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samedi 24 août 2013

Pas ma tasse d’athée

Considérations sur Dieu, les lois, la physique, et plein d'autres choses en onze parties.
N.b. Je dois ce titre à UneTasseDAthée sur Twitter, même si je suis certain que le jeu de mot est bien plus vieux.




«Pur Soufi cherchant Dieu (…) Si tu Le connais, pourquoi Le cherches-tu ? Si tu ne Le connais pas, qui cherche tu ?»
– Afd'al al-Dīn Kāshānī(†1213)
«Quoi que tu imagines au sujet de Dieu, il en est différent.»
– Proverbe arabe
“To utter a word and meaning nothing by it is unworthy of a philosopher.”
—Berkeley


I.
Si je commençais à dire “Je n’aime pas la Reine”, que je le clame à tort et à travers, que je le poste sur tous les réseaux sociaux, que je faisais de ma position “anti-reine” le centre de mon identité philosophique et que je l’utilise pour me décrire, je pense que plusieurs personnes se poseraient la question du sens exact de ma phrase.
Pour commencer, parce qu’il n’y a pas de Reine en Suisse, d’où je vous écris.
Donc de quelle Reine est-ce que je parle ?  Un personnage de Game of Thrones ? Un rapport avec les accouchements royaux récents ? Et pourquoi ne l’aime-je pas ?
Est-ce que c’est de la Reine d’Angleterre dont tu parles ? De la Reine de Suède ? De la Reine d’Espagne ? De Cersei Lannister ? D’Aliénor d’Aquitaine ?” me demandera-t-on.
Supposons que je réponde “Je n’ai pas à le définir, ce sont les royalistes qui s’occupent de définir qui est la Reine et qui ne l’est pas. Pour moi ça n’a aucun sens. Je n’aime pas la Reine, c’est tout.”
Je crois qu’on me dira que ma phrase n’a dès lors pas de sens, si ça ne se rapporte pas à une Reine en particulier. On me dira qu’il faudrait au moins que je sois clair sur ce dont je parle, parce qu’il y a beaucoup de reines dans le monde réel, encore plus si on compte les fictions et que je pourrais parler de toutes, et pour toutes sortes de raisons.
On exigerait de moi que je définisse ce dont je parle, sans quoi on considérera ma phrase débile, car sans précisions sur qui est “la Reine” dont je parle, ça n’a aucun sens. Ce n’est pas que “la Reine” n’a pas de sens, mais sans référentiel, il en a trop.
Dire qu’on n’aime pas Cersei Lannister ou qu’on n’aime pas Elizabeth II ayant des sens parfaitement différents, la phrase en tant que tel n’a pas plus de sens que “Je n’aime pas [x]”.
Toute phrase du format “Je n’aime pas [x]”, “Je ne crois pas en [x]”, “Je ne soutiens pas [x]” mérite au moins qu’il n’y ait pas de confusion autour de [x] et qu’on le définisse proprement.

Quand on parle de Dieu, par contre, beaucoup s’imaginent apparemment qu’on pourrait dire “Je ne crois pas en Dieu”, se clamer athée sur tous les tons sans jamais préciser ce qu’on entend par “Dieu”, et pour autant avoir l’air intelligent qui colle à l’athéisme.

II.
Il y a plus de définitions de Dieu que moi, vous ou Wikipédia ne pouvez imaginer de noms de Reines. Selon quelles caractéristiques on lui prête, ça change tout.
Un dieu personnel, donc qui a une volonté, une personnalité ? Un dieu immanent, dans le monde ? Transcendant, hors du monde ? Qui a simplement créé le monde, ou qui peut intervenir dedans ? Et doit-il respecter les lois de la physique ? Qui est le monde (panthéisme) ? Qui est rationnel, ou pas ? Qui peut être compris, ou pas ? Omniscient ? Omnipotent ? Avec lequel on peut communiquer ? Qu’on peut prier ? Qui peut nous répondre ? Qui nous a donné un texte sacré ? Des lois ?
Et on n’aborde même pas les thèses théologiques propres à, par exemple, la religion chrétienne. Enfin, si on admet qu’il y a UNE religion chrétienne, vu les divers courants…
Par conséquent, comment prétendre que la phrase “Je ne crois pas en Dieu” a un sens évident, positif. défini, compréhensible et rationnellement discutable ? “Je ne crois pas en Dieu” en l’absence de définition, ne veut rien dire de plus que “Je ne crois pas en [x]”. Ou que “Je crois en [x]”, tant qu’on y est. Pareil pour l’assentiment non-défini. Dire "je crois en Dieu" sans plus de précision est tout aussi débile.
Autrement dit, ça ne signifie rien, les gens sont appelés à remplir la phrase avec leur propre définition. Zach Weiner le notait là maiiis… pour avoir des conclusions presque inverses aux miennes.
Et pour définir le terme Dieu, il faut avoir une théologie, une discussion des attributs et des qualités qu’on attribue à Dieu. Pas forcément pour les accepter comme réel. Sans théologie, pas de définition. Sans définition, cette phrase n’a aucun sens.
Se définir par une phrase qui n’a aucun sens par elle-même et en faire un facteur primordial de son identité, tout en refusant de donner du sens à cette phrase, n’est-ce pas un exemple d’ignorance, ou du moins de communication profondément boiteuse ?
Je pense que oui.

Pour autant, plein d’athées diront qu’ils n’ont pas à définir Dieu, parce que
Ce serait le aux croyants de le faire, eux n’en ont pas besoin
Ca ne les intéresse pas
Ou car la définition en serait évidente
Et ma préférée : Car leur sentence vaut pour toute définition de Dieu.

III.
Premièrement notons l’absurdité de dire “Je ne crois pas en [x] quelle que soit la définition de [x]”. Ca n’a absolument aucun sens, puisque n’importe quel terme pourrait remplacer x.
C’est un chèque en blanc sémantique, aussi idiot que dire «quelle que soit la théorie de l’évolution, je ne veux pas y croire».
D’accord, il y a plusieurs définitions de Dieu (plein), comme il y a plusieurs reines.
Je disais qu’on ne pouvait pas dire “je n’aime pas la Reine” sans le définir. Or, on peut définir une Reine en général comme “une femme qui détient un pouvoir héréditaire sur un pays” (admettons), on pourrait dire qu’on n’aime pas la royauté en général, comme mode de gouvernement héréditaire où la légitimité politique est détenue par un seul individu. “On de même pourrait définir la divinité en général, et donc une définition inclusive de Dieu.”, enchaînerez-vous.
Tentons de suivre ceux qui disent ces définitions évidentes et prenons un peu de sagesse des dictionnaires, puisqu’apparemment la lexicographie se propage :

La définition de Wikipédia : Dans les religions monothéistes, Dieu est l'être suprême, unique, transcendant, universel, créateur de toutes choses, doté d'une perfection absolue, constituant le principe de salut pour l'humanité et qui se révèle dans le déroulement de l'histoire
Larousse : Dans les religions monothéistes, être suprême, transcendant, unique et universel créateur et auteur de toutes choses, principe de salut pour l'humanité, qui se révèle dans le déroulement de l'histoire
Wikitionnaire : Être surnaturel objet de déférence d'une religion.
Dictionnaire de l'Académie Française, 8ème ed., 1932-5. "Être suprême, créateur de l'univers."
CNRTL : (L') Être éternel, créateur de tout ce qui existe (animé et inanimé) et providence de l'univers créé, à qui les hommes doivent un culte.

Pour l’instant on a
  • Créateur de tout
  • Absolu/Parfait
  • Transcendant
  • Surnaturel
  • (Principe de salut)

Vous trouverez que c’est déjà pas mal, que ça doit bien tout comprendre et qu’en rejetant une définition de ce genre, vous devriez être en mesure de tout rejeter.
Seule Wikipédia mentionne “le principe de salut pour l’humanité”, ce qui me semble quand même un point essentiel. Après tout, si vous ne pouvez pas interagir avec Dieu, ça ne semble pas extrêmement intéressant d’y croire ou non. C’est une condition intéressante, peut-être pas essentielle. Après tout, plein de théistes imaginent un Dieu parfaitement indépendant du Dieu chrétien ou musulman.
Par contre, on oublie un élément à mon avis indispensable.
Dieu est un esprit.
Il a une volonté, une pensée, il est rationnel. Rien ne le mentionne dans les définitions ci-dessus, ce qui serait pourtant important. Certes, lâchez votre encyclopédie, je suis certain que c’est impliqué ou que d’autres dictionnaires le mentionnent. Mais laissons ça de côté pour un instant.

