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mercredi 5 juin 2013

Double-article autour de Superman

Ces temps-ci, deux idées d’articles ont émergé,très proche l’un de l’autre, suite à la lecture d’un dossier sur Superman, paru dans Allez Savoir, magasine de l’université de Lausanne. Bien entendu, cela s’est nourri des feux accumulés par plusieurs autres choses auxquelles j’aurais voulu répliquer. Hagard et suant, j’émerge plusieurs jours après, et j’essaie de rétorquer. Article en deux parties, donc.
Profitez.

Partie 1 : Superman est nul

  1. Le dilemme de Diomède
  2. Les limitations arbitraires enlèvent l'essence de Superman
    1. Parenthèse : parallèle Diomède/Superman
  3. Il y a des gens que Superman ne peut pas sauver.


Partie 2 : La primauté du cinéma comme mode narratif suprême (pléonasme)

  • Mythos, pop culture et matériel originale
  • Jump in the bandwagon
  • Effet secondaire, les films comme symboles fédérateurs et leur absence



"IL REVIENT" ? Rien que cette année,  Superman vol. 3 a eu 6 issues(#14-19 + une issue #0), pareil pour Action Comics (idem) et la même chose pour  Justice League (vol.2) ! Donc 18 comics figurant Superman rien qu'en ce début d'année 2013 ! (et encore, il doit y avoir des crossovers, des caméos…) Quand est-ce qu'il est parti, exactement ?
(Pour JLA, par exemple, ça sortait : le #14 en janvier, le #15 en février le #16 en mars, #17 en avril, #18 en juin et le 19 à venir en juillet, donc à peu près mensuellement)

Superman est nul

Premièrement, le dossier parle de Superman, le premier super-héros, alors nous parlerons d’abord de Superman.
Quel est le problème avec Superman ? C’est un boyscout, c’est un gentil, c’est un naïf, c’est un héros solaire, il n’a pas de faiblesses (excepté, vous savez, la kryptonite, le pouvoir des dieux et la magie ?) Il est kitsch, il est trop pro-américain, il porte son slip sur son pantalon. Voyons ce que nous dit l’article de Cracked à ce sujet : trois raisons pour lesquelles il est dur de rendre Superman intéressant.

1. Le Dilemme de Diomède

Il commençait par une comparaison avec Diomède, héros grec de l’Illiade.
If you had to read The Iliad in school, then you likely remember that it's almost entirely about Achilles being really, really angry and killing a bunch of guys. The son of a goddess and destined for glory, Homer won't shut up about how Achilles has no equal. Achilles is, in all respects, a superhero before superheroes existed. But unless you're the type of person who squandered your college years in a Classics Club, you probably don't remember that there's one other Greek warrior who consistently and quietly proves throughout the entire epic poem to be just as great if not greater than Achilles. His name is Diomedes, and understanding why he's so forgettable is crucial to understanding why Superman can never be the center of his own story.
Diomedes is essentially Achilles without the existential crisis. He is younger, smarter, and more consistent. He defeats everyone he faces, and when he runs out of Trojans to kill, he starts fighting and injuring gods instead. Not even Achilles can make that claim. The Trojans, cowering in their walls say, "He fights with fury and fills men's souls with panic. I hold him mightiest of them all; we did not fear even their great champion Achilles, son of a goddess though he be, as we do this man: His rage is beyond all bounds."
nd while you may have never heard of him before now, you can still see the Diomedes archetype pop up again and again in pop culture: Legolas in The Lord of the Rings, Snake Eyes in G.I. Joe, Leonardo in Teenage Mutant Ninja Turtles, and especially Superman in the DC universe. They are the people (and turtle) who are reliable, morally uncomplicated, and generally superior to all the other characters. While we love them, we will never be willing to watch an entire movie about only them.
Those heroes are pillars of solidarity, they are ideals, but unfortunately they have nowhere left to go. For an audience, at least an adult audience, we want the central character to change for the better by the end of a film. We want someone who is deeply broken, who is struggling to keep himself together in the face of adversity, and most importantly, we want a character who isn't invincible. We love Spider-Man and Batman because they are driven by complicated, selfish emotions like guilt and revenge to do extraordinary things under the constant looming threat of death. Superman is what each of those characters would look like divorced of any such threat or ugly motivation. Is it still heroism to leap into a burning building when you know it can't hurt you?

Heu déjà «Superman n’a pas de limites» me parait idiot : dans Superman : Kryptonite, on le voit plonger dans de la lave pour creuser une tranchée et détourner l’éruption d’un volcan. A un moment, paniqué, il inhale la lave : il sait qu’il est immortel à l’extérieur mais à l’intérieur ? A des poisons très puissants ? Superman : Kryptonite montre justement notre héros inquiet de ne pas connaître ses limites, et, bien sûr, de découvrir qu’il est mortel sous conditions, comme tout le monde.

2. Les limitations arbitraires enlèvent l’essence de Superman

On me dira que c’est une limitation arbitraire et donc que ça ruine tout :
Many writers have tried to weaken Superman or take away his abilities in order to make him more interesting, but they always run into the same problem: The second Superman is no longer tempering his own limitless power for the sake of humanity, it negates everything he stands for as a hero.
Quick, what are Superman's special abilities? Flight, X-ray vision, super strength, solar power, invulnerability, super speed, but what about the intangible power he possesses? Arguably the biggest part of what makes Superman Superman is that he maintains an incorruptible moral fiber and an urge to help humanity despite his overwhelming superiority. Like standing on top of an ant hill while they all bite you and each other, Superman has the patience to try to help them every day. It is the one thing separating him from the dick-swinging Dr. Manhattan in Watchmen. (n.b. ça et le fait qu’il n’est PAS omniscient) Given the potential to control the world, Superman never succumbs to ego, or entitlement, or even objective detachment, because he has a sort of super humility. Despite everything he's seen, he stays compassionate toward a species that's not even his own, but that compassion only means something as long as he possesses the power to destroy everyone on a whim.

Quel était le début de cet article déjà ? On se rappelle d’Achille mais pas de Diomède ? Ah oui, c’est vrai qu’Achille n’a pas de point faible parfaitement artificiel, si on excepte par exemple, hmmmmm, je ne sais pas, son talon ? La kryptonite est le talon d’Achille de Superman, dire que ça «enlève tout sens» à son personnage me parait déplacé, puisqu’on disait justement qu’Achille était intéressant. Ensuite, Achille a des dilemmes moraux, la rage, l’ambition de gloire, et son attachement à Patrocle. Superman est aussi attaché à des êtres moins forts que lui, c’est aussi une large part de son personnage, et apparemment on va miser là-dessus :
«Selon l’acteur Henry Cavill, qui s’est exprimé dans la presse américaine, les points faibles du super-héros seront d’ordre sentimental. «Bien qu’il ne soit pas physiquement vulnérable, il sera vulnérable aux faiblesses émotionnelles. Le film, montrera que, même sur Krypton, le jeune Kal-El est un enfant spécial et que sa naissance inquiète sa planète d’origine. Et une fois surterre, ses parents adoptifs l’ont exhorté à ne pas utiliser sa force immense — même dans les cas d’extrême urgence. Du coup, Man of Steel présente un Superman frustré, en colère, perdu.»

Génial, un Superman ado criseux. Way to go, Nolan. Rappelons que dans ses films les limites de Batman (et de la police de Gotham) c’était de récupérer deux personnes situées à des endroits déterminés en un laps de temps court, et que CA PAR CONTRE, ça a passionné les gens, ouh, trop dark, ouh.
Reprenons. Il est immortel, c’est mal parce qu’il est trop puissant, il est mortel sous certaines conditions, ouin, c’est plus Superman ?
Il n’est pas vulnérable qu’à la kryptonite, il est également sensible à la magie, et aux pouvoirs des dieux, omniprésente dans le DCU. Il est également vulnérable à une autre échelle. Face à Darkseid, par exemple.
D’ailleurs Diomèdes, il blesse Aphrodite (qui défendait son fils) et blesse même Arès qui lui dit «oh, mon gars, tu t’attaques aux dieux, tu veux pas réfléchir ?» ce qui le fait reculer, mais s’il y parvient, c’est parce qu’Athena le soutient en ce que
a. Elle bloque la lance qu’Arès lui a lancé
b. Elle lui donne la capacité à distinguer les dieux des hommes, ce qui fait qu’il peut frapper Aphrodite quand elle débarque.
c. Elle guide sa lance vers Arès.
Donc bon, dire qu’il vaut Achille parce qu’il a blessé des dieux semble exagéré, autant dire que Pâris le vaut pour avoir tiré une flèche dans son point faible, aidé Apollon. D’après le body count établi sur cette page, Diomède a tué 31 types(si on compte les deux fils de Merops(Chant XI) et les douze Thraces endormis qu’il tue dans le chant X ), quand Achille en bute 24, mais bon.

Parenthèse : parallèle Diomède/Superman

Le parallèle avec Superman semble intéressant, parce que Diomède recule quand Zeus lui-même intervient après le bobo d’Arès qui s’est plaint au Big Boss. (Chant VIII) Zeus interdit à tous les dieux d’intervenir et fait joujou avec son éclair, ce qui terrifie tout le monde, y compris Agamemnon et Ulysse. Achille doit être en train de se toucher dans sa tente, de toute façons. Nestor ne parvient pas à s’échapper parce que son cheval est blessé par une flèche de Pâris. Envers en contre tout, Diomède s’élance (d’accord cette scène est classe) dit à Nestor de monter sur son char, et fonce sur Hector. D’un coup de lance il tue le chauffeur de ce dernier, qui doit en changer, puis refonce dessus. Voyant qu’Hector va se faire buter, Zeus balance sa foudre devant le chariot de Nestor et Diomède.
Nestor dit que c’est peut-être une bonne idée de tracer, maintenant, mais Diomède dit qu’il va se faire traiter de lopette. Mais non, vasy les troyens le croiront pas s’il leur dit que t’as fui, et il fait demi-tour.
Hector gueule que Diomède est un lâche et une femme. Celui-ci songe trois fois à faire demi-tour, mais à chaque fois, la foudre de Zeus frappe derrière eux.
Puis Zeus envoie un aigle pour rendre courage aux Achéens parce que les dieux sont des connards.

Quel parallèle, me direz-vous ?
Simple : Superman vs. Captain Marvel.
SHAZAM est un acronyme. Le Z vient de Zeus, pour la foudre, qu'il utilise avec succès contre Superman, par exemple dans Kingdom Come.


Kingdom Come. Pas de kryptonite, juste un mec plus balèze et le sort de l'humanité entre les mains.

3. Il y a des gens que Superman ne peut pas sauver

D’abord EN QUOI est-ce que c’est une raison qui le rend difficilement intéressant ?
Je veux dire on nous vend trois raisons : la dilemme de Diomèdes(quoique ce ne soit pas un dilemme), le fait qu’il-ne-faut-pas-lui-faire-perdre-ses-pouvoirs et le fait qu’il peut pas sauver des gens ? Or la troisième est justement présentée comme la solution :

He stands for truth, justice, and the American way, but justice and the American way don't always see eye to eye. There's no way Superman can stop homelessness, disease, teen suicide, or domestic abuse. How could he? One of his powers isn't lobbying local politicians. That's why the most interesting Superman arc isn't about Lex Luthor building a secret island or bad guys coming from another galaxy to wipe out civilization. It's about a country of people who live at the edge of Superman's capacity to help, but because of that part in his super brain that wants to protect humanity at all costs, he nearly destroys himself trying. It wouldn't be about Superman, it would be about the people struggling and dying in a world where he exists, but he still can't save everyone. Give me that movie and I would watch it over and over just to see the greatest version of a human driven to the breaking point like an engine with no oil. Superman could be our test-drive hero. I would watch the hell out of that.

Quoi ? La solution c’est de ne faire que des histoires où le monde est irrémédiablement foutu ?

Bordel, là on a déjà Kingdom Come, Superman:Red Son et All-Star Superman (moins) qui rentrent dans ces cases.(N.b. c’est ce que tout le monde répond à l’article, personnellement je n’ai lui que Kingdom Come et le début d’All Star Superman) Est-ce que ces BDs sont rares ? Peut-être. Mais elles ne font pas partie d’une littérature ésotérique hors d’accès des cinéastes.

L’article d’Allez Savoir enchérit là-dessus :
«Son problème au niveau scénaristique, c’est qu’il reste complètement invincible.» dit Alain Boillat

Je réitère : ce n’est ni original, ni intéressant de dire «Superman est invincible, c’est nul, et quand il l’est pas ça enlève tout ce qui fait son personnage.» Ca revient à dire : je n’aime qu’une seule facette de Superman. Je veux que son seul ennemi soit le burn-out, la pauvreté, les problèmes du Tiers-Monde et la mortalité des hommes.
Or, ça, ça ne choque personne lorsqu’il s’agit d’autres héros tout aussi (virtuellement) immortels : Captain Marvel, Green Lantern, Wonder Woman, Supergirl, Powergirl, Aquaman, pour ne citer que quelques-uns de DC. Est-ce à dire qu’eux aussi sont inintéressants ? Ah, non, c’est vrai, vous ne lisez pas de comics et leurs films (quand ils existent) sont nuls, alors vous n’avez pas d’opinion dessus, chers rédacteurs d’Allez Savoir.
Ce qui nous permet d’enchaîner.

La primauté du cinéma comme mode narratif suprême.

Laisse donc là les livres ; ne tarde plus un instant ; car ce délai ne t’est plus permis. Comme si déjà tu en étais à la mort, dédaigne ce triste amas de chairs, de liquides et d’os, ce frêle tissu, ce réseau entrelacé de nerfs, de veines et d’artères. Bien plus, ce souffle même qui t’anime, vois ce qu’il est : du vent, qui ne peut même pas être toujours égal et uniforme, rejeté à tout moment et à tout moment aspiré de nouveau. Quant au troisième élément de notre être, le principe chef et maître, voici ce que tu dois en penser : « Tu es vieux] ; ne souffre plus que ce principe soit jamais esclave, qu’il soit jamais lacéré par un instinct désordonné ; ne permets plus qu’il se révolte contre la destinée, ni contre un présent qu’il maudit, ou contre un avenir qu’il redoute. »
Marc-Aurèle, Pensées, II, 2.
Et tu me diras, laisse donc là les journaux
Aragon, Petite suite sans fil.


Ensuite, ce que j’ai trouvé proprement choquant, c’est qu’on parlait de Superman, héros de bande dessinée, plus de, quoi 800 comics sortis, rien que dans sa série propre, sans compter les crossovers, la JLA et les events, et, à votre avis, combien de comics de Superman sont cités dans l’article de Allez savoir ?
(Je sais que vous allez me dire zéro, parce que j’ai l’air de mendier cette réponse, mais non, c’est moins pire que ça.)
Deux.
Deux comics cités en tout et pour tout.
  • Bien entendu Action Comics #1 paru en juin 1938, le premier comic book dans lequel il apparait.
  • Et une planche publiée dans Look le 27 février 1940, qui montre Superman empoigner Hitler et Staline pour aller les faire juger à Genève par la Société des Nations.

Voilà.
C’est tout. On parle également de la fascination pour le spectacle du muscle, dont le culturiste Eugène Sandow, parce qu’il faut bien donner ce background culturel indispensable, mais pour ce qui est de Superman, peu, voire pas de citations, des affirmations générales, une mention à ses aventures radio, et au fait que la fameuse «I’ts a bird ! It’s a plane ! It’s Superman !» était justement radiophonique alors qu’à ses débuts il sautait plutôt comme une sorte de criquet, enjambant les immeubles plus qu’il ne volait. Bon.

Mais puisqu’on fait tout ça à l’occasion de la sortie de Man of Steel de Snyder, combien de films sont cités ?
  • La série télé de 1952-1957
  • Superman (1978)
  • Superman II (1980)
  • Superman III (1983)
  • Superman IV (1987)
  • Superman Returns (2006)

Soit trois fois plus.

Mais là où ça devient risible, c’est dans la double page qui confronte Superman à Batman, ne révélant que des platitudes :
«Tout comme Batman, il a flirté avec différentes superhéroïnes, type Wonder Woman. Mais son grand amour reste Lois Lane, sa collègue. «Son drame : il doit lui cacher sa véritable identité, remarque Agniezska Soltysik Monnet. Parce qu’il a peur d’être rejeté en tant qu’Alien et parce qu’il ne veut pas devenir un fanger pour elle.» Romance non-consommée dans la plupart des BD, elle deviendra bien réelle au cinéma puisque Superman a un fils (Superman Returns)"

1. Bon déjà, il faut arrêter de faire comme si l’autorité du CCA avait perduré jusqu’à nos jours pour préserver un monde puritain et sans sexe parce que c’est les USA tu vois, ils sont prudes. Deadpool existe, ça devrait être une preuve suffisante.
2. Il lui cache sa véritable identité ? La moitié du temps il flirte avec en tant que Superman, par exemple dans Superman:Kryptonite, et ce n’est qu’à la fin, quand elle quitte Superman, que Clark Kent l’invite à boire un verre.
3. Ensuite, «Romance non-consommée dans la plupart des BD», non mais sans dec, arrêtez de faire comme si ne pas avoir de gosse voulait dire ne pas avoir de relations sexuelles, je suis certain qu’ils savent se protéger dans le DCU.
Rien que dans le comic book prélude aux Jeu Vidéo Injustice:Gods Among Us, Supermean met enceinte Lois Lane, elle est kidnappée par le Joker, puis, sous l’emprise du gaz hallucinogène de l’épouvantail, Superman tue Lois Lane (l’emmenant dans la stratosphère) en la prenant pour Darkseid.
Certes on peut arguer que beaucoup de leurs histoires sont prudes, mais le canon semble plutôt orienté vers le côté : ils ont du saisque.
4. Ensuite, si Wonder Woman c'est du flirt et Lois Lane une romance rarement consommée... On trouve le couple Wonder Woman/Superman dans :
Donc c'est presque plus courant sinon canon qu'il ait un gosse avec Wonder Woman, enfin je dis ça.

5. Mais ce qui m’énerve le plus c’est qu’on semble prendre pour étalon universel du canon du héros les films et non les comics qui sont pourtant le matériau original. Le film valide ce qui était latent dans les comics, forcément moins bons, plus enfantins.("Romance non-consommée dans la plupart des BD") Alors que non. Tout ce qui se trouvera dans Man of Steel aura déjà été fait dix fois dans des comics différents. Sur un article sur Superman, qui a plus d’un millier de comics à son actif, je ne m’attends pas à un récapitulatif linéaire de sa légende, mais une simple mention de l’évolution Golden Age, Silver Age, Bronze Age, ce serait déjà pas mal, non ?

Pop culture, mythos, matériel original.

J’entends, d’accord, il y a extension du mythos avec le matériel cinématographique,ça participe de l’image de Superman, ça nourrit la pop culture, c’est vrai.
(Tout comme y participait l’infâme série Smallville. Berk.)
Cependant, il arrive qu’on se mette à confondre le mythos et le matériel original.
Ainsi, si on vous demande un truc, un seul truc représentatif de Sherlock Holmes, vous direz sans doute «élémentaire mon cher Watson», bien que la phrase ne soit jamais apparue dans les romans écrits par Conan Doyle, mais seulement dans ses successeurs.
Pareil pour Hamlet : scène emblématique ? «To be or not to be», s’exclame-t-il, crâne à la main. Or non, quand il prononce cette réplique(acte III, sc. 1), Hamlet n’est pas dans le cimetière, il n’a pas les ossements en main, et ne peut s’exclamer Alas poor Yorick que quelques scènes plus tard.
On l’a dit la fameuse «I’ts a bird ! It’s a plane ! It’s Superman !» était justement radiophonique, pas dans le comics de base.
J’ai pas arrêté de parler de l’immortalité d’Achille et de son talon, mais GROSSE BLAGUE Achille n’est pas immortel chez Homère(comme tous les demi-dieux) et il n’est pas invulnérable non plus (il saigne à un moment, mais je sais plus quand et j’ai la flemme de trouver.) quant à sa mort, tout le monde vous dira, c’est une flèche au talon, tirée par Pâris qui est aidé par Appollon.
On connait tous l’histoire : Thétis a la fâcheuse habitude de tremper ses enfants dans de l'eau bouillante (chez Hésiode) ou du feu(chez Lycophron qui précise que six enfants meurent ainsi) pour vérifier s'ils sont immortels (Quoiqu'Appolonios de Rhodes, dans ses Argonautiques, précise que le feu est là pour consumer la mortalité d'Achille, après que Thétis l'ait enduit d'ambroisie). Dans d'autres versions, plus populaire, c'est parce qu'il aurait été trempé dans le Styx(Stace, dans son Achillèide). Dans les deux cas, comme elle devait le tenir par le talon, il reste vulnérable à cet endroit.
Sauf qu’on remarquera sans peine que RIEN DE TOUT CA ne se trouve dans l’Illiade.
«Plusieurs versions existent quant à sa mort. L'Éthiopide précise qu'il meurt de la main de Pâris et d'Apollon alors qu'il poursuit les Troyens sous les murailles de la ville. Pindare laisse entendre que le dieu prend la forme du fils de Priam et tue Achille pour retarder la prise de Troie, comme il le fait déjà dans l'Iliade pour arrêter Patrocle dans son assaut. L’Énéide est la première à indiquer explicitement que Pâris tire la flèche meurtrière, qui est guidée par Apollon.
À ce stade, aucun texte n'évoque le fameux « talon d'Achille ». Le motif de l'endroit vulnérable apparaît pour la première fois chez Stace, un poète de la deuxième moitié du Ier siècle ; peu après, Hygin mentionne expressément la cheville, qu'Apollon transperce de sa flèche, comme son seul point vulnérable. Toutefois, quatre vases de la période archaïque et du début de la période classique représentent soit Pâris décochant une flèche vers le bas du corps d'Achille (la cuisse, le tibia ou le pied), soit Achille mort, une flèche à travers le pied, ce qui tend à prouver que la tradition du « talon d'Achille » est ancienne. Enfin, tous les auteurs parlent bien de la cheville (talus en latin, σφυρόν / sphurón en grec ancien), mais le mot talus change ensuite de sens pour donner le « talon » français.»
(Source : Wikipédia)

Pourtant, ces légendes, construites par le lyrisme conjugué de Pindare, Appolonios de Rhodes, Hésiode, Virgile, Hygin, Stace doivent-elles être négligées ? Non, elles constituent une part plus grande part d’Achille dans l’imaginaire collectif que le poème original d’Homère, comme le montre la perception du talon d’Achille. Tout le monde n’est pas capable de vous dire que Pâris tue Achille, ou qu’Achille se tape Patrocle, ou qu’Achille tue Hector, mais qu’il meurt d’une flèche au talon, ça oui.

Cependant, et je revient au sujet, je pense que c’est le symptôme d’autre chose.
Sur Cracked on lisait que si les gens ne retenaient pas Diomède dans l’Illiade, c’est parce qu’il était trop parfait, et que du coup, sans faiblesses, il n’est pas intéressant.
Mais non.
Attention : scoop.
Si les gens ne se souviennent pas de Diomède dans l’Illiade.(attention)
C’EST PARCE QU’ILS N’ONT PAS LU L’ILLIADE.
PERSONNE NE LIT L’ILLIADE.
ARRÊTE DE FAIRE COMME SI C’ETAIT UN OUBLI NOM DE BLEU PERSONNE NE LIT L’ILLIADE, ON NE PEUT PAS OUBLIER CE QU’ON IGNORE, ON L’IGNORE, C’EST TOUT
Ils connaissent Achille, parce que c'est CA la pop culture, c'est ce qu'on connait via des références, des parodies, des renvois, sans avoir besoin d'y toucher. Ce qui va tellement de soi que tout le monde connait.
Je connais certaines de ces histoires, j’en parle mais je n’ai jamais lu l’Illiade, que des résumés, parce que j’ai pas que ça à foutre. (et que je n’ai pas le niveau de grec pour l’apprécier, surtout)
Les gens ont clairement mis en application les principes évoqués ici par Aragon et Marc-Aurèle : laisser les livres. On n’a plus le temps de lire, ou alors on aime pas ça, alors on se réfère aux adaptations.
Vais-je blâmer les gens pour ne pas lire, parce qu’on sombre dans la génération de l’immédiat et dénoncer l’image avec la bêtise d’un Gusdorf dans sa Réfutation 1983 ?*Non, ce n’est pas le but. Je ne critique pas l’abandon de la lecture de «vrais livres» avec tout le mépris pour les autres médias que comporte cette affirmation. Ce que je critique, c’est l’utilisation actuelle du cinéma comme l’art suprême narratif, tous les autres ne pouvant servir qu’à l’inspirer ou le provoquer.
Regardez La Vie d’Adèle, palme d’or à canne, film adapté du Bleu est une Couleur Chaude, bande dessinée de Julie Maroh. Qu’elle veuille tirer crédit d’avoir inventé l’histoire qui base le film, on l’accuse de vouloir profiter du travail d’autrui.
Regardez le pétage de plombs généralisé sur le dernier Game of Thrones, adapté de la série de romans A Song of Ice and Fire de George R. R. Martin. Pétage de plombs parce qu’on ose spoiler un livre dont l’histoire a été publiée… En 2000. Il y a treize ans. Comparativement, c’est comme si je vous spoilais Harry Potter et les Reliques de la Mort en 2020. (Et putain on lui demande d'expliquer pourquoi il a écrit les Noces Pourpres, TREIZE ANS après la parution, vous croyez pas qu'il s'est déjà expliqué avec ceux qui ont, disons, lu les livres, dans le million d'interview distribuées ?)
"Oui, me direz-vous, mais Harry Potter, les films ont fini d’être adapté en 2011, donc en 2020 ça fera un moment."
Oui mais ta gueule, dirais-je, parce que tu fais précisément ce que j’accuse : tu prends la date de sortie du film comme le moment où l’histoire en est révélée. Alors quoi, faut-il attendre qu’un film soit adapté pour en parler ? Faut-il attendre que tous les petits pirates informatiques du dimanche aient regardé leur précieux épisode pour oser discourir sur les évènements qui se sont passés dans un livre il y a TREIZE ANS ? Avec ce genre de raisonnement, on pourrait demander d’éviter les spoilers de The Hobbit de Peter Jackson, alors que le putain de livre de Tolkien et paru en 1937, il y a 67 ans.
(Et des tas de gens l’ont fait, oui, ici plein de gens qui crient au spoiler pour THE HOBBIT.)


Jump in the bandwagon

Oui, c’est la partie où je vais faire le hipster. Enfin, par procuration, puisque je n’ai lu moi-même A Song of Ice and Fire que pendant la diffusion de la première saison. Au temps du gymnase, Luca Guarnaccia lisait plein de bouquins de fantasy, très souvent en classe, que nous tournions un peu en dérision, surtout quand il s’agissait d’une saga aux couvertures kitsch comme pas permis, les chevaliers d’Emeraude. Parfois, nous complaisions à lui demander ce qu’il lisait. Le trône de fer, me dit-il. C’est un monde un peu gore, raconte-t-il ce qui me dissuada d’y toucher pendant un long moment. Un gosse de trois ans jeté d’une tour ? Une fille de treize ans qui épouse un simili-Gengis Khan ? Oui, c’est marrant qu’on te passe une épée quand t’as quatre ans et qu’on te lance sur le champt de bataille, mais je ne m’y intéressait pas vraiment.
Puis vint 2011, la déferlante sur nos écrans, et subitement, alors que les livres avaient toujours été là, leurs histoires également, et leurs passionnés aussi, la série de HBO lança un mouvement de reconquête, qui agaça les fans de la première heure que nous avions dénigré comme Guarnacc’.



J’avais suivi Game of Thrones le long de la première saison à la téloche. Je voulais savoir ce qui allait se passer et, me rappelant les paroles de Guarnacc’, je m’emparai des livres, en français, et les lus jusqu’à la fin du quatrième livre, explorant également les divers Wiki pour éclairer certains points et me gaver de théories de fans. J’ai quasiment tout oublié, là. A Dance With Dragons, que ma soeur lit (200/1117p.) et que je récupèrerai quand elle a fini, sera un moyen de raviver tout ça. Mais je suis du genre, justement à piocher dans des Wiki, me faire spoiler, chercher le spoiler. J'aime ça.
Quand je parle de Doctor Who, la moitié du temps j’ai la flemme de re-mater les épisodes, ou de retrouver mes DVDs alors je cherche des transcripts sur internet, ce qui n’est pas mieux. C’est exactement la même dérive, j’ai la flemme de me reporter au matériau original, alors je cherche une voie plus rapide. Et je ne vais pas prétendre que c’est mieux parce que c’est sous forme écrite, non, c’est la même dérive.
C'est juste agaçant, jour après jour, de voir des gens piailler pour une série, alors que sans celle-ci jamais ils n'auraient prêté attention à cet univers.
Soit, ça fait de la pub à la série, wouhou.
Mais ça l'occulte.

Effet secondaire : les films comme symboles fédérateurs et leur absence

A la croisée des mondes n’a pas de fandom. Déjