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dimanche 28 juillet 2013

Connotations négatives


Ces derniers temps, je me suis beaucoup posé la question de la malfaisance indirecte, ou plus exactement, d’une action ou d’un symbole considérés comme malfaisants parce qu’ils seraient assimilés à d’autres symboles, ou qu’ils ont été instrumentalisés en un certain sens. Et de la volonté de pureté qui nous afflige forcément, quand on cherche à s’en débarasser.
Par exemple, on accuse les scouts d’être militaristes, voire fascistes, de par leurs chemises, foulards, étendards, rassemblements, organisation paramilitaire.

(dans les faits, fascisme et scoutisme ont pas mal de points communs, notamment l’éthique des vertus, l’idée d’éducation d’un Homme Nouveau, mais l’hégémonie politique par la violence ne fait pas partie du scoutisme, et d’ailleurs l’homme promu par le scoutisme n’est pas vraiment neuf, il ne veut pas s’affranchir des vieilles morales, au contraire, quoi de plus traditionnel que la loi scoute ?)

Ainsi les gens qui disent qu’il ne faut pas caricaturer des noirs en singe, parce que c’était l’usage avant et que ça ferait donc référence, qu’on le veuille ou non, à cet arrière-plan raciste.
Ainsi les gens qui reprochent d’utiliser l’expression “quenelle” parce que ce geste, qui signifiait simplement une sorte de doigt d’honneur amplifié (mimant un fist-fucking) a été récupéré par Soral, Dieudonné et consorts pour en faire une sorte de salut nazi light combiné au "au-dessus c'est le soleil" de l'humoriste susnommé. (Ici Soral au monument de la Shoah faisant ledit geste)
Si l'origine c'est "Je t'encule avec le bras", on peut dire que c'est un mimétisme qui manque de réalisme, pour le moins. (on ne fiste pas avec le poing fermé à l'entrée, certes, mais pas à plat non plus, on joint les doigts ensemble). Tous ceux qui font ce geste sont-ils conscients de sa portée, de sa fonction ? Ils ont l'air de savoir que c'est un signe de ralliement (pourquoi en user ainsi autrement ?) mais pas d'assentir à ce que ça soit un "salut nazi déguisé" puisque berk les nazis c’est mal, pourquoi essayez vous de m’amalgamer avec les nazis dès que j’essaie de nier l’importance ou la réalité de la shoah ?

Certains ne veulent absolument pas participer à ces raisonnements, qui les considèrent comme des sophismes, des accusations par salissures, des noncentral fallacy. Si Hitler était un meutrier de masse raciste et il aimait les chiens. Est-ce pour autant que je dois me retenir d’aimer les chiens, pour éviter d’apporter de l’eau au moulin du néo-nazisme ? Dois-je renoncer aux “quenelles”, aux caricatures de singe, à l’uniforme et l’organisation paramilitaire – bref, à tout ce qu’il a de rigolo dans l’existence, à entendre les défenseurs de ces travers respectifs – juste parce que quelques dérangés en ont fait leurs choux gras et le symbole ou le moyen de leur malfaisance ? Parce que des gens ont quelque chose en commun ne signifie pas qu’ils auront tout en commun, ni même quoi que ce soit d’autre en commun.

Mais là, c’est pas juste de l’amour des chiens d’Hitler qu’il est question. Hitler n’a pas mis ses dessins de chiens (plutôt jolis) sur le drapeau du troisième Reich, mais la Svastika, si. C’était un symbole positif, avant, de même que la croix celtique, j’imagine, avant de devenir un symbole néo-nazi, mais une fois qu’il a été récupéré, exploité, et que pour le monde entier, cela signifie “NAZI”, il devient idiot de se référer à sa signification antérieure.

Si vous êtes un bouddhiste avec un t-shirt à Svastika, le problème n’est pas tant que vous le partagez avec un ou deux malfaisants, mais plutôt que le nazisme a enseveli l’Europe de son symbolisme, au point que pour le monde entier, la signification ancestrale de la croix gammée a complètement disparu.

C’est ce que je reproche aux partisans de Chouard quand ils veulent déterrer le sens “originel” de “démocratie” et “aristocratie” : ils oublient l’histoire qui a accolé à ces mots des sens bien différents depuis.

Médiocre” à l’origine ne signifie rien d’autre que “être dans la moyenne, le milieu” (de media, le milieu) et avait au XVIe un sens presque neutre. C’est par lente dérive qu’il est venu à signifier la tiédeur, la fadeur, et donc la médiocrité au sens moderne du mot. A l’origine Nègre ne signifie que noir, donc pourquoi serait-ce plus offensant que de dire “noir” ? Martin Luther King lui-même en faisait d’ailleurs souvent usage dans ses discours, la connotation négative n’apparut qu’à la suite des années 60. Pour autant, jamais il ne me viendrait à l’idée de traiter quelqu’un de “médiocre nègre” aujourd’hui et d’espèrer qu’il le prenne positivement. Quand tout le monde traite un symbole, un mot, d’une certaine façon, aller naïvement à contre-courant ne fait qu’induire de la confusion dans le jeu complexe de la communication.

En 1936, les délégations française, grecque et canadienne (vidéo) firent aux Jeux Olympiques de Berlin le salut olympique dit “de Joinville”, autrement dit, le bras tendu vers la droite, par opposition au salut nazi, bras tendu devant le corps. Cependant, à Berlin, en 1936, il fallait s’y attendre, ces saluts furent pris pour des saluts nazis et donc acclamés comme tels.

La même question tourne souvent aussi autour du salut scout, alors même que celui-ci s'inspirait du salut olympique et comme celui-ci préexistait au salut nazi. Cependant, dès la prolifération des Hitlerjugend (Jeunesses Hitlériennes) et de la malfaisance du régime nazi tout comme de son idéologie et de la distance de celle-ci avec le scoutisme, le salut scout a été modifié pour ne plus pouvoir être confondu (le bras tendu est devenu un bras replié à hauteur de l'épaule qui se rapprochait plutôt du salut militaire lorsqu'il est effectué avec un béret) et les HJ n'ont jamais été reconnues comme des organisations scoutes. Lorsque la confusion est possible, on s'acharne à trouver de nouveaux vocables, de nouveaux symboles, afin d'être purs, de ne pas s'acoquiner par inadvertence.

Dans ce contexte il était évident que c’était une connerie et qu’un salut militaire, ou même ne pas saluer aurait été une manière efficace de dissiper la confusion.

Mais aujourd’hui nous ne sommes plus à Berlin en 1936 au milieu des aigles hitlériennes et des bras tendus, en train de tendre des bras.

S’il nous faut nous débarrasser ne serait-ce que de tout ce que les néo-nazis récupèrent, on va avoir du pain sur la planche.
Ainsi regardez Buttercup Dew, brony néo-nazi gay qui nous explique la race supérieure, en fait, c’est les Néanderthals, entre autres. Où pioche-t-il son évangile ? Dans le dessin animé My Little Pony : Friendship is Magic. On a pointé par le passé le sexisme ou le racisme de la série, certes, mais lui ne considère pas cela comme des défauts d’écritures, mais comme la mise en œuvre de son idéologie d’ordonnance du monde.
Je n'ai pas vraiment le temps de parler de My Little Pony ou de la récupération des symboles runiques par des groupes d'extrême-droite (néo-paganisme, comme certaines unités de SS utilisaient des runes comme emblèmes) mais basiquement c'est ici la rune Algiz sur Celestia, la déesse-alicorn de l'univers MLP (Dans l'épisode The Cutie Mark Chron-icles, ).

 Et je dois dire que c’est assez convaincant, par moment. L’épisode qui introduisait Zecora me semblait effectivement raciste, me titillant un peu, mais pour lui c’était une bonne chose.

Pour autant, est-ce que tout brony est un néo-nazi qui avance masqué ? Non.

Mais je me pose la question : à partir de combien de brony-nazis considérera-t-on que ces symboles, les poneys, sont salis et qu’ils faut les abandonner, effrayés de leur impureté ?

La quenelle, brandie par E&R, me semble quelque chose de similaire. J’avais vu le geste moult fois brandi, mais sans rapport aucun avec la négation de la Shoah. Maintenant qu’il est brandi ici ou là dans ce sens, j’éviterai d’en user, je me passerai bien de la vulgarité ajoutée au doigt d’honneur, de toute façon.

Mais est-il possible de se réapproprier des symboles ? De leur donner un sens privé, ou, du moins, de ne pas laisser aux oppresseurs et aux sadiques le monopole de l’expression.

Les noirs américains se réapproprièrent Negro (qui, on l’a dit, n’était à l’origine pas spécialement dérogatif) pour en faire Nigger/Nigga, un terme positif, qui contient en lui une critique du racisme et qui ne peut être usé désormais que par eux sans quoi il garde son sens injurieux. Les slut walks (slut = salope) sont également une manière de se réapproprier la rue pour les femmes. Situation similiare pour la stigmatisation des homosexuels qui leur donne des vocables à investir, dont le terme queer, auparavant (et toujours un peu aujourd’hui) péjoratif :
Foucault has argued that while the naming of oppressed groups by those in power serves as an instrument for oppression, such naming can also engender group identification and resistance to oppression (101). The coining of the word 'homosexual', for example, allowed for the repression of gay people but also allowed homosexuals to organise a gay rights movement using the very terminology utilized to oppress them (Foucault 101). One strategy for resisting hostile slurs like 'queer' or 'nigger' is for the oppressed group to appropriate the name and transform it into a rallying cry or "reverse discourse". An understanding of how 'nigga' operates as a reverse discourse requires a culturally rooted rhetorical analysis of the term. (lien, §2)

D’ailleurs parlons des termes dérogatifs, des jurons, des insultes.

Au commencement, les abrahamiques s’imaginent (souvent) que c’est Dieu qui donna à Adam le pouvoir de nommer les choses et les êtres. Mais imaginons qu’il ait voulu insulter un de ses fils, qu’aurait pu-t-il faire ? Le maudire au nom de Dieu, soit, mais quel nom aurait-il pu lui donner ?
La société n’étant encore composée que de quatre personnes, il n’y a pas encore de groupe social suffisamment déprécié pour user de leur nom comme insulte. En effet, encore aujourd’hui, les insultes sont simplement un repertoire de ce que la société considérait comme mauvais :
  1. Les prostituées : putes, putain, fils de pute.
  2. Les homosexuels : enculé, suceur, pédé, gaylord, tapette, lopette.
  3. Les parties génitales : tête de gland, tête de bite, con, connard, petite bite, pine d’huître.
  4. Les handicapés : débile, mongol, triso(mique), handicapé mental.
Du coup, si vous prônez une sorte de libération sexuelle, que vous n’avez pas spécialement envie de déprécier encore plus les prostituées, ni les homosexuels, ni les organes sexuels ; et qu’en plus vous ne souhaitez pas utiliser des trucs qui à la base signifient “handicapés”, vous êtes très vite à court d’insultes. Il vous reste les noms d’oiseaux et d’autres animaux, mais ce que ça peut être spéciste, et puis aujourd’hui, ça n’a plus le même impact. Ne reste plus qu’à se reposer sur les bons vieux excréments, ça ne risque pas de gêner qui que ce soit. Et il y a l’autre extremité : “jurer” au sens premier. Invoquer ce qui est sacré. On voit ainsi les québecquois crier au Christ, au Tabernacle, tout naturellement. D’une certaine manière, comme le précise Melissa Mohr, les insultes sont un bon baromètre indiquant ce qu’une société trouve choquant. Ainsi, au Moyen-Age, on ne jurait que par Dieu, et la multiplication de ces invocations avait été vue comme négative. De même, c’est en 1548 sous la plume d’un moine qu’on trouve le terme “fuck” pour la première fois. Cependant, plus loin dans le même texte, il abrégeait “damned” parce qu’il estimait le terme trop violent.

Reste que de nombreuses insultes font simplement affliger des populations.

On pourrait dire la même chose de “Negro” semble-t-il. Le terme a toujours été négatif dans la bouche des blancs, puisque les noirs étaient dépréciés, le fait ue ça soit devenu tabou montre qu’il y a une beaucoup plus grande préoccupation vis-à-vis de ces problèmes.

Deux points de vue.

Soit on estime que ces insultes ne sont que des reliques, des restes de ce que la société n’aimait pas et qu’ils peuvent désormais être utilisés indépendamment. Quand j’utilise “putain !” comme une exclamation, je ne cherche pas tant à rabaisser les prostituées ou même une personne en particulier qu’à évacuer ma frustration, mon étonnement ou autre.

Dans cette catégorie, le terme anglais “bad” signifiait à l’origine “homme effeminé, hermaphrodite”. Tout ce que ça nous dit c’est que la haine des intersexuels/ambigus qui mettent en péril le modèle de virilité dominant était tellement forte que le terme même a fini par représenter l’essence même de la déficience et du mal : bad.


Soit on définit que puisque ces insultes étaient des outils dans la domination d’une population donnée, on ne doit plus les utiliser parce qu’on risque de la prolonger.

Soit, mais à ce moment-là, on ne doit plus dire “bad” ? J’imagine qu’il y a prescription. Mais est-ce que ça n’irait pas aussi pour “lopette” qui semble désormais être utilisé dans son deuxième sens “homme lâche, indécis, faible” indépendamment de l’homosexualité ? Malgré le fait qu’il est utilisé depuis 1889, il me semble qu’il se coltine toujours les deux sens : la faiblesse et l’homosexualité (masculine). Alors en user et le prétendre dépêtré de sa connotation me parait aussi malin que faire le salut de Joinville à Berlin en 1936 : quand on communique et qu’on sait dans quel sens notre message sera déformé, quelles connotations il soulèvera, il faut être idiot ou de mauvaise foi pour persister dans cette voie.

Ce qui ammène une question : comment tordre le sens des mots.

Je sais, vous me direz que nous sommes “en plein dans un roman de George Orwell” faisant référence à un roman bien précis et pas l’ensemble de son oeuvre : 1984, ou la langue est tordue pour vider de leur sens les mots, parce que j’imagine que sans langage il est impossible de se révolter, de la même manière que brûler des livres (Farenheit 451) ou forcer la population à sacrifier ses enfants dans un grand snuff show en direct, ce qui les poussera à monter des camps d’entraînement paramilitaire (Hunger Games) va maintenir la société en l’état et calmer les pulsions rebelles. (Vivent les dystopies ces littératures kyfonréfléchire.)

Mais bref, malgré le fait que tout le monde est d’accord sur le fait que le langage est malfoutu, bourré d’étymologies cicatricielles, fruit d’une histoire mouvementée, il n’y a pas vraiment de recette pour l’orienter sur une voie ou l’autre.

Avoir un gang de grabataires avec des sabres qui t’expliquent qu’on ne doit pas dire “des z’haricots” peut avoir son efficacité un temps, puisqu’il vaut mieux un compromis déplaisant mais respecté par tous qu’un bordel sans nom qui rend tout incompréhensible.

Mais la définition d’un mot n’est jamais anodine ni n’existe dans un vide sans histoires. La sémiotique est un champ de bataille. Qui en possède le sens et l’orgine en détient le pouvoir, et peut se targuer de l’avoir comme soldat dans son camp.

Ainsi les chouardistes et leurs compères qui essaient à toutes forces de dire qu’on a dévoyé le terme “démocratie” et que nous vivons en fait dans une artistocratie ou une oligarchie, puisque c’est bien connu a) nous n’avons aucune influence sur qui est élu (ils font tous partie ) et b) nous sommes trop cons pour les élire correctement.

(Ce qui n’empêche pas Chouard de dire que les accusations d’amateurisme qui frappent le tirage au sort sont idiotes parce qu’un médecin de campagne qui se fait élire député n’y connait pas plus en politique. Attend une seconde, je croyais qu’il était membre d’une caste d’oligarques qui gardait jalousement le pouvoir ? Et maintenant tu me dis que c’est un débutant qui n’y connait rien en politique, exactement comme le serait quelqu’un qui serait tiré au sort ? Si la corruption a lieu après l’élection, alors elle pourrait aussi bien avoir lieu après le tirage au sort.)

Pourquoi ? C’est simple. Le mot “démocratie” a de telles inférences que si on peut dire notre projet politique démocratique du genre de la vraie démocratie, on se crée une aura de force et de vertu symbolique.

On veut le mot démocratie dans notre camp, alors on le tord un peu, quoi qu’on fasse.

C’est d’ailleurs rassurant. Qu’on ne soit pas forcément enclin à donner trop de pouvoir au peuple, mais on voudra toujours se réclamer du peuple et de la démocratie. On n’est pas forcément parvenu à l’état de droit démocratique ultime, mais la légitimité passe par le peuple, de jure, même en République Démocratique du Peuple de Corée du Nord. Si l’on excepte, comme le soulignait Derrida, les deux-trois tarés théocrates qui sont les seuls à ne pas se réclamer du peuple aujourd’hui.

De la même manière, je me bats pour qu’on utilise indifféremment éthique et morale, parce que malgré tout ce que veulent dire les gens qui répondent à leurs affects comme des chimpanzés titillés par des broches électriques, morale et éthique recouvrent les mêmes questionnement : les règles de conduite en commun. Qu’on refuse un mot juste parce que le terme “morale” aurait des échos austères de vieux monastères et de coups de règle sur les doigts n’est pas une attitude rationnelle, surtout si c’est pour le remplacer par un synonyme, à peine moins usé.
Mais ne devrais-je pas me soumettre, en bon linguiste, à l'usage ?
Je pense que dans ce cas, le problème c'est que les gens sont incapables d'apporter des définitions différenciées d'"éthique" et "morale"

Décider de la signification des symboles des gens à leur place, n’est-ce pas le même genre de manoeuvre que de dire que les jupes sont des blanc-seings pour se faire violer (culture du viol !) autrement dit, si tu portes une jupe, gare à ton cul ? Ou de dire que le voile (1)(2)(3) ou les minarets sont des symboles totalitaires, des marchepieds vers l’avènement du fascisme vert (islamophobie !) :
"Représentant ostentatoirement et de manière agressive la présence et la suprématie d’une idéologie intrinsèquement intolérante et à tendance totalitaire. Le minaret est un symbole de propagande indésirable tout comme l’est la croix gammée à l’égard du nazisme. Tout comme l’interdiction de hisser symboles tel que la croix gammée sur l’espace public est légitime, l’interdiction d’y construire des minarets est pour sa part aussi un choix légitime." (lien)
"Les minarets n’ont rien à voir avec la religion, ils ne sont pas mentionnés dans le Coran (...) , ils symbolisent simplement un endroit où la loi islamique est établie." Ulrich Schüller, député UDC. (lien)
“Le minaret, le voile et tout autre signes ostentatoires de l’islam sont à considérer au même titre que la croix gammée ou la faucille et le marteau : ce sont des symboles d’idéologies totalitaires et tyranniques, les accepter revient à rejetter la démocratie !” Le commentateur MCM sous l’article précédent.

Je veux dire, il y a bien eu Erdogan pour dire que “Les mosquées sont nos casernes, les coupoles nos casques , les minarets nos baïonnettes et les croyants nos soldats.” Est-ce pour autant qu’on va négliger tous les autres musulmans qui disent que les minarets ne sont rien de tels, qu’ils ont envie de porter le voile, -et affirmer que ces symboles sont nuisibles et doivent être abandonnés par les musulmans puisqu’ils ont été récupérés par des islamistes qui ont eux des visées totalitaires ? (Erdogan n’étant pas du nombre, soyez sérieux, si vous ne citez même pas Ben Laden ou l’ami Nasrallah, c’est bien que ce genre de citations sont rares, ou du moins que vous ne les connaissez pas)

Est-ce parce que certains disent que les jupes sont des appels, des signaux sexuels qui hurlent “venez me violer” qu’il faut l’abandonner ?

Qui a le droit de décider ce que symbolisent les choses ?


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mercredi 24 juillet 2013

Critique : Man of Steel, ou La Chair à Canons





Introduction

De la chair à canons

Puisque le symbolisme christique semble à la mode, commençons par parler de la Bible.
La Bible est un livre composé de multiples sources agrégées, en hébreu et en grec, toutes traduites en latin puis en langue vernaculaire. Un canon s’est constitué suite à divers synodes, pour les écrits hébreux, puis des conciles pour le reste.
Le casting a été sévère, et de nombreux évangiles divergents ont été remisés dans les coulisses des Écritures. On pourrait composer un troisième testament avec seulement les écrits intertestamentaires ou les évangiles apocryphes, et d’ailleurs La Pléiade l’a fait.(1)(2)
Tout le monde n’a pas la même Bible, pas le même canon.




Sur Google+, j’ai d’ailleurs eu l’occasion de croiser un type qui se disait “cathare”, qui ne jurait que par Jésus et les Evangiles. Lorsque je lui ai mis certaines citations de l’Ancien Testament sous le nez, il m’a accusé de “christianophobie”. Pourquoi ? Parce que d’après lui, tout écrit antérieur à la venue de Jésus a en fait été inspiré par Satan. Dédaignant ainsi la tâche compliquée de démêler les problèmes de continuité entre l’alliance du peuple Juif avec le Dieu vengeur que fut Yahvé et l’amour dégoulinant de Jésus, il bottait en touche, et affirmait qu’il était le seul vrai chrétien du monde, que tous ceux qui usaient de l’Ancien Testament étaient des hérétiques et donc qu’il devait disposer de l’usage exclusif du terme.
(Il oubliait aussi, apparemment, que les apôtres faisaient référence à l’Ancien Testament, mais bref.)
Oser assimiler ces satanistes qui osent se dire chrétiens et les vrais chrétiens tels que lui-même, bien sûr, relevait donc pour lui de l’insulte.
C’est ridicule dans la mesure où 99% de ceux qui se disent chrétiens rejetteraient ce type comme hétérodoxe ou simplement cinglé.


Et nous sommes tous un peu comme cela avec nos comics.
Que ça soit parce qu’on déteste le Batman de Frank Miller et son côté psychotique à outrance ainsi que son incapacité à dépeindre Wonder Woman, par exemple, ou qu’on n’aime pas la direction qu’a pris Grant Morrison avec Superman, on cherche à abstraire ou éluder certains comics de la continuité, même s’ils sont “canon”, au profit de nos favoris. C’est même le point de départ de toute discussion avec un amateur de comic books : que retiens-tu dans ta continuité ? Quel est ton canon ? Quel est ton batman ?
Et ce qui va nous occuper :
Quel est ton Superman ?


Ou plutôt, ce qui ne va pas nous occuper.
Soyons francs, dès qu’il est question de comics, nous sommes aussi obtus que le cathare que je décrivais plus haut : nous voulons garder pour nous l’appelation légitime d’adorateurs de Superman et décrier tous les autres comme hérétiques, qui ne voient pas “le vrai côté important ultime de Superman”. Film Crit Hulk est à ce sujet très révélateur :
“[en parlant de The Iron Giant]What is shown in this scene here? That's what superman is about. And it is not something being told. It is not something indulged in. It is something that is felt.”


La foi, en somme, l’emporte sur ce qu’on peut dire.
Certes, sa critique soulève des arguments légitimes contre le film, mais ceci me paraissait de mauvaise foi : "ça doit être ressenti pas raconté". C’est juste une manœuvre pour mettre Superman hors de portée de l’entendement, comme on mettrait Dieu sur l’étagère de la foi, du numineux dirait Otto, ce dont on ne peut pas rendre compte par la raison.


Donc nous ne parlerons pas de ça.
Moi je veux un Superman kitsch. J’ai bien aimé All-Star Superman de Morrison : on y voyait l’homme d’acier faire du cosplay avec des fringues de Krypton du 4ème âge, forger de petits soleils sur une enclume tirée de l’olympe pour son monstre mangeur de soleil et quand Clark Kent arrache ses vêtements et enlève ses lunettes en plein Daily Planet, on voit Jimmy Olsen s’écrier “Bien joué, Superman ! Beau déguisement de Clark Kent ! Je suppose qu’il est à l’abri dans ta forteresse !”.
Et jamais Snyder ne me l’aurait donné. Et tant mieux, parce que j’ai des goûts de merde.
La pluralité des evangiles me permet néanmoins de trouver mon compte. Pas besoin de schisme. Contrairement aux kryptoniens dans ce film, je ne me sens pas obligé de terraformer tout ce qui déroge à ma vision des choses pour y installer mes versions. Il y a suffisamment de place pour que ça cohabite, et l’univers est assez vaste pour qu’on laisse Miller dans un coin saccager All-Star Batman and Robin, ne lui prêtons pas attention.
Et après tout, si tout ce qui pouvait être fait avec Superman avait été fait, on aurait arrêté il y a longtemps de lire et d’écrire ses histoires.


Retenir contre Snyder de n’avoir pas satisfait à votre version de Superman est égoïste sinon ridicule : vous savez très bien qu’elle ne l’aurait jamais été.
Ce qui est affreux dans ce film, c’est que les personnages n’évoluent juste pas. Lois et Clark sont amoureux parce que le plot le dit, et parce qu'on connait le canon, mais rien du tout ne présage leur baiser. On nous laisse remplir les trous, ce qu’on fera puisqu’on est censé connaître ces personnages, mais c’est décevant, on aimerait de réelles motivations, qui laissent place à des tensions, des choix.
    “WHAT IS THE DIFFERENCE BETWEEN SUPERMAN / CLARK WHEN HE MAKES HIS FINAL CHOICE TO SAVE THE FAMILY FROM ZOD'S HEAT VISION VERSUS WHO HE WAS WHEN DECIDES TO SAVE THE SCHOOL BUS AS A KID?
    THE HONEST ANSWER IS THAT THERE IS NO DIFFERENCE. NOT REALLY. FOR ALL THE MORAL RESERVATION ABOUT "WHAT TO DO" THAT HE TALKS ABOUT AT TIMES, CLARK IS THE SAME EXACT GUY PRETTY MUCH DOING THE SAME EXACT THING FOR THE ENTIRE MOVIE. JUST BECAUSE WE SEE HIS LITERAL BIRTH VS. HIM WHEN HE'S OLDER DOES NOT AUTOMATICALLY MEAN WE SEE CHARACTER GROWTH. HE IS ALWAYS THE SAME PERSON TO US. MORE IMPORTANTLY, HE IS MAKING THE SAME EXACT CHOICE OVER AND OVER AGAIN AT EVERY STEP OF THE WAY. SURE, HE SAYS HE FEELS CONFLICTED ABOUT IT SOMETIMES, BUT HE DOES NOT ACTUALLY WAFFLE, NOR DO ANYTHING THAT IMPLIES THAT HE IS WAFFLING, NOR DO ANY EVENTS SEEM TO AFFECT HIS DIRECTION AFTERWARD, NOR DOES HE REALLY CHANGE AS A RESULT... HE SIMPLY IS.”
A savoir : on ne construit pas de personnages.
Personnellement, ça ne suffit pas à détruire un film pour moi. (J’entends, 90% du temps, construire des personnages dans les comics, si c’est juste pour rajouter un couche sur un mythe qu’on connait déjà ça me soûle) mais là, ils ont voulu faire l’histoire d’origine de Superman, ils auraient pu se démerder pour faire autre chose que des fantômes qui se heurtent les uns les autres.
Mais bon, Film Crit Hulk le dit suffisamment bien. (même s’il me semble qu’il règle ses comptes avec beaucoup plus que Man of Steel et puis, qui peut faire confiance à un héros Marvel pour juger Superman ?)
On reproche à Man of Steel de manquer de coeur, d'âme, mais ça me semble normal. C'est un film médian, qui reprend les grandes lignes de Superman. 
Il est de la chair dont on fait les canons.
L'acier. 


EDIT : Mais s'il me fallait rajouter deux scènes de "mon Superman à moi"  pour changer le film, ce serait
1) Un sauvetage émotionnant du genre de la suicidaire dans All-Star Superman
2) Un discours, une scène quelconque qui montrerait Superman en train de reconnaître que leur combat est beaucoup trop dangereux et qu'il sort de ses gonds habituels uniquement par désespoir, qu'il se rend compte de sa responsabilité, ainsi dans JLU contre Darkseid.


"Feel like I'm living in a world made of cardboard. Always taking constant care not to break something. To break someone. Never allowing myself to lose control even for a moment or someone could die. But you can take it, can't you, big man ? What we have here is a rare opportunity to cut loose and show you just how powerful I really am."
Le souci c'est que là, il maitrîse, il rattrape Darkseid, on peut estimer qu'il utilise sa vision rayons X pour s'assurer que la trajectoire de Darkseid ne tuera personne, etc. Et Snyder voulait montrer un jeune Superman, non-experimenté, et pour la première fois mis à l'épreuve.
Mais je pense qu'une scène qui montrerait Superman se rendant simplement compte des dégâts, regardant autour de lui, sauvant quelqu'un d'autre qu'un soldat (America !) et interagissant avec d'autres gens que l'armée et se souciant de quelqu'un d'autre que sa mère serait intéressant. Qu'on le voit reconnaître ces pertes, qu'elles soient plus qu'un décor, qu'elles soient sa raison de se battre. Sa seule raison.
Dans son enfance, la morale c'est de ne pas taper sur les bullies. Une fois adulte, jamais il n'hésite à cogner sur Zod, pulvérisant tout, sans recul. Quel sens ça a ?


Donc mes critiques, ou plutôt ce qui m’a marqué :
  1. Les kryptoniens ont les moyens d’envoyer des vaisseaux dans l’espace, mais plutôt que de fuir avec, ils s’en servent pour balancer Zod et ses complices dans la Phantom Zone.
    1. Sérieusement, même Jor-El, qui trafique un des “moteurs fantômes” ou je sais plus comment ça s’appelle en V.O. pour qu’il propulse son fils vers la Terre ne pense même pas à s’échapper avec, ni Lara-El. Excuse : ils sont des produits de l’ancien Krypton dont ils veulent s’émanciper voir plus bas.
    2. Peut-être que Krypton a annihilé tout espoir de liberté chez les individus par son déterminisme social et génétique, néanmoins si Jor-El a réussi à formuler des théories libertaires, à engendrer un enfant naturellement, etc. c’est qu’il a déjà réussi à s’en émanciper. Donc je vois mal pourquoi il s’auto-condamne.
    3. Ce problème était déjà présent (quasiment) à l’origine de Superman. Ou plus exactement dans Superman returns to Krypton (1949)[in Superman #61]. On voit Jor-El dire que le vaisseau n’a que deux places, et quand Lara doit embarquer, elle dit que finalement non, parce que sa place est auprès de son mari. Du coup le bébé part seul plutôt qu’avec sa maman. C’est un problème dans le mythos dès le début : pourquoi quelqu’un prévoirait une échappatoire pour son fils, mais pas pour lui-même ? Je trouverais donc injuste de le retenir entièrement contre le film, puisque ce n’est pas un problème de son invention, mais ils auraient tout de même pu se démerder un peu plus subtilement.
    4. Je veux bien qu’ils soient une civilisation décadente, qu’ils aient perdu leur tendance à l’exploration etc. mais on voit qu’ils se servent encore de vaisseaux pour se faire la guerre et tout, donc ils n’ont pas vraiment reculé jusqu’à l’âge de pierre. Rien n’indique qu’ils sont utilisables dans l’espace comme sur Krypton(excepté quand ils envoient les comploteurs dans la Phantom Zone), mais reste que ça nous laisse voir une technologie (très) avancée, tout en nous montrant le fait d’envoyer un bébé dans l’espace dans un vaisseau d’une place comme étant la seule alternative de ce monde. Est-ce que Jor-El est vraiment le seul à réussir à penser à se barrer de cette planète, quand ils ont une espèce de substance argentée qui peut fabriquer absolument tout sous la main et que Zod et ses hommes sont montrés capables de trafiquer les “moteurs fantômes” de la même manière que Jor-El mais indépendamment de lui ?
  2. Jor-El inscrit le codex dans son fils.
    1. Pourquoi ?
    2. Sérieusement, pourquoi ? Quand Kal-el/Clark lui demande pourquoi ils ne sont pas venus avec lui, il répond qu’étant des produits de l’Ancien Krypton, avec ses limitations, son déterminisme, etc. ils étaient trop formatés pour être réellement libres. Alors ils ont créé un gosse naturel, mélangeant les génomes pour lui donner de la marge, et ciao, prends le codex pour refonder Krypton sans nos problèmes et notre eugénisme. Sauf que lorsque Zod veut utiliser le Codex pour recréer des kryptoniens, destinés à des fonctions précises, Jor-el s’y oppose, via son hologramme. Sauf que c’est la seule fonction connue du Codex. On ne peut rien faire d’autre avec que créer des Kryptoniens. C’est de l’ADN de kryptonien, classé suivant leurs abilités. S’il ne voulait pas accompagner son fils parce qu’il était un produit de l’Ancien Krypton eugéniste, pourquoi inscrire le manuel complet de comment-recréer-la-société-eugéniste-de-krypton dans l'ADN de son gosse ? Pourquoi ne pas simplement le détruire ? Si Kal-El doit reformer la race kryptonienne, sans utiliser d’eugénisme ni de naissances artificielles, est-ce qu’il n’aurait pas besoin, disons, d’une compagne à engrosser ?
      1. Insérer Supergirl ici.
      2. Insérer l’interdiction de marier son cousin ici.
      3. Insérer l’interfécondité des humains et des kryptoniens ici.
    3. Je comprends que Jor-El est censé être contre le totalitarisme, l’agencement des individus dans une société dès leur naissance, et pas contre la procréation artificielle. Cependant les deux sont ici associés et vu comme interdépendants. Après tout, Zod dit que le Codex contient une classification des individus, un “registre civique” et pas seulement un répértoire de la diversité génétique.
    4. Ils ont déjà des foetus dans des utérus artificiels, deux salles de gestation. (celle sur Krypton dont est arraché le Codex et celle sur le vaisseau qui s’est crashé il y a 20’000 ans dans l’antarctique) Donc a priori, ils ont déjà de l’ADN, ce n’est pas un truc ajouté a posteriori. Pourquoi Zod donne-t-il tant d’importance au Codex, puisqu’il semble avoir deux piscines pleines de Kryptoniens en devenir ? L’ADN n’est pas un condiment qu’on ajoute après la naissance, enfin, du moins tel que je le connais.
  3. Les influences environnementales agissent beaucoup trop vite.
    1. Clark n’est pas habitué à respirer l’atmosphère de Krypton. Il tousse donc sévèrement quand il combat la terraformeuse, et crache du sang quand il monte à bord du vaisseau et est vulnérable à la prise de sang qu’on lui fait. A l’inverse, Zod laisse entendre que les kryptoniens deviendraient faibles avec l’atmosphère terrestre d’où l’usage des respirateurs. Soit. Comme le dit The Last Angry Geek, je comprends qu’ils ont besoin de quelque chose pour affaiblir Superman sans que les autres kryptoniens ne soient touchés. Le soleil rouge ou la kryptonite ne pouvaient remplir cet office. Pourtant je pense que faire en sorte que les kryptoniens aient de la kryptonite ET des armures anti-kryptonite aurait mieux marché logiquement. Je comprends que ç’aurait été plus long à expliquer, à mettre en scène et en plus on aurait eu du mal à refaire le coup du Jor-el hologramme qui prend le contrôle du vaisseau. Pour autant, dès que l’atmosphère terrestre est insinuée dans le vaisseau, Clark pète ses chaînes et détruit une paroi du vaisseau en deux secondes, avant d’aller sauver Lois. Badass. Mais reste qu’en trente secondes il se remet.
      1. Et puis bordel de merde, il se balade dans l’espace, il survit sous l’océan, il n’a clairement pas besoin de respirer, il pourrait bloquer sa respiration cinq minutes si c’est vraiment de respirer l’air .
      2. S’agit-il d’absorbtion de l’air par sa peau, alors ? Hypothèse tangible, mais chez l’homme cela remplit moins d’un pourcent des échanges gazeux.
      3. Techniquement, l’air ne peut pas suffire à lui faire perdre ses pouvoirs puisqu’on peut établir (voir b.) que l’atmosphère de la terre ne confère que la vision à rayons X et les lasers, alors que le soleil suffit pour donner la force surhumaine. Est-ce par blocage du soleil qu’ils atténuent ses pouvoirs, alors ? Sans rire, est-ce que ça suffit de le bloquer si peu de temps ? Est-ce que Superman perd ses pouvoirs la nuit, à ce moment-là ?
    2. Une fois qu’ils sont sur terre, les kryptoniens gagnent les pouvoirs de Superman un par un. Superforce, capacité à voler, vision aux rayons X et même les lasers  D’habitude, dans les comics – attention conflit d’évangile à venir – cela vient du fait que notre soleil est différent de Krypton et que son exposition prolongée révèle ces pouvoirs. (Bon, là je pense que c’est pas trop controversé) Pour s’économiser des problèmes, on préfère parfois faire en sorte que ces pouvoirs ne se révèlent qu’à l’adolescence chez Superman, ainsi on évite le problème d’un bébé Superman qui tabasse ses parents lors d’une colique. Ici, enfant, il a déjà des pouvoirs et une force surhumaine, autour de ses 10-12 ans. On pourrait dire que ce n’est pas tant l’accumulation de soleil qui déclenche les pouvoirs, mais le fait que son corps  approche de la fin de sa croissance. Soit. Malgré ça, ça me parait aller un peu vite. Les kryptoniens débarquent, cinq minutes après, Faora-Ul fait déjà des bonds de criquet et a le niveau de Superman. Je veux bien qu’ils absorbent le soleil jeune, vu qu’ils sont autour de la terre au moins 24h (le délai qu’ils laissent pour livrer Kal-el), mais ils ont des combinaisons qui les recouvrent intégralement et ne laissent pas passer les balles. Je peux bien admettre que, puisqu’on voit que leur visière, quoique transparente, arrêter les balles, les UV ou quoi que ce soit qui déclenche les pouvoirs passe à travers leurs armures de plaques aussi. Toutefois, il semblerait que ces pouvoirs soient déclenchés par la combinaison de l’atmosphère de la planète terre + son soleil, si je me rappelle ce que Jor-El disait. Ainsi, Zod n’a sa vision aux rayons X activée qu’une fois que Superman a abîmé sa visière, et qu’il décide donc de l’arracher. Quand il respire l’air, des pouvoirs viennent s’ajouter à la force, pour aboutir, au final, aux lasers dans les yeux, dans le combat final. Sauf que Faora-Ul a la super-force sans enlever son respirateur. Alors quoi, la force est liée au soleil , le reste à l’atmosphère ? Je ne sais pas. Mais délai ultra rapide + armures apparemment opaques + pouvoirs qui fonctionnent indépendamment les uns des autres me fait demander des clarifications.
      1. Ou bien est-ce que les kryptoniens sont intrinséquement forts ? Sur Krypton on voit bien qu’ils ne sont en tout cas pas invulnérable, vu comment Zod plante Jor-El, et leurs coups, quoique forts, ne semblent pas les propulser à des distances incroyables.
      2. On peut dire que c’est la faible gravité terrestre qui leur donne ces force démultipliées, mais ça ne colle pas : ils devraient déjà avoir cette force sur Krypton, en tout cas pour les mouvements latéraux, coups de poings, etc. ce que ne montrent pas les combats.
    3. Dans les deux cas, atmosphère comme soleil, quoique les ramifications des deux me semblent un peu se superposer, ça va trop vite. On dit que les kryptoniens ont exploré divers systèmes anciennement coloniséas par Krypton, qui avaient tous dépéri. C’aurait été l’occasion de leur faire rencontrer des soleils jeunes, développer leurs pouvoirs, et peut-être même, de leur faire rejeter ces pouvoirs parce que pas “kryptoniens”. Ca changerait de l’eugénisme qui cherche uniquement à faire des gens plus forts et ça nous en montrerait qui serait prêt à renoncer à la force quand elle est compris comme surnaturelle, précisément parce qu’ils veulent simplement que tout reste pareil. Le long du film, Zod et Faora-Ul (ainsi que le médecin quand il fait la prise de sang) se contentent d’insister sur la faiblesse des humains et de Kal-El quand il n’est pas adapté à Krypton.
    4. Ce n’est pas tant un problème d’incohérence que de développement de l’histoire, il manque des scènes pour qu’on voit les hommes de Zod s’acculturer à leurs pouvoirs. Ca pourrait être résolu par une director’s cut même si on nous jure qu’il n’y en aura pas, enfin peut-être.
  4. Johanthan Kent est un peu con.
    1. J’ai pas du tout aimé le moment où il lui dit “peut-être que tu ne devais pas les sauver”, qui était déjà dans la bande-annonce. J’entends, je comprends ce qu’il veut dire, et l’embarras que ça crée, mais dire qu’il aurait mieux valu qu’il laisse mourir des gens quand lui même brave une tornade pour secourir un simple chien ? Mouais.
      1. Je comprends le concept de “le monde va avoir peur de toi”, mais le problème c’est que ce n’est jamais traité. A deux ou trois moments on voit les militaires avoir peur de Superman, de par leur absence de contrôle sur lui. Et tant mieux, ça fait partie intégrante du personnage, le fait qu’il puisse détruire l’humanité avec trois coups de poing. Mais à aucun moment on ne le voit hésiter vraiment à sauver des gens. Il empêche la plate-forme pétrolière de s’effondrer, il sort le bus de l’eau, il sauve le pilote de l’hélicoptère, il s’oppose aux kryptoniens. Tout ça sans sourciller, sauf… quand il s’agit de sauver son père d’une tornade. Ce dernier fait un petit geste qui signifie “Non, ne viens pas me sauver”.
      2. La tornade laisse la place à suffisamment de confusion pour le sauver discrètement, ou dans le pire des cas, Clark aurait pu aller chercher le chien à la place de son père, ne pas faire usage de force ni de vitesse surnaturelle, mais au moins, il n’aurait couru aucun risque.
      3. Le fait que Superman aurait pu sauver son père, mais ne l’a pas fait par peur, par amour, par confiance de ce dernier remplit un rôle pour le spectateur, ou du moins est supposé le remplir : nous faire comprendre que OHMONDIEU c’est conflictuel, il ne sait pas s’il doit sauver des gens. Mais sur le plan de la logique interne, ça ne peut que nous faire hausser un sourcil : son père lui répète en boucle qu’il va faire de grandes choses mais refuse jusqu’à l’idée qu’il le sauve. Alors bordel, il est censé faire quoi, si ce n’est pas sauver des gens ? Et notamment, son père ? C’est horrible de laisser vivre ton fils en sachant qu’il aurait pu te sauver. C’est censé prouver quoi ? Qu’il ne faut pas sauver les gens ? Ca semble le déterminer à faire le contraire.
    2. Est-ce que le film aurait été différent sans Johnathan Kent ? On le ressentirait différemment, mais ça ne modifierait pas les actions de Superman, i.e. Sauver des gens. Ce n’est qu’un peu de lest émotionnel jeté derrière lui sans conséquence juste pour dire “il a été triste à un moment”. Et des évènements qui n’ont pas d’impact sur la suite, on peut se demander ce qu’ils foutent là.
      1. Ca, plus Jor-El qui refuse de se sauver, Superman a donc deux pères qui se laissent mourir, super motivant, les tuteurs mortifères.
    3. Mais surtout qu’est-ce que l’humanité peut lui faire ? Leurs menottes ni leurs prisons ne peuvent pas le retenir, leurs armes ne peuvent rien contre lui. Alors quoi ? Il peut imposer le bien, et c’est d’ailleurs sa tâche, être un modèle et un guide, d’après Jor-El (ce qui pose également la question de la légitimité de son autorité sur l’humanité pour imposer ses valeurs. A-t-il le droit de le faire, juste parce qu’il est plus fort ? C.f. Red Son, Kingdom Come, etc.). Est-ce que la peur d’une humanité qui ne peut littéralement pas lui faire de mal justifie le fait de laisser mourir un car d’enfants ? Non. Et c’est pour ça qu’il n’y a aucune tension.
  5. Zod pourrait bêtement terraformer (ou kryptoformer, whatever) mars, ou une planète avec un autre soleil, si vraiment il ne veut pas des pouvoirs que confère un soleil jeune (si c’est complètement délié de l’atmosphère, ce qui serait étrange, étant donné que Faora, avec respirateur, a de la super-force).
    1. C’est d’ailleurs ironique qu’il dise vouloir fonder “A New Krypton” quand on pense que New Krypton désignait justement une planète orbitant autour de notre soleil, sans déranger la terre, du moins en théorie.  .
      1. Sérieusement. Il n’a littéralement pas besoin de la terre en particulier, il pourrait même retourner sur un des systèmes anciennement colonisés, sur n’importe quel planète – ou au moins n’importe quel planète rocheuse – c’est le concept de la terraformation.
    2. Voire, sans déconner, Superman pourrait créer New Krypton lui-même, en apprenant aux foetus de kryptoniens à être vertueux et sans haïr les humains ou assigner une fonction à tous dès la naissance, bordel, c’est tout le concept de Kandor, après tout, que Krypton a une deuxième chance sous l’égide de Superman. Je comprends que c’était pas le but de ce film, mais n’empêche, y’avait pas besoin de détruire tout espoir de reformer Krypton là tout de suite, on aurait juste pu foutre tous les foetus au frigo.
      1. C’aurait été un combat beaucoup plus fort, qui fait s’affronter plus que pro-Krypton contre pro-humanité. On aurait vu un Superman qui veut le bien pour tous, qui propose même d’aider à réformer Krypton, à la conduire loin de l’eugénisme, de la société figée, qui veut aider et qui ne peut pas, parce qu’ils sont bien trop enracinés dans ces schémas de pensée. Mais jamais Superman n’hésite à combattre les kryptoniens, dès qu’il s’est rendu à eux. Jamais, il ne pense pas à eux, dit que Krypton a eu sa chance et ne pense qu’à les contrer pour sauver l’humanité, ce qui devrait être le résultat de son combat intérieur.
      2. Mais là, tous les combats sont joués d’avance. Choisis entre Krypton et la Terre ! Il choisit la terre parce que Krypton ne lui a rien apporté.(voir pt. 9) Ne sauve pas les gens ! Il sauve les gens. Jamais  l’alternative n’apparait viable
  6. Lois est bazardée dans tout ça de façon assez aléatoire et inutile.
    1. Sur le vaisseau ? Pour lire ses pensées ? Mais au final ça ne sert à rien et on ne sait pas trop pourquoi ils l’ont prise.
    2. Sur l’avion en mission suicide ? Soit, elle est censée faire marcher le bidule suivant les instructions de Jor-El mais apparemment ça ne fonctionne pas puisque c’est scientifique-joe qui doit s’en occuper pendant qu’elle tombe de la soute avion.
  7. La clé qui contient la conscience de Jor-El ne fonctionne apparemment pas pour générer un hologramme sur le vaisseau de Superman, ce qui serait pourtant le plus important.
    1. Ainsi il savait qu’un vaisseau était préservé dans la calotte glacière terrestre depuis 20’000 ans pour que son hologramme puisse s’y déployer ? Fair enough.
    2. Tout le monde a l’air de savoir comment fonctionne cette clé.Y compris ce super scientifique qui a eu l’esprit de tourner un truc et d’appuyer sur un autre truc, wouhou. (étonné qu’ils aient pas voulu tenter un crash test avant. Jor-El n’aurait pas pu être plus précis ?)
      1. D’ailleurs pourquoi il n’en cause qu’à Lois ?
  8. Le symbolisme messianique souffre d’un problème : Superman est le messie juif plus que Jésus. ©Antoine(@Antoniusmajor) pour la remarque.
    1. Il est un combattant, qui vient mettre fin aux problèmes et les combattre. Il arrive en guerrier, il ne se sacrifie pas pour l’humanité dans une sorte de test cosmique de foi.
    2. Les parallèles ? Il se soumet au jugement de l’humanité quant à sa reddition, il a 33 ans et cause avec un prêtre du fait que s’il se livre ça peut sauver l’humanité.
    3. Pour un Superman christique, voir All-Star Superman, où il finit par se barrer dans le soleil d’où certains attendent son retour.
  9. Les combats sont chiants
    1. D’accord, ils sont beaux, mais on tape sur un mec, il vous tape, on tape, on tape, et ça ne change rien. Pas de progression. Des gens meurent autour, parfois on trouve un minimum d’hésitation quand Superman va sauver le mec qui tombe de l’hélico, mais c’est le paroxysme de complexité qu’on nous présente ici. Que Zod développe des pouvoirs ne rend pas le truc plus intéressant. On les voit propulsés à travers champs et immeubles, dans le sol, dans des murs, faire exploser des trucs, mais sans que ça ait d’effet sur eux.
    2. Le problème fondamental devrait être que ni Superman ni les Kryptoniens ne peuvent être blessés, mais que Superman a quelque chose à perdre : l’humanité. Et c’est là qu’ils devraient chercher à l’atteindre, ce qu’ils font ou plutôt disent faire, mais trop tard et trop peu.
      1. Le combat final entre Zod et Superman devrait commencer beaucoup plus tôt. Celui-là dit qu’il va tuer une famille avec ses rayons lasers, puisque tiens apparemment Superman se soucie des humains. Mais ils auraient dû le faire bien avant, leurs putain de coups de poing n’ayant aucun effet. Il dit bien “tu ne peux pas les sauver, on en tuera un million pour chacun que tu sauves” mais dans les faits, ils passent 90% de leur temps à se cogner dessus inefficacement, les humains devenant des victimes collatérales de Superman autant que de Zod, alors que ça devrait être la priorité de ce dernier, puisque c’est le seul point faible de Superman.
      2. Le pire n’étant pas le meurtre de Zod, Superman tue quand il n’y a pas d’alternative, le pire est que cet énuquage est du délire : on les voit se balancer des patates qui fendraient la terre en deux, mais c’est une torsion appliquée sur son coup qui le tuerait ? Pas spécialement gratifiant.
  10. Superman n’est pas kryptonien
    1. Il n’a rien de Krypton, ni la culture :
      1. Zod le souligne lorsqu’il monte à bord du vaisseau : il n’a pas le “decorum”. Les usages et coutumes de la planète krypton puisqu’éduqué sur terre.
      2. Il a même été créé pour ça par son père : pour faire preuve de liberté vis-à-vis de krypton, s’en distancier, et ne pas reproduire ses erreurs.On comprend donc qu’il n’ait pas à perpétuer la culture de Krypton.
    2. ...Ni la nature :
      1. Il a été créé par procréation naturelle (du saisque) contrairement à l’ingénierie génétique usuelle sur Krypton.
      2. Il n’a donc pas de rôle social déterminé et implanté dans son corps contrairement à ceux de Krypton.
      3. Certes, il a le corps d’un kryptonien, mais les pouvoirs qu’il a ne sont pas ceux des kryptoniens sur krypton, il est un être inédit. Aucun des kryptoniens ne doit gérer la vision aux rayons X ou la super-force dont il fait montre durant son enfance, comme le prouve l’adaptation de Zod aux conditions terrestres. Ses pouvoirs viennent du fait qu’il est un kryptonien sur terre, pas un kryptonien. Il n’a rien de krypton.
    3. Par conséquent il n’est pas “le meilleur des deux mondes” comme le dit Jor-El : c’est un humain qui a eu des réactions humaines à ses pouvoirs surhumains. Krypton n’est qu’une hypothèse avortée, un futur à éviter pour la race humaine, et pas un passé dont s’inspirer. Il n’en hérite rien.
      1. En fait, si, il hérite le symbole de l’espoir et le costume attenant. Mais un espoir pour la Terre, non pour Krypton.
  11. Il aurait été bien plus éfficace que Zod soit moins méchant-cliché.
    1. Il crie après que les vaisseaux aient été renvoyés dans la Phantom Zone que son seul but, pour lequel il a été créé et éduqué, était de défendre Krypton et que maintenant il n’avait plus de peuple. Ce serait impressionant si il faisait, disons, quelque chose de différent. Il tente finalement de se venger sur les humains, mais après une petite séance de wourgahgaa taper.
    2. Un des moyens simples aurait été de répartir la malfaisance entre ses subordonnés. Qu’on le montre comme repentant du meurtre de Jor-El. Limite, une bonne idée aurait pu être de faire que ce soit Zod qui aide Supes à s’accoutumer à la culture kryptonienne, qui lui révèle son destin, et pas l’hologramme de Jor-El. qu’on le voie gentil, qu’ils collaborent, et qu’enfin on voit après, je sais pas, une tentative avortée de terraformer Mars, qu’il faut choisir entre l’humanité et les kryptoniens, mais Supes chercherait un moyen : une autre planète, tenter de leur dire de s’accoutumer à l’atmosphère terrestre (après ils auront des pouvoirs mais voilà) ou autre, plutôt que de sacrifier tout le monde.
      1. Ou alors des respirateurs, donc ce trucs qu’ils ont en permanence.
      2. Sinon j’ai rien contre le Jor-El hologramme j’ai d’ailleurs bien aimé le voir bidouiller le vaisseau., Mais je pense que tonton Zod qui prend un vieil album photo et Superman sur ses genoux pour lui montrer l’histoire de la planète, de l’amitié avec son père, etc. serait assez intéressant pour qu’on ait quelque chose à foutre du personnage et que Supes ait l’air de faire un choix.
    3. N.b. : ce n’est pas vraiment une critique, plus une idée de fanfic qui m’est venue. La critique c’est qu’on en a un peu rien à foutre de Zod, et qu’on ne voit pas ce qu’il a fait de si terrible, avant qu’il ne le fasse. Le coup d’état semblait encore légitime, après tout, Krypton court à sa perte, et même le Conseil a l’air d’avouer que c’est le boxon.
  12. BON LA JE CRAQUE ON DIRAIT TROP THE END OF TIME, finale de la saison 4 de New Doctor Who :
    1. Les méchants aliens qui rejoignent leur fils rénégats, menaçant sa planète d’adoption, alors que leur planète d’origine est en danger/détruite.
    2. Le dernier des Time Lords / Dernier Fils de Krypton les renvoie dans le Verrou Temporel / la Phantom Zone via du technobabble complexe et un avion/un flingue pour montrer que les trucs militaires ça peut quand même être utile.
    3. C’est pas une critique, mais je me demande si c’est parce que le côté Last of The Time Lords pompait sur Last Son of Krypton, en fait, avec le recul.
  13. Après il y a les classiques.
    1. Sur Krypton on parle anglais.
    2. Ils ont des gueules d’humains, au ventricule près.
    3. Ca fait chier personne. Mais vraiment. Sans déconner, ça vous semblerait pas genre limite bizarre que deux espèces aussi lointaines soient absolument similaires ? Vous ne vous interrogeriez pas sur
      1. La possibilité d’une origine commune ?
      2. Un dessein intelligent dans l’univers ?



Voilà, je suis un gros con inculte, abattez-moi.