how is it synchronized across so many people? It spreads itself from mind to mind through conversations in bars and at dinner parties, through books and book reviews, through newspapers and broadcasting, and nowadays through the Internet.
Moldbug s'amuse du peu d'explications avec lequel Dawkins décrit le Zeitgeist :
We need to explain why the changing moral Zeitgeist is so widely synchronized across large numbers of people and we need to explain its relatively consistent direction.
Indeed.
Changes in the moral climate are signalled in editorials, on radio talk shows, in political speeches, in the pattern of stand-up comedians and the scripts of soap operas, in the votes of parliaments making laws and the decisions of judges interpreting them.
For my purposes it is enough that, as a matter of observed fact, it does move, and it is not driven by religion - and certainly not by scripture.
Which obviously makes it a product of pure reason.
J'ai ri.

***

Mettons quelque chose au point : Mencius Moldbug pourchasse ici un épouvantail rhétorique, un straw man, puisque Dawkins n’est pas un égalitariste réel. (Ni même un égalitariste prescriptif, sans déconner, il ne veut aider les femmes que si elles se font assaillir par des religieux)
Du  tout.
Il prétend ainsi que les Juifs font une part important de prix Nobel et tweete ensuite une conférence sur «les Juifs, les gènes et l’intelligence» comme piste pour expliciter cette question. Il a même soutenu le prix Nobel James Watson quand ce dernier a argué qu'évaluer l'intelligence des races n'était pas raciste disant explicitement ce que j'arguais plus haut : ce n'est pas parce qu'on veut que les gens soient égaux en intelligence qu'ils le seront :
(...)We do not yet adequately understand the way in which the different environments in the world have selected over time the genes which determine our capacity to do different things. The overwhelming desire of society today is to assume that equal powers of reason are a universal heritage of humanity. It may well be. But simply wanting this to be the case is not enough. This is not science.
Prétendre que Dawkins est un parangon "d'universalisme", néologisme mal usité qui ne fait qu'englober toute personne qui partage des convictions politiques que Moldbug ne supporte pas, indifféremment de leur subtilité :
In any case, I digress. The point is that we've found two thoroughly arational themes in the Universalism complex: fraternism and historicism. Moreover, these are arational in exactly the same sense as the Manitou delusion. They are not demonstrably false. They are just (a) believed by billions of people, and (b) essentially unsubstantiated.
We can extend this list with the two arational Universalist themes I've discussed before, Rawlsianism (also discussed here) and pacifism. And there is a fifth which I haven't yet given its due, communalism (the error of ascribing individual identity to neohominid groups).
 ...Sauf que le fait de croire les humains égaux, de croire que l'histoire se dirige vers un but, que la justice sociale est un but à poursuivre et que la guerre c'est mal ne sont pas des opinions partagées de façon équivoque par une secte homogène,
Tout ça expose efficacement à la névrose de Moldbug et la promotion de ses opinions politiques(Parmi lesquelles "Obama is communist !" qui requiert une définition très vague du communisme ou d'Obama, surtout pour quelqu'un qui prétend regarder les résultats), néanmoins elles nous encombrent dans cette discussion. Nous nous contenterons de noter que Dawkins, dans son discours, admet pourtant des thèses qu'il ne s'embarasse pas de prouver, les prétendant apparemment admises alors qu'elles sont

  1. absolument pas empiriques.
  2. un produit de son époque, et dont il n'est pas conscient de la nature mémétique invasive.

…Ce qu'il critique avec ferveur quand c'est le fait des religions. Mais comme Moldbug le dit encore, qu'on considère quelque chose comme une religion ou non, si c'est source d'erreur ou de mal, on devrait le condamner également.

Mais plus amusant encore, et plus court, je vous rassure, et la proclamation de la "religion Einsteinienne" par Dawkins [cache] :
The quotations I gave all suggest that Einstein was a pantheist, and this is what I mean by Einsteinian religion. It is summarised in yet another quotation:
"To sense that behind anything that can be experienced there is a something that our mind cannot grasp and whose beauty and sublimity reaches us only indirectly and as a feeble reflection, this is religiousness. In this sense I am religious."
In this sense, I too am religious.
Einstein était panthéiste, dit-il, et dans ce sens, il l'est également.Tout ce que cette citation d'Einstein dit c'est "il y a un arrière-monde, il y a plus que ce que nous pouvons connaître."
Sans même qu'on prétende savoir ce que c'est ni que ça ait d'impact sur le monde.
Une thèse encore moins utile que Dieu ou l'Ether.
Et on peut se demander si un système mémétique qui vous pousserait presque à claquer £170'000 pour une lettre d'Einstein qui dit "religion sux" ne serait pas un petit peu malsain et irrationnel quand même. Un peu comme si tout ce qu'avait écrit Einstein était mmh, quel est le mot, quelque chose qu'on tient en un respect beaucoup plus profond que celui qu'on voue aux choses terrestres habituelles.
...
...
...
Empirisme !

TL;DR: Dawkins your a dick

XVII.

Les scientifiques sont donc des salauds.
Ils cherchent à établir qui est le plus intelligent des noirs ou des blancs, ce qui est absolument terrible, puisque si on a le malheur de découvrir que les blancs sont plus intelligents que les noirs, la terre se fendra et des chaînes rougies par les feux de l'enfer viendront attraper tous les mélanodermes pour les traîner par le cou jusque dans des champs de coton.
Or on l'a dit, ça n'a pas de sens de se baser sur ce qui est pour définir ce qui doit être, comme le disait Hume en différenciant is et ought.
En réalité Hume ne dit pas que notre morale doit planer sur le monde comme Dieu sur les eaux, sans contact et sans souci de la réalité, il ne fait que se soucier de ce que l'on ne passe pas sans réflexion de thèses ontologiques à des thèses morales.
Mais si l'on découvre que la conséquence normale et inéluctable du blocage des loyers c'est une pénurie immobilière et une hausse des prix, il me semble absurde de dire "ce n'est pas parce que c'est que ça doit être", et de s'entêter à promouvoir cette mesure en tentant de tordre le monde à ses désirs.
Une recette morale inefficace ne sert à rien.
Le scientifique se veut objectif il ne promeut ni la superiorité, ni l'infériorité des races, il veut juste connaître, d'une soif pure et vierge de malignité :
I fully sympathize with the mixture of politics and science that confuses this issue. There are people who want there to be differences in intelligence between races because it fits with their political agenda.
I wonder if there aren't people who believe the opposite because it fits with their political agenda? I wonder if there aren't people who go out of their way to construct pseudo-scientific arguments denying that there can be a genetic component to intelligence. Why would they do this? Because if there's no genetic component to intelligence then there can be no differences between demes and this avoids a messy political debate.
Et je crois qu'il a raison, les racistes vont forcément promouvoir des études discriminantes, comparant le QI des noirs et des blancs, mais les égalitaristes réalistes vont aussi prôner une suspension de la recherche et du savoir sur la question afin de ne pas avoir à gérer le cas hypothétique où une réelle inégalité se voit démontrée.
D'où le "tout socialement construit" des égalitaristes de tout poil.
L'enfant humain est une page blanche vierge et le résultat qu'il atteindra ne dépendra que de son environnement et de son éducation. Comme tout le monde subit une éducation x ou y et que l'état vierge de l'humain est impossible à atteindre puisqu'un bébé n'a virtuellement pas de fonctions mentales, il est impossible d'évaluer les différences génétiques, elles ne sont pas pertinentes.
Fort bien, répond le scientifique, dans ce cas, comparons des gens qui ont eu le même genre de background et d'éducation ou des frères jumeaux élevés séparément. On doit simplement changer le protocole.
Là, l'égalitariste qui admet une composante génétique à l'intelligence dira que cela ne doit pas être important, puisqu'il y aura variation au sein même des races et le cerveau humain est complexe, et c'est pas lié directement à quelques allèles et de toute façon j'ai raison.
En dernier recours, il y aura l'égalité virtuelle, à savoir : nous ne sommes pas dotés des mêmes potentiels, mais si nous sommes sains, élevés dans le même contexte, etc. la différence de résultat entre nous deux est simplement trop mince pour qu'on nous discrimine sur cette base, alors autant la négliger.
Tout cela pourrait s'intituler "comment donner le bénéfice du doute", car il s'agit de laisser planer le doute, de la même manière que les probabilités chanciennes disent qu'une pièce a 50% de chance de sortir pile, quand un fréquentiste, empiriste, compterait les 543 occurences de face sur mille lancers et dira ensuite qu'il y a 54.3% de chances, à ce qu'il a observé.
De nouveau une divergence entre le postulé et l'expérience, les principes et les résultats.


Notes :

*Ce qui est parfaitement idiot.
"(...)Pourtant la presse (iciici ou ) a abondamment relayé cette information “étonnante”, la présentant comme “une heureuse nouvelle pour les nuls en maths”: on allait enfin prendre au sérieux leur angoisse, maintenant qu’on l’avait mise en évidence. J’ai du mal à comprendre: en quoi “l’objectivation” de l’angoisse change-t-elle quoique ce soit au problème? Si l’on n’avait rien trouvé sur l’IRM, aurait-il fallu hausser les épaules, balancer deux taloches au cancre et le remettre au boulot? On n’a pas attendu de prouver la réalité biologique des migraines avant de chercher à les soulager, pourquoi en serait-il autrement pour les aversions scolaires?"
-- Xochitili.
Quand quelqu’un est nul en math, peu importe son IRM, il l’est et cela peut être évalué facilement. Ne considérer comme valables que les troubles qu’on peut détecter sur une IRM est nuisible. Que fait-on avec les autres ?
**Chiffres 2011 : 807 hommes, 44 femmes et 37 organisations.