Prenons un exemple simple : la définition panthéiste de dieu. Dieu = la nature, à savoir l’ensemble de tout ce qui existe. Autrement dit, Dieu = l’univers.
Croyez-vous à l’univers ? Oui ? Bon, hé bien vous croyez à une définition possible de Dieu, celle, entre autres, de Spinoza. Et puis c’est plutôt cohérent, si on vous demande ce qui a engendré le monde, ce qui est suprême, ce qui est omnipotent ? Répondre “l’univers” est une tentative louable, puisque, par définition, il engendre à chaque instant son instance suivante ; qu’il est suprême, puisqu’il contient tout ce qui existe ; qu’il est omnipotent, puisque que tout ce qui peut être fait est fait dans l’univers, par définition. Façon étrange de causer, mais bon.
Dire dès lors que vous ne croyez à “aucune définition possible de Dieu” signifie simplement que vous êtes terrifié par le mot “Dieu”, que vous avez peur d’une étiquette.
Le panthéisme c'est parfois "le monde pense" ce qui n'ajoute rien au monde, et parfois du bullshit sur les coincidences, l'union du microcosme et du macrocosme, de la régularité de la nature, des arguments cosmologiques à n'en plus finir, regardez cet escargot a la forme d'une galaxie ! Mysticisme !

“Oui mais si tu dis juste que le monde est Dieu sans lui ajouter de propriétés, tu joues sur les mots” direz-vous.
Spinoza l’a fait. Il lui a ensuite, certes, ajouté, des propriétés, il a même tenté de prouvé sa position (qu’un être suprême ne pouvait qu’être l’ensemble de tout ce qui existe, et non transcendant) mais comment refuser l’usage de Dieu qu’il fait ? Pour ce faire il faudrait que nous ayons nous-mêmes la définition ultime de Dieu, qui nous permette de repousser toutes les autres.
Donc une théologie. D’où ma remarque.
Dans l’absolu, les panthéistes admettent que Dieu, quoique monde, a une pensée, un but, ou simplement une organisation rationnelle. Mais cela signifie-t-il simplement “regarde les mathématiques dans la nature, elles sont si belles !” ou alors “le monde est justement organisé par la raison divine” ? Cela changerait tout. Mais passons.
La transcendance, donc de devoir être hors du monde, devrait mettre les définitions panthéistes hors concours, mais justement, à condition de rejeter les panthéistes et de dire qu’ils parlent d’un Dieu différent de vous. (Et puis, “transcendant” signifie “hors de l’univers” et “l’univers” signifie “l’ensemble de tout ce qui existe” donc la transcendance même est déjà problématique)

IV.
On pourra toujours inventer/trouver d’autres définitions de Dieu, il est impossible de toutes les englober en une sentence finie. Donc il est impossible de se dire Athée. C’est donc une manière de faire taire les athées et de nous empêcher de revendiquer notre non-croyance. Inquisition ! Obscurantisme ! Ouin ouin !

E.g.
“Donc d'après ce que tu dis, cela sous entendrait que l'athéisme ne peut exister puisque pour un athée puisse dire "je ne crois pas en Dieu" il faudrait qu'il puisse définir l'entiéreté des possibilités du ou des dieux. Ce qui est impossible puisque tu dis toi même qu'elles sont infinies, par conséquent il est impossible de dire : "Je ne crois pas en Dieu".
Donc le croyant a forcément raison, et l'athée ne pourra rien démontrer
Ce raisonnement bloque donc le débat, qui est inutile car le ou les dieux existent forcément, ce qui induit que l'athée est un ignorant.
Sauf que ce n'est pas à l'athée d'apporter la preuve de la non existence puisque pour lui le concept même n'existe pas, mais au croyant de prouver l'existence du concept qu'il défend.”
– Jean-Baptiste Sauvage sur G+
(Passons sur «Le ou les dieux existent forcément» qui ne fait que montrer qu’il y a bien plus qu’une confusion en cours dans la discussion. Je répétais en boucle «Définir Dieu c’est compliqué» et tout le monde me répétais «Dis donc, tu définis Dieu de façon bien compliquée ! Tu pinailles !». N’allez pas lire ce thread, c’est pas intéressant.)

Pour faire court, oui, il est probablement impossible d’englober toutes définitions de Dieu dans une seule définition, mais vous pourriez par contre identifier ce qui vous gêne dans la plupart de ces concepts distincts.
Mais je n’ai jamais demandé de réfuter toutes notions de Dieu pour avoir le droit se dire athée, simplement me dire, quand VOUS dîtes “JE ne crois pas en DIEU”  me dire ce que VOUS entendez par DIEU. Point.

“Dîtes-moi ce que vous entendez par Dieu, je vous dirai si j’y crois.” disait Einstein, et tout est là.

V.

J’entends beaucoup parler de l’athéisme, ces temps-ci.
Peut-être parce que les athées sur internet se manifestent sous l’espèce générale de l’internaute qui ne peut pas considérer qu’il aurait des efforts de rationalité à faire, puisqu’en niant Dieu, il a déjà refoulé la totalité de l’obscurantisme du Moyen-Age, d’un seul coup et se place déjà au-dessus de la foule ignare.
J’ai commencé sur Twitter, par ce que je pensais une simple précision, un simple intitulé de prudence :
https://twitter.com/LaysFarra/status/358573091686854658
Mais on m’est tombé dessus, sans doute à cause du terme d’”ignorant” que les athées, puits de rationalité sans fond, réservent aux catholiques, à ceux qui “ne croient pas à l’évolution” et qui pensent la terre plate, tu vois. Un mec qui ne croit pas en Dieu, il est forcément plus intelligent que le reste du monde ! C’est un esprit libre ! Il passe tout le temps qu’il s’est libéré en n’allant pas à la messe à étudier la physique des particules ! Forcément !
Comment osais-je dire ça ?
Mais bien sûr personne ne répondrait “Je suis intelligent ! Ouin !” aussi j’ai eu droit à une version alternative, : on m’accusera de faire usage du Courtier’s Reply. Grosso modo, dire à quelqu’un qu’il n’est pas compétent pour jauger des choses religieuses car il n’y connait rien en théologie.
Je ne demande pas de connaissance exhaustives des théologies chrétiennes et musulmanes, mais simplement que vous me disiez quel est cette prémisse “Dieu” que vous rejettez.
Dawkins a d’ailleurs répondu :
“Most of us happily disavow fairies, astrology, and the Flying Spaghetti Monster without first immersing ourselves in books of Pastafarian theology." (source)
…Certes, mais ça demande au moins de savoir ce que sont les fées, le monstre de spaghetti volant ou l’astrologie. Si l’astrologie c’est juste “l’action des astres sur les corps terrestres”, pas de bol, mais un certain Newton y croyait, et vous aussi. (Et soyons francs “des tas de gens rejettent des trucs sans réfléchir parce que ça leur facilite la vie”, n’est pas vraiment un excellent argument) Surtout quand les croyances ésotériques de Newton ont contribué à l’édification de sa théorie de la gravitation.
Le Courtier’s Reply est une figure de rhétorique. Plutôt que de pointer les failles de la vision théologique de son adversaire, on lui dit « tu n’y connais rien en théologie !». Mais de la même manière, quand on pose des arguments simples («il faudrait définir Dieu, s.v.p.»), brailler «C’est le Courtier’s Reply !» est une fuite rhétorique de même ampleur.
La définition du Monstre de Spaghetti Volant étant quasi littéralement "Dieu + il est fait en spaghettis", je trouve drôlement déloyal de dire que Dieu est aussi improbable que lui.

Parlons un peu de science.
D’un point de vue purement pratique, le modèle atomique Bohrien, la physique Newtonienne et la théorie ondulatoire de Fresnel suffisent amplement à expliquer la plupart des phénomènes que je rencontre tous les jours. La physique a beaucoup progressé depuis, mais pour de petits détails. Le mouvement du pendule n’a pas tant changé, même si on peuple les tréfonds de la matière de particules de plus en plus étranges et indétectables,
Aujourd’hui on parle du Boson de Higgs, qui est peut-être détectable ou pas, à un certain nombre de %.
Le Boson de Higgs n’a aucune importance sur ma vie. C’est un truc pratiquement indétectable et dont l’existence ou l’inexistence n’aurait aucun impact sur ma vie, à moins que je sois intéressé par la physique.
Je ne connais pas exactement ses propriétés, je ne suis pas doctorant en physique quantique. Est-ce que pour autant j’ai “le droit” – pour reprendre leur vocabulaire outragé – de dire que je n’y crois pas ? Tout à fait. Mais si je dis que je n’y crois pas, il faudrait peut-être que j’aie une idée précise de ce que ça signifie. Sinon qu’en aura-t-on à foutre ?
Pour le Boson de Higgs, ça va, c’est un concept localisé, précis.
Mais pensez à la théorie des cordes. Déjà il n’y en a pas qu’une. Entre théorie des cordes bosoniques, théorie des supercordes, théorie M… Je me souviens vaguement des différences évoquées par Hawking et je me rappelle qu’elles étaient importantes, mais je ne me sentirais absolument pas légitime pour dire que “La théorie des cordes est fausse” ou assez important pour informer le monde que j'ai décidé de n'y pas croire et de ne pas m'y intéresser.
Dire “Je ne crois pas à la théorie des cordes” est dès lors idiot, puisque ça recouvre diverses théories qui ne se recoupent pas totalement et n’ont pas les mêmes postulats, les mêmes potentiels herméneutiques ni les mêmes conséquences, ça veut simplement dire «Je refuse d’envisager métaphoriquement les particules élémentaires de la matière comme étant des cordes vibrant entre plusieurs dimensions !».
Vous avez le DROIT de le dire, on ne peut pas vous l’ôter. Mais postuler une sentence indéfinie, infinie, qui recouvre une infinité de postulats dont vous n’êtes même pas conscient et ne rejette qu’une métaphore ?
Oui, c’est de l’ignorance.
Pareil pour ceux qui parlent de “LA théorie du genre”, sentence indéfinie et insensée.
Tout le monde s’accorde apparemment pour blâmer ces imprécisions.
Mais quand on parle de Dieu, on a l’impression que là, la logique, on n’en a plus rien à foutre, alors même que c’est une notion parmi les plus fluctuantes du monde et les plus débattues.

VI.
On pourrait dire qu’on rejette le surnaturel, tout simplement, ça nous épargnerait plein de problèmes, et en plus ça rejetterait, le Flying Spaghetti Monster, les fées et l’astrologie, conformément au souhait de Mr Dawkins.
Que signfie le surnaturel ? La brisure des lois de la nature.
 Mais déjà imaginer que le monde est régi par la régularité, déterminé dans ses moindres recoins et qu’il n’y aurait qu’à décrypter ces lois est déjà un postulat très fort et beaucoup plus précis. On y reviendra.
Néanmoins, vous serez d’accord pour admettre avec moi que ça dépasse la question de Dieu, et peut-être même que ça passe complétement à côté.

J’entends, prenons la définition de Dieu que nous avons évoquée : être suprême, transcendant, créateur de l’univers et par ailleurs un esprit doté de pouvoirs surnaturels.
Si l’on reprend un point de vue panthéiste, il est facile de prouver une part de son existence : il existe forcément un être qui précède (et donc engendre) l’univers tel qu’on le connait. Juste dire «non le Big Bang est une singularité» n’est pas une réponse intelligente ni même une réponse. Premièrement le Big Bang est une hypothèse : il devait y avoir, i.e. au commencement, une singularité de masse et de dimension extrêmes, qui a engendré notre univers. Nous ne connaissons l’évènement qu’en retraçant à rebours une histoire théorique de l’univers.
Deuxièmement, bien sûr la question «pourquoi y a-t-il quelque chose ?» n’est pas sujette à une réponse, mais qu’il y ait quelque chose avant le monde, avant le Big Bang, avant Dieu semble la suite logique du raisonnement. Juste dire que la récursion à l’infini c’est chiant et donc qu’on va admettre l’hypothèse Big Bang, qui ne répond pas plus à cette question que l’hypothèse Dieu. Dire «le temps est né avec le Big Bang donc il n’y avait pas d’«avant» le Big Bang» est un tour de passe-passe qui ne trompe personne et qui ne vaut pas mieux que la réponse de Saint-Augustin à cette question :
«Je vais répondre à cette demande : Que faisait Dieu avant de créer le ciel et la terre ? Je ne répondrai pas comme celui qui voulant, dit-on, éluder la difficulté de la question, fit cette adroite repartie : Il préparait des supplices à ceux qui sondaient l'abîme de ses secrets, car railler n'est pas résoudre la question ; telle ne sera donc pas ma réponse. J'aimerais mieux, en effet, dire : Je ne sais pas ce que j'ignore, en réalité, que de répondre par une raillerie à celui qui m'interroge sur de si hauts mystères et de faire applaudir une aussi mauvaise réponse.» (Confessions, livre XI, ch. XII. 14. )
Ca colle avec nos observations, pour l’heure, mais dire «c’est une singularité» pour parler de quelque chose de fondamentalement incompréhensible, comme un panneau planté là, un Nec Plus Ultra pour s’interdire de songer plus loin, ce n’est pas plus rationnel que dire «Dieu a créé le monde». Plus utile, peut-être, mais c’est une autre question.
Si on admet que quelque chose a engendré l’univers, ou alors que l’univers s’est engendré lui-même, les deux peuvent coller à notre définition de «créateur».
Pareil pour «être suprême», l’univers contenant tout ce qui existe, il ne peut qu’être cet être suprême. Qu’y aurait-il en dehors de lui, puisque par définition il contient tout ? Qu’y aurait-il de plus ?
La transcendance me semble un problème insoluble en soi, comme dit plus haut. Dire que Dieu est le monde permettrait d'y remédier.
En fait la plupart des caractéristiques de Dieu, logiquement, pourraient coller à l'univers.
Dire que rejeter le "surnaturel" c'est rejeter Dieu me semble donc un peu prématuré, en tout cas avec cette définition.
Coquillage = galaxie. QED. Une association de panthéistes

Le plus gros problème du panthéisme, c’est qu’il doit effectivement ajouter des qualités au monde. La pensée, notamment.
Or, comment identifie-t-on la pensée de l'extérieur ? Ce qui distingue la pensée de la matière c'est que la matière, tous peuvent y accéder, mais les états intérieurs de ma pensée, ne sont ressentis que par moi.
Couramment, en interagissant avec nos semblables et en remarquant que leurs réponses suivent un tracé logique, qu’elles correspondent à ce que nous observons et que nous avons un référentiel de pensée commun, que cette personne d’apparence humaine n’est pas simplement en train de déblatérer des sons aléatoires. Sauf qu’en face de l’Univers, qui contient tout ce qui existe, comment seulement prétendre lui parler en tant que semblable ? Comment pourrait-il avoir un semblable ? Il n’y a rien en dehors de lui.
Une approche behaviouriste ne serait pas plus intelligente : ici il n’y a pas d’actes particuliers à interpréter, ni personne pour l’interpréter,
Ensuite, même dans les parts les plus triviales de l’Univers, à savoir les humains, nous ne pouvons identifier formellement la pensée. Pour un mécanisme de réponse très développé, on ne peut distinguer entre un robot très perfectionné qui fait des réponses programmées et un être humain.
Et même, vous ne pouvez voir que mes actions, mes paroles, les IRMs de mon cerveau, mes pensées vous restent hors d’atteinte. Ce qui fait que je vois, je pense, que le monde se dessine à moi de mon point de vue, bref, mes penseés, vous sont hors d’atteinte.
Je pense donc je suis, oui, mais qui peut prouver de l’extérieur que je pense ?
Le behaviourisme (de Behaviour, «l’attitude» en anglais) est un terme qui recouvre diverses théories, mais qui qui ont différentes portées mais qui se rejoignent en ce que ce qui est important, pertinent, et qu’on doit prendre comme unique manifestation analysable de la pensée, ce sont des actes, des états matériels.
Ainsi le behaviourisme méthodologique consiste à n’analyser, pour un psychiatre, que ce que son patient fait et dit, et ne pas inférer des pensées qui ne se sont pas manifestées.
Le behaviourisme ontologique postule que des états mentaux indépendants des états matériels est absurde, dans la mesure où nous n’y aurons jamais accès. A quoi dès lors servirait ce concept ? Ce qu’on ne sait pas, il faut le taire. Par «penseé» on ne voudra jamais rien dire d’autre que leurs manifestations (de l’électricité dans un lobe du cerveau, une parole, un acte, etc.)
Avec les êtres humains, nous avons le langage, pour tâter de leur penseé, mais
  1. On l’a dit, cela ne nous garantit pas leur pensée mais qu’ils réagissent comme des êtres pensants.
  2. Parfois, des hommes ne parlent pas notre langue. On le les estime pas pour autant dénué de raison. Notre scepticisme ne va pas jusque là.

…Mais sans cela, on devrait être entièrement behaviouriste et on ne peut différencier un robot parfait d’un humain.
C’est un peu le même problème avec la raison des animaux, puisqu’eux n’ont pas le langage. En effet, leurs mimiques nous semblent des signes de douleur, de joie, de colère, etc. mais n’est-ce que mécanisme aveugle ? Après tout, si nous avons cette empathie pour eux, c’est parce que nous percevons sur eux les signes que nous avons appris à identifier sur nos semblables. Nous ne voyons pas douleur, mais manifestation de douleur. Ne sont-ils pas que des machines ? Sont-ils conscients ? Sont-ils conscients d’être conscients ? Conscients d’être conscients d’être conscients ?
Est-ce à dire qu’on a le droit de massacrer tout ce qu’on décrète n’être pas conscient d’être conscient ou inconscient ? D’où viendraient nos égards pour les comateux ?
Vous verrez par exemple des anti-spéciste vous dire qu’ils savent au fond de leur coeur que les animaux souffrent (sauf si ils ne nous ressemblent pas assez et ne sont pas assez distrayants, les araignées et les taons peuvent crever) ce qui est vachement pratique, parce que dès lors, comment différencierait-on un robot de chien et un chien qui ont le même comportement ?

Si pour un individu c’est difficile, pour l’Univers entier, cela devient encore plus présomptueux.
En outre, la raison de l’Univers devrait-elle absolument être compréhensible par nous, qui n’en sommes qu’une partie ? C’est également improbable. On peut estimer que s’il y a «raison» et «esprit» à l’échelle de l’Univers ils n’ont que peu en commun avec les nôtres, de par leur ampleur. Ainsi Spinoza :
"Car l'entendement et la volonté qui constitueraient l'essence de Dieu doivent différer, de toute l'étendue du ciel, de notre entendement et notre volonté, et ne pourraient rien avoir de commun avec eux en dehors du mot qui les désigne, c'est à dire comme le Chien, constellation céleste, et le chien, animal aboyant, on quelque chose de commun. [suit la preuve de ce qu'il annonce ici]"
– L'Éthique, Livre I, XVII, Scolie, ed. Gallimard, coll. Folio essais (trad. Roland Caillois), 1954 [2010], p.86.
Oui mais le petit chien ou le grand chien ?

L’existence d’un dieu transcendant, de pensée dans l’univers, de pensée dans les animaux, et même de pensée dans les autres individus que nous ne sont pas plus prouvables que l’existence de Dieu au sens «classique», puisque cela fait appel à la pensée, état d’existence impalpable, et inséparable, pour l’observateur de ses manifestations.
Ceux qui cherchent des preuves absolues doivent ici cesser de spéculer et suspendre leur jugement.

VII.
(Ma définition approximative de Dieu, pour la suite : un esprit doté de pouvoirs surnaturels, i.e. qui enfreignent les lois de la nature)
Spoiler alert : le gnosticisme c'est pourri.

Nous sommes des êtres subjectifs.
Dès lors, j’ai longtemps cru qu’il n’y avait absolument aucune différence entre dire «Le soleil va se lever» et «Je crois que le soleil va se lever» puisque la personne qui disait «Le soleil va se lever» ne fait qu’exprimer ce qu’elle croit.
L’ambiguïté vient du verbe croire. En français cela sous-entend la confiance, l’assentiment, le fait qu’on pense la chose dite comme existante.
Mais pour moi, il n’y aurait pas vraiment de différence entre quelqu’un qui dirait «Je ne crois pas en Dieu» ou «Je crois que Dieu n’existe pas». Les deux ne font que dire que, dans leur système de pensée, l’être Dieu n’est pas doté de réalité.

Mais il y a une nuance, apparemment, puisque certains en voient une.
Entre athées, théistes, agnostique, gnostiques.
On trouvera donc
  1. des athées agnostiques qui pensent que Dieu n’existe pas et ne prétendent pas le prouver.
  2. des athées gnostiques qui pensent que Dieu n’existe pas et prétendent le prouver.
  3. des théistes gnostiques, qui pensent que Dieu existe et prétendent le prouver,
  4. des théistes agnostiques, qui pensent que Dieu existe et ne prétendent pas le prouver.


…Sauf que ça me parait idiot. Peu de gens prétendent vraiment pouvoir prouver leur croyance, et ça tombe bien, quand on ne peut PAS la prouver. Le fait que les gens prétendent savoir absolument n’est pas pertinent dans l’évaluation de leur croyance. Simplement, si vous avez une croyance c’est que vous estimez que c’est la meilleure croyance possible en l’occurence, aussi que vous disiez le croire ou disiez le savoir ne m’importe pas.
Dans les faits, on a
a) des gens qui suspendent leur jugement, à savoir des agnostiques. Ils ne parlent PAS de l’existence ou de l’inexistence de Dieu. C’est triste, mais être agnostique, c’est fermer sa gueule sur le sujet et cultiver la vertu du silence.(Scott Alexander, The Virtue of Silence)
b) des gens qui disent que Dieu n’existe pas : des athées.
c) des gens qui disent que Dieu existe : des théistes.
Les athées, qui se proclament athées parce qu’ils auraient une absence de croyance en Dieu me semble simplement des agnostiques : ils n’ont pas de croyance sur le sujet, point. Je n’ai pas spécialement d’opinion sur qui devrait être le prochain Roi de France, ce n’est pas pour autant.
Le fait qu’ils prétendent le prouver est idiot, irrelevant. Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises preuves de Dieu. Dire «j’y crois parce que j’ai rêvé de Dieu» est tout aussi recevable, dans l’absolu, que la preuve cosmologique ou ontologique. Aucune n’est recevable, alors comment faire une hiérarchie ?
Rappelons de ce que nous disait Augustin : «J'aimerais mieux, en effet, dire : Je ne sais pas ce que j'ignore, en réalité, que de répondre par une raillerie à celui qui m'interroge»
Et par-dessus ça, il semble que les gens adorent faire des jolis petits diagrammes expliquant à quel point les agnostiques sont mieux que les autres.

Le problème, c’est peut-être qu’on parle DANS L’ABSOLU.
Il y a des objections plus subtiles à faire à mon tweet. Pour celle-ci, il faut quitter le terrain de la vérité et de la rationalité absolue.
Scott Alexander le dit bien ici, seuls ceux qui ont un système de vérité binaire ont ce problème. Autrement dit une sentence est soit vraie, soit fausse, pas de milieu. Pas d’incertitude. Ce qu’on ne sait pas, on n’en cause pas. Ce qu’on prétend savoir, on l’a prouvé :
«Everyone likes to beat up on Aristotle, and I am no exception. An Aristotelian epistemology is one where statements are either true or false and you can usually figure out which by using deductive reasoning. Tell an Aristotelian a statement and, God help him, he will either agree or disagree.
Aristotelians are the sort of people who say things like “You can never really be an atheist, because you can’t prove there’s no God. If you were really honest you’d call yourself an agnostic.” When an Aristotelian holds a belief, it’s because he’s damn well proven that belief, and if you say you have a belief but haven’t proven it, you are a dirty cheater taking epistemic shortcuts.»
Tout ce qui est discuté parle bien de critères de vérité aristotéliciens : sur ce plan, parler de l'existence ou de l'inexistence de Dieu est irrelevant.

VIII.
Mais on se passe très bien de la certitude.
Dans son Traité de la Nature Humaine — dorénavant abregé «T.» suivi de la référence livre.section.chapitre, §paragraphe — Hume part du principe empirique radical que nous n’avons comme source d’information que nos sens, et qu’il faut forcément en partir pour raisonner correctement. Sans cela, pas de raison, puisque toute idée, dans sa vision du monde, vient d’une «impression des sens» : l’idée de rouge vient de l’observation du rouge, l’idée de vache, de la vache, l’idée du bois, de l’observation d’un baton, etc.
Bon. Pourquoi pas. Mais sans pouvoir postuler de principes, comment est-ce que je peux aller au-delà des sens ?
La seule chose qui nous permet de voir au-delà de nos sens c’est les raisonnement sur la cause et l’effet (T. 1.3.6, §7) mais ce qui nous permet ce raisonnement ? Ce qui fonde la causalité, si on doit se baser entièrement sur les sens ?
Quand on voit une balle de billard en taper une autre, et celle-ci repartir avec la même quantité de vitesse que la première avait en arrivant, tout ce qu’on voit, c’est une balle arriver, s’arrêter et l’autre démarrer, sans qu’on voit de connexion réelle entre les deux. On ne voit que deux évènements. Ce qui nous fait différencier les bêtes successions triviales et les successions causales c’est l’idée, dit Hume, d’une connexion nécessaire entre la cause et l’effet.
Dans le traité, livre 1, section 3, Hume ne vise qu’à prouver une chose : l’inférence ne se base pas sur la connexion nécessaire, mais c’est la connexion nécessaire qui découle de notre tendance à l’inférence :
«Nous avons déjà noté l’existence de certaines relations qui nous font passer d’un objet à un autre, même s’il n’y a pas de raison qui nous détermine à opérer cette transition ; et nous pouvons établir comme règle générale qu’à chaque fois que l’esprit opère constamment et uniformément une transition sans raison aucune, il est sous l’influence de ces relations. Or tel est exactement le cas présent. La raison ne peut jamais nous montrer la connexion d’un objet avec un autre, même si elle est aidée par l’expérience et par l’observation de leur conjonction constante dans tous les cas passés. Donc, quand l’esprit passe de l’idée ou de l’impression d’un objet à l’idée d’un autre ou la croyance d’un autre, il n’est pas déterminé par la raison mais par certains principes qui associent l’une avec l’autre les idées de ces objets et qui les unit dans l’imagination. Si les idées n’étaient pas plus unies dans la fantaisie que les objets ne semblent l’être dans l’entendement, nous ne pourrions jamais tirer aucune inférence des causses aux effets ni accorder de croyance à aucune donnée de fait. Par conséquent l’inférence dépend uniquement de l’union des idées.[…]
Mais si je reconnais que c’est là un véritable principe d’association entre les idées, j’affirme qu’il est exactement identique à celui qui associe les idées de cause et d’effet et qu’il est une partie essentielle de tous nos raisonnements tirés de cette relation.» (T. 1.3.6, §12, p.155)
C’est effectivement assez clair : lorsque l’esprit passe «sans raison aucune» d’une idée à l’autre ainsi qu’on le fait pour les raisonnement sur les causes, c’est bien la preuve qu’il agit suivant ses déterminations, ses automatismes. Ce serait notre tendance interne, notre «coutume», en esprit, à passer d’une idée à l’autre. En effet, contrairement à ce qui semblait avant (T. 1.3.2, §11), observer de nombreuses fois le même phénomène ne produit pas exactement la même impression, puisque chaque nouvelle occurrence est ressentie alors qu’est rappelé à l’esprit l’occurrence précédente desdits évènements. «En effet, je constate qu’à l’apparition de l’un des objet, l’esprit est déterminé par la coutume à considérer son concomitant habituel, et à le considérer sous un jour plus vif en relation avec le premier objet.» (T.1.3.14, §1, p.231)
En aucun cas, on ne nous donne le principe ultime permettant de justifier induction et déduction, puisqu’ils sont inatteignables, au contraire, il ne s’agit là que d’un diagnostic, qui nous explique d’où vient cette idée de connexion nécessaire, et il est estimé suffisant pour fonder nos raisonnements :
«Bien que la causalité soit une relation philosophique [...] ce n’est que dans la mesure où elle est une relation naturelle et produit une union entre nos idées que nous sommes capables de raisonner d’après elle ou d’en tirer une inférence quelconque.»(T. 1.3.6, §16, p.157)
Mais ces raisonnements sont des raisonnements qui se basent sur la croyance, et non la connaissance, comme ceux qui relèvent de l’identité. (Voir Kemp Smith, pp. 356-7)

«In saying that custom is a king, Hume has left undecided the all-important issue as to when its sovereignity is legitimate and when it is usurped, when it should be loyally accepted and when il ought to be challenged.» (Kemp Smith, p. 382)

Hume dit donc que la causalité est impossible à fonder avec certitude et de façon empirique, et que seules les relations de cause à effet nous permettent de dépasser nos sens. Par conséquent, est-on coincé ? Ne peut-on aller au-delà de nos sens ? Doit-on tout nier ?
Ce que Scott Alexander décrit comme étant de l’Anton-Wilsonism, à savoir un nihilisme radical : on ne peut rien croire :
«Nobody likes to beat up on Robert Anton Wilson, and I consistently get complaints when I try. He and his ilk have seen through Aristotelianism. It’s a sham to say you ever know things for certain, and there are a lot of dead white men who were cocksure about themselves and ended up being wrong. Therefore, the most virtuous possible epistemic state is to not believe anything.»

Nenni, rétorque-t-il. Bien que nous n’ayons rien pour fonder ABSOLUMENT la causalité et qu’elle semble originaire d’une tendance propre à notre esprit, il serait pédant par exemple, dit Hume, de nier que «le soleil se lèvera demain» est une prévision acceptable. Bien sûr, la terre pourrait fondre, le ciel s’effondrer et le soleil ne pas se lever, mais il n’empêche que cette prévision, si elle n’est pas ABSOLUMENT certaine, est d’une précision largement suffisante.
C'est ce que Scott Alexander appellerait une antiprédiction : il ne s’agit pas de prédire quelque chose d’extraordinaire, mais bien plutôt, de prédire que les choses iront à peu près comme d’habitude. Dire que le soleil se lèvera demain ne suppose pas de raisonnement antérieur. C'est un raisonnement par défaut.
«Therefore, the correct application of these principles is an antiprediction, a sort of easily defensible sticking to a default position. For example, “the world will probably not end on January 18, 2020″ is an antiprediction, because we have no reason to think that it should. It is very difficult to predict the future, but this is no argument against my claim that the world will probably not end on January 15, 2020. No one gets to shake their head and say “That’s kind of arrogant of you to think that you can know that.»
Dans notre vie de tous les jours on se base sur des approximations, des causalités approximatives, conditionnelles, statistiques, ce qui n’empêche pas que ça marche. C’est pour ça que Scott prône une épistémologie qui dit simplement que certaines choses sont probables, utiles, permettent souvent de faire des prédictions conclusives, bref, que certaines choses fonctionnent.
On utilise dès lors un système de vérité proportionnel :
«’Epistemology X’ is the synthesis of Aristotelianism and Anton-Wilsonism. It concedes that you are not certain of any of your beliefs. But it also concedes that you are not in a position of global doubt, and that you can update your beliefs using evidence.
An Xist says things like “Given my current level of knowledge, I think it’s 60% likely that God doesn’t exist.” If they encounter evidence for or against the existence of God, they might change that number to 50% or 70%. Or if they don’t explicitly use numbers, they at least consider themselves to have strong leanings on difficult questions but with some remaining uncertainty. If they find themselves consistently over- or under-confident, they can adjust up or down until they reach either the certainty of Aristotelianism or the total Cartesian doubt of Anton-Wilsonism.»
Premièrement, je dirais le doute Anton-Wilsonien plus pyrrhonien que cartésien, Descartes terminant ses Méditations par «Dieu existe parce que preuve ontologique, alors le monde existe à peu près comme on le perçoit», mais tout le monde s’en fout des philosophes antiques.
Secondement, je pense que c’est le pire exemple qu’il était possible de prendre. Comme l’expliquait Kant, il n’y a pas d’arguments possibles pour ou contre l’existence de Dieu. Alors d’où viennent les 60% contre et les 40% en faveur de l’existence de Dieu ?
J’entends, il y a plusieurs sortes de statistiques et de vérités probabilistes.
a. les probabilités fréquentistes, qui se contentent de compiler des fréquences. Il y a en moyenne 7 jours de pluie en Août, donc je peux estimer qu’il y a pour chaque jour 22.58% de chances qu’il pleuve. (ce raisonnement ne prend pas en compte le fait que les jours de pluie ont plus de chance d’être consécutifs. Le problème, c’est que si les évènements ne se sont produits qu’une seule fois, comment peut-on parler de statistiques ? Comment dire que la terre à 98% de chances d’être issue du soleil, quand nous n’avons qu’une seule terre ? 98%, en vision fréquentiste, supposerait qu’on a clairement et avec certitude observé 49 terres, dotées des mêmes paramètres, se former sous nos yeux, et qu’une seule a échappé à la règle.
b. les probabilités intrinsèques. (modèle "chancien") On considère que les probabilités sont contenues dans les choses en elles-mêmes. Pour un nuage individuel, il y a X% de chances qu’il se mette à pleuvoir. Pour un atome, il y a X% de chances qu’il émette une radiation Y, il y a une chance sur un milliard que le pokémon sauvage qui vous attaque soit un Shiney, etc. quand bien même il n’y aurait qu’un seul specimen observé.

Quand on nous dit qu’on a trouvé le Boson de Higgs à 99.99999999998%, c’est parce que nous avons un modèle qui nous dit quelles autres conjugaisons de corpuscules auraient causé les phénomènes qu’on a observés et qui collent avec la théorisation du Boson de Higgs.
Mais quand on dit qu’on a 60% de chances de choper Ben Laden dans Zero Dark Thirty, d’où est-ce que ça sort ? Est-ce qu’on regarde chaque étape de l’opération et qu’on met bout à bout les taux de réussite respectifs des manoeuvres similaires ? Ou bien est-ce qu’on compare les précédents lieux de villégiature de Ben Laden et qu’on essaie de déduire sa planque ? Mais dans la mesure où on n’a attrapé Ben Laden qu’une fois, et qu’alors on n’avait pas de comparaison, comment peut-on faire une probabilité là-dessus et dire «60% de chances de le buter» ?
C’est une troisième forme de statistiques :
c. le pifomètre.
Et c’est de la merde, pour moi.

Tous nos raisonnements dépendent du manque d'imagination de l’univers.

IX.
Epistemology X et thèses improuvables
Revenons sur plusieurs de nos thèses précédentes.
Nous avons dit que pas mal de thèses, notamment ayant à voir avec la pensée étaient impossible à prouver. Par ordre de difficulté croissant.
  • Que les autres, avec lesquels on communique, pensent.
  • Que les autres, qui ne parlent pas notre langue, pensent.
  • Que les animaux x ou y pensent.
  • Que l’univers pense.

Et j’ai dit, inconséquemment, que ces points de vue étaient tous impossibles à prouver, puisqu’il nous manquait le point de vue du connaissant, de l’être conscient. Cependant, il serait idiot de tenir toutes ces thèses au même niveau. Ce n’est pas parce qu’on ne peut pas dégager de vérité absolues qu’on ne peut pas faire le tri parmi des thèses probables. Mais je parlais sur le plan de la vérité aristotélicienne, absolue.
Ainsi, il m’est impossible de prouver que d’autres être humains que moi pensent, mais c’est pourtant extrêmement probable, étant donné leurs réactions et leur constitution, similaires aux miennes. Qu’ils ne parlent pas la langue ? Ca ne veut pas pour autant dire que je vais les présumer vides, inconscients, quand bien même je ne comprends pas la langue.
Et les animaux ? Disons un chien. Certes, nous n’avons pas plus accès à ses pensées, mais de nouveau, vu les réactions et la constitution du chien, il serait fort imoribabkem étant donné nos hypothèses sur nos origines, que l’intelligence ait émergé d’un coup d’un seul, tombant sur l’homo sapiens alors que tout ce qui précèdait n’avait pas plus conscience de soi qu’un caillou. Dans l’absolu, on n’a accès aux états mentaux de personnes, que ce soient des animaux, des gens avec lesquels on est incapable de communiquer ou des avec qui on peut communiquer.
Mais il n’empêche qu’il parait bien plus plausible que les êtres humains ont les mêmes types d’états mentaux que moi, et que les animaux en ont, qui dépendent de la complexité de réactions dont ils sont capables.
Il parait beaucoup plus logique de dire qu les animaux ont un certain niveau de conscience, relatif à la complexité de leur esprit et qu’on peut évaluer, suivant leurs réactions.

X.
"Rejeter le Surnaturel" serait une alternative pratique à l’athéisme. C.f. Tyrian Dunédine sur G+. Comme on a dit, ça ne serait plus lié à Dieu, mais on se contenterait de rejeter ce qui enfreint les lois de la Nature.
On verserait du côté de Saint Thomas, incrédules, sceptiques, on ne dirait rien qu’on ne puisse expliquer, rien qu’on ne puisse prouver ou du moins observer.
Cependant je l’ai bien assez dit et répété sur ce blog…
…le concept de Surnaturel ne peut exister que lorsqu’on a l’idée d’une Nature déterminée par des lois fixées.  Sinon que seraient les miracles ? Si l'on dit que c'est un miracle que Jésus relève Lazare, c'est parce que les morts, par définition, ne peuvent pas revivre. L'eau changée en vin est un miracle, parce que nous savons précisément comment le vin est fabriqué et ça ne respecte pas ce qu'on considère être une loi d'airain de la physique : le vin prend longtemps à faire et du vin ne peut pas être fabriqué à partir d'eau.
(Ça et crier "les définitions sont compliquées, regardez-moi je suis intelligent !" c'est plus ou moins ma ligne éditoriale.)
Le surnaturel est donc la limite d'une modèle déductif-nomologique (DN). Le modèle DN consiste à postuler des lois, si elles fonctionnent, les garder, puis faire des déductions dessus.
E.g. Le soleil se lève tous les jours U+2192.svg le soleil se lèvera demain.
Si d'un seul coup Dieu envoie un prophète et lui donne des superpouvoirs histoire de fermer la gueule à tous les Richard Dawkins de la terre, et que ce dernier décide du coup de faire que le soleil ne se lève pas histoire de faire flipper tout le monde, comment cela sera-t-il interprété par les scientifique ? Et à quel moment dira-t-on "c'est un miracle" ? A quel moment cela ne pourra-t-il pas passer pour un phénomène naturel ?
  1. D'abord qu'entend-on par "le soleil ne se lève pas" ? Si la Terre et le Soleil et leurs positions relatives sont parfaitement normales et que la lumière du soleil est simplement masquée par un nuage ou une la lune, par exemple, alors on peut tout à fait expliquer le fait que la lumière ne nous inonde pas comme à l'accoutumée.
    1. La loi devient donc "Le soleil se meut toujours de la même façon par rapport à la terre et A MOINS qu'il n'y ait subitement un obstacle, la lumière nous inonde, donnant sens à l'expression impropre "le soleil se lève".
    2. Toutefois, l'éclipse aurait dû être prédite, puisqu'on connait les mouvements de la Lune. Donc si l'éclipse n'était pas prévisible, si elle ne colle pas avec les mouvements usuels de la Lune ou que c'est un corps sorti de nulle part, la loi devient encore plus compliquée.
  2. Ensuite si le soleil ne se lève pas sur la totalité du monde, c'est déjà extrêmement inhabituel, puisque ça signifie qu'il fait nuit sur la totalité du monde.
  3. Si il n'y a pas de signes d'éclipse observables, nulle part dans le monde et que pendant 24h la nuit se prolonge, la loi devient extrêmement problématique. "La terre se meut régulièrement autour du soleil, impliquant que la moitié de la terre est éclairée, à tour de rôle et graduellement, par alternance de 24h, mais si ce n'est pas le cas c'est que la lumière doit être bloquée par quelque chose de matériel". Donc on devrait observer des étoiles qui manquent dans le ciel, bref, des signes de l'existence continuée du soleil
  4. Ensuite, si les scientifiques trouvent encore une hypothèse pour expliquer la disparition du soleil,  l'aspect le plus surnaturel sera celui de l'information : le Prophète a été capable de prédire la disparition du soleil pendant 24h, quand bien même on lui trouverait une explication, alors même que personne d'autre n'aurait été en mesure de prédire cet évènement avec des moyens épistémologiques ordinaires. Le fait qu'il puisse connaître l'imprévisible est un miracle per se.
  5. La définition d'un miracle/du surnaturel pourrait donc être ce qui était parfaitement imprévisible.
L'apparition d'une boule disco géante devant le soleil reste une hypothèse parfaitement recevable après tout, une boule disco géante ne brise aucune loi de la physique.

Les lois de la physique se basent toutes sur le postulat que l'univers est régulier, autrement dit (en gros) que le futur ressemblera au passé. Sinon des lois du type "le soleil s'est levé hier, le soleil se lèvera demain" seraient absolument impossibles à établir. Si un caillou tombe au sol, il devra tomber demain. Les expériences doivent être répétées. C'est d'ailleurs la base de la physique galiléenne : le référentiel n'a pas tant d'importance, on peut faire abstraction des paramètres qu'on juge non-pertinents pour reproduire une expérience ailleurs. Ainsi Galilée considérera que puisque le mouvement de la Terre est en fait indétectable, la thèse héliocentrique pouvait exister.
La répétition est primordiale, en ce que des phénomènes doivent se reproduire avant qu'on puisse parler de lois, où il ne pourrait pas y avoir de lois privées qui ne parlent que d'un seul évènement. Nous avons vu la vision Humienne de la causalité, qui est absolument impossible à distinguer de la conjonction constante de phénomènes.
Cum et post hoc ergo propter hoc dans ce système.
Le Principe d'Uniformité de la Nature (PUN) reste donc indispensable pour fonder l'induction et la déduction dans ce système.
Mais ce n'est pas empiriste du tout.
Dans Homestuck, on peut voir Eridan brandir son Empiricist's Wand (Baguette de l'Empiriste) qu'il affirme manifester des pouvoirs scientifiques parfaitement legits et non de la magie obscurantiste et tout, ce qui lui donnerait donc ses pouvoirs. J'avais envie d'en parler. Y'a magie, y'a surnaturel, y'a science, y'a empirisme, on peut sans doute en faire quelque chose.

C'est ce qu'on connait comme étant le problème de l'induction. Basiquement, pour la plupart de nos raisonnements, on a besoin de prouver que le monde est régulier, que le futur ressemblera au passé. Le monde a été régulier jusqu'ici, mais justement, c'est un argument circulaire que de dire que par le passé le monde a été régulier, pour prouver que le futur le sera.
Je trouve intéressant qu’un sceptique tel que Hume, défini par endroits comme étant l’athée le plus célèbre de l’histoire et qui s’était prononcé sur les miracles avec une vision probabiliste (basiquement, s'il est plus improbable que les témoins du miracle aient été trompés sur leurs perceptions que le miracle lui-même ait eu lieu, alors on peut considérer que le miracle a eu lieu) ait clairement établi que prouver la régularité de la nature est impossible, de même que le concept de lois de la physique.
Il n'empêche que le concept de Surnaturel postule des phénomènes qui seraient absolument impossibles à justifier même si nous ne connaissons pas la nature dernière des choses. Les fantômes, les pouvoirs télékinésiques, la télépathie, l'astrologie, quand bien même ces phénomènes trouveraient un fondement, on juge que nos Lois d'Airains interdisent jusqu'à leur existence avant même d'avoir expérimenté.
Qu'est-ce qu'on attend ? Maintenant qu'on a de l'informatique, on pourrait carrément créer une astrologie empirique. Mais dire dès le départ que c'est impossible ? En quoi est-ce scientifique ?
Tous nos raisonnements sur la causalités se basent sur le fait que le monde manque d'imagination, qu'il va bêtement se perpétuer. Qu'un astéroïde vagabond déloge la Terre de son orbite et la plupart des choses que vous considérez comme des lois de la physique vont s'évanouir.
Comme le dit Zach Weiner, y a-t-il vraiment des Lois d'Airain de la physique ?
 Atome signifiait "insécable" et aujourd'hui on le brise. Etant donné un niveau de technologie suffisant, on devrait arriver à faire n'importe quoi. Est-ce que nos lois tiendraient encore ?
Les lois probabilistes sont des lois plus faibles parce qu'elles se basent uniquement sur la banalité, la normalité, la moyenne. Ainsi rien dans l'univers n'empêche d'accumuler des tonnes d'Uranium. Mais il est, sur Terre, très rare.
Par conséquent, la loi "il est impossible qu'il existe un cube d'Uranium de 20 mètres de large sur terre" ne vaut que pour un espace donné, la terre. Et elle nous est du coup très utile, puisqu'elle convient à nos maigres frontières et leurs conditions. Ainsi on peut justifier cette loi sous la forme  :
  1. A notre connaissance l'Uranium est extrêmement rare.
  2. Il est peu probable qu'il en existe suffisamment à notre portée pour que quelqu'un confectionne un cube de 20m d'arête.
  3. Il est peu probable que, naturellement, une telle quantité d'Uranium se forme spontanément et en bloc, étant donné que nous savons que sa création, dans les étoiles, n'en fabrique qu'en quantité très faibles.
  4. Il est impossible qu'il existe un cube d'Uranium de 20 mètres de large"
Mais s'il s'agissait uniquement de lois utiles, on pourrait sans doute abandonner le Boson de Higgs, vu la vie que mènent la plupart d'entre nous.Faire apparaître 8000 mètres cubes d'uranium, serait probablement vu comme surnaturel et résoudrait la plupart de nos problèmes d'énergie (ainsi que de financement des retraites pour le bled où on a fait apparaître l'uranium)  mais ça en violerait aucune loi de la physique. Ca violerait simplement des lois banales,  sur la difficulté relative de trouver de l'Uranium. Mais ce n'est pas parce que c'est inhabituel ou difficile que c'est surnaturel. Personne ne considère Neil Armstrong comme étant un phénomène paranormal juste parce qu'il a foutu les pieds sur la lune, et ça viole pas mal de lois banales.

XI.
Une autre optique c'est de dire qu'on ne veut accepter que ce qui peut être connu avec certitude et expérience, mais le problème, on l'a vu, c'est que cette attitude (aristotélicienne) mène basiquement au mysticisme (prétendre avoir des vérités improuvables) ou au nihilisme (ne croire en rien) parce que je suis un philosophe et que mon seul moyen de passer le temps au chômage c'est de tout mettre en doute. On est forcé de faire des choix de probabilité.
Certains diront comme Laplace que Dieu est, comme l'éther, un concept inutile, puisqu'indétectable, et donc qu'on peut sans peine le nier. Nie la gravité, tu risques de mourir en tombant d'un canyon, nie Dieu ? Il ne se passera rien.
Seul le résultat compte, quoi.
Mais beaucoup de choses n'ont absolument aucune influence sur un système. Si on n'avait pas trouvé le Boson de Higgs, bah tant pis, on aurait trouvé autre chose, 
Ainsi on a des lois sur la rotation des galaxies, et quand on découvre qu'elles ne décrivent pas la réalité exactement ? On invente la matière noire, histoire de pouvoir se persuader que nos lois marchent toujours. En quoi est-ce scientifique ? 95% de l'univers n'est pas observable ? Comment est-ce qu'on sait ça ? Parce que nos équations ont une marge d'erreur telle qu'il nous faut postuler 95% de masse inobservable pour qu'elles tiennent debout ? En quoi c'est de la science ?
Est-ce que la plupart de nos théories sur la matière noire sont vraiment scientifiques ? On ne sait rien de ce machin, c'est pratiquement sa définition : ça n'a d'influence sur rien.
"Oui, mais on est en train d'essayer de la détecter"

On finira forcément par détecter quelque chose, ne serait-ce que par la fatigue de nos instruments. A force de faire se cogner des trucs dans des accélérateurs de particules, on produisait des phénomènes de plus en plus improbables, on aurait bien fini par trouver un portrait robot de Boson de Higgs. Pareil pour la matière noire.
Les Shadoks ont raison. Si on cogne le néant assez longtemps, on finira par trouver ce qu'on y tâtait.



Fig. 7: la réaction de tout le monde à mon article, dès que j'ai évoqué la matière noire et que je l'ai critiquée par-dessus la jambe.(Source : Homestuck, par Andrew Hussie, pp. 3527-9 parce que oui chaque case est une page)

Notes:

*Du moins la citation est attribuée à Berkeley. J'ai vu quelqu'un sur tumblr dire l'avoir trouvé dans le livre de Critchley : Continental Philosophy: A Very Short Introduction. Ce qui est mauvais signe, parce qu'il aurait plutôt fallu dire de quelle œuvre de Berkeley elle venait.

Textes cités et liés :

Scott Alexander :
Saint-Augustin, Confessions, livre XI, ch. XII. 14.
(David) Chapman, Pop Bayesianism : cruder than I thought ?
(René) Descartes, Méditations Métaphysiques.
(David) Hume, Traité de la Nature Humaine, Livre I et Appendice, trad. P.Baranger et P. Saltel
Kemp Smith, The Philosophy of David Hume.
Psillos, Causation & Explanation.
Spinoza, L’Éthique.
Zach Weiner, On agnosticism vs. Atheism

5 commentaires:

  1. Lorsque Urbain Le Verrier a constaté que la trajectoire d'Uranus ne correspondait pas à celle que prévoyait la mécanique céleste de l'époque, aurait-il du dire "Fuck this", et prendre sa retraite dans un monastère en abjurant la science ?
    Le fait est qu'il a postulé l'existence d'un astre encore non observé directement, mais exerçant une attraction gravitationnelle sur Uranus, et qu'il a utilisé si brillamment les anomalies de l'orbite de cette dernière pour calculer les caractéristiques de Neptune qu'il en est considéré comme le découvreur, alors que ce n'est pas lui qui l'a observée pour la première fois au télescope.

    De la même façon, si on constate une anomalie dans les orbites d'étoiles par rapport aux centres galactiques, quelle est l'hypothèse la plus scientifique ?
    Penser que les étoiles tournent plus vite sans raison particulière ?
    On est bien obligé de postuler que quelque chose est à l'origine de ce décalage.

    La "matière noire", c'est ça, et si elle s'appelle comme ça, c'est qu'on n'a pas (encore) pu l'observer directement, ce qui ne veut pas dire qu'elle est ou restera inobservable (De la même façon que les "trous noirs" peuvent être observés, au moins indirectement).

    « c'est pratiquement sa définition : ça n'a d'influence sur rien. »

    C'est précisément parce qu'on détecte l'influence de quelque chose sur le mouvement des étoiles qu'on est obligé de recourir à une nouvelle hypothèse, et il paraît préférable de recourir à une hypothèse qui est compatible au maximum avec les théories existantes, jusqu'à ce que de nouvelles observations les réfutent.

    De la même façon, les scientifiques du XIXème siècle n'étaient pas des ânes, et il était parfaitement raisonnable de postuler que la lumière, comme toute onde, se propageait dans un milieu, l'Éther, et ce n'est qu'après maintes expériences qu'il a fallu concéder que l'Éther n'existait pas et trouver autre chose (comme quoi, des fois, on tâte le néant et on y trouve du rien, c'est aussi ça la science).

    D'une manière générale, la physique se préoccupe exclusivement de phénomènes observables, d'une façon ou d'une autre. La matière noire est une hypothèse scientifique parce qu'elle est une tentative d'expliquer un phénomène observable, et permet de faire telle ou telle prédiction dûment testée.
    Peut-être que la matière noire finira dans les poubelles de l'histoire scientifique en compagnie de l'Éther et du phlogiston, mais dans la mesure où on peut tenter de réfuter ou corroborer expérimentalement son existence, c'est bien une hypothèse scientifique.

    A contrario, les existences d'univers parallèles, de la licorne rose invisible, et de Dieu ne sont pas susceptibles d'être réfutées expérimentalement (à ma connaissance), et ne sont donc pas scientifiques.

    Si tu peux imaginer une expérience de cosmologie pour mettre en évidence l'action de Dieu sur le monde, n'hésite surtout pas à en faire part à la communauté scientifique.

    Méfie-toi quand même, ce n'est pas sans risque

    Typhon

    RépondreSupprimer
  2. "De la même façon, si on constate une anomalie dans les orbites d'étoiles par rapport aux centres galactiques, quelle est l'hypothèse la plus scientifique ?
    Penser que les étoiles tournent plus vite sans raison particulière ?"
    Une anomalie par rapport à quoi ?
    Par rapport aux mouvements antérieurs des étoiles ? Par rapport à nos équations qui nous disent comment elles devraient tourner, suivant leur masse qu'on a déterminé par induction également ?
    On ne pourrait pas juste postuler que nos équations (ou nos méthodes pour déterminer la masse des étoiles) ne marchent pas à cette échelle, voire sont fausses ?
    On peut aussi postuler qu'il y a plus de matière que ce qu'il y en a l'air, c'est une alternative parfaitement viable, mais il me semble que mettre en doute nos théories sur la gravitation universelle quand justement elle commence à faire défaut sont .

    "Si tu peux imaginer une expérience de cosmologie pour mettre en évidence l'action de Dieu sur le monde, n'hésite surtout pas à en faire part à la communauté scientifique."

    Ce n'était pas vraiment le but.

    "Lorsque Urbain Le Verrier a constaté que la trajectoire d'Uranus ne correspondait pas à celle que prévoyait la mécanique céleste de l'époque, aurait-il du dire "Fuck this", et prendre sa retraite dans un monastère en abjurant la science ?
    Le fait est qu'il a postulé l'existence d'un astre encore non observé directement, mais exerçant une attraction gravitationnelle sur Uranus, et qu'il a utilisé si brillamment les anomalies de l'orbite de cette dernière pour calculer les caractéristiques de Neptune qu'il en est considéré comme le découvreur, alors que ce n'est pas lui qui l'a observée pour la première fois au télescope. "
    "C'est précisément parce qu'on détecte l'influence de quelque chose sur le mouvement des étoiles qu'on est obligé de recourir à une nouvelle hypothèse"
    L'ami Urbain a postulé l'existence d'une planète, pas d'une "planète transparente indétectable"
    C'est noir, donc on peut pas le voir, c'est froid, donc n'émet pas de rayonnement et c'est de la matière, comme ça on a pas besoin d'inventer une nouvelle entité. Elle a été postulée comme étant quelque chose qu'on ne peut pas voir mais qui explique les déviations par rapport à la théorie.
    Je suis certain qu'on trouve désormais une influence de la matière noire sur des trucs (même si on pourrait tout aussi bien postuler que les trucs en questions ont simplement des propriétés différentes de ce qu'on s'imaginait auparavant) mais elle a été *postulée* comme un fantôme malicieux qui expliquerait nos résultats faussés.
    Je ne dis pas que ce n'est pas fructueux. C'est un mouvement normal de la science.
    Mais ça allait plus loin qu'une hypothèse, on a dès le départ postulé de la matière qui n'avait aucune des propriétés de la matière excepté la masse.

    Une réfutation positiviste qui rabroue le vilain pyrrhonisme devrait suivre cet article.
    Sympa, la nouvelle Deux ex mathematica, sinon.

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    1. *[…]quand elle commence à faire défaut serait un minimum.

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    2. « On ne pourrait pas juste postuler que nos équations (ou nos méthodes pour déterminer la masse des étoiles) ne marchent pas à cette échelle, voire sont fausses ? »

      Pourquoi la gravité fonctionnerait-elle différemment à l'échelle galactique ?

      Si des physiciens très compétents considèrent plus simple de chercher dans cette direction, je suppose qu'ils ont de bonnes raisons de le faire. Le cas échéant, ils remettront tout le reste en cause si besoin est.

      De la même façon, Urbain Le Verrier a essayé d'expliquer l'existence d'anomalies dans l'orbite de Mercure en postulant l'existence d'une planète inconnue, Vulcain.
      Il se trouve qu'il avait tort, puisque, pour le coup, les équations étaient fausses (ou du moins, incomplètes) : les anomalies par rapport à l'orbite prévue par la théorie étaient dues à des effets relativistes, ce qui signifiait qu'il fallait effectivement une nouvelle théorie de la gravité pour les expliquer.

      Pour autant, la démarche de Le Verrier me paraît parfaitement raisonnable, d'autant plus qu'elle lui avait déjà réussi.

      « on a dès le départ postulé de la matière qui n'avait aucune des propriétés de la matière excepté la masse. »

      C'est pas vrai. Wikipédia me dit "Early theories of dark matter concentrated on hidden heavy normal objects, such as black holes, neutron stars, faint old white dwarfs, brown dwarfs".

      Et du reste, c'est bien normal d'avoir d'abord pensé à ça.

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    3. "C'est pas vrai. Wikipédia me dit "Early theories of dark matter concentrated on hidden heavy normal objects, such as black holes, neutron stars, faint old white dwarfs, brown dwarfs".

      Et du reste, c'est bien normal d'avoir d'abord pensé à ça."

      Tout à fait, sauf que ce n'étaient que des hypothèses qu'elles se fussent confirmées et le terme même de matière noire n'aurait pas eu le succès qu'on lui connait. Et je ne suis pas sûr qu'on parlait déjà de "matière noire" à ce moment-là, le terme a l'air de s'être principalement popularisé dans les années 70. Mais je vais vérifier.

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"As-tu vérifié si ce que tu veux me dire est vrai ?
Ce que tu veux m'apprendre, est-ce quelque chose de bien ?
Est-il utile que tu m'apprennes cela ?
Dans le cas contraire, pourquoi tiendrais-tu à me le dire ?"
- une poétesse victorienne moraliste, à peu près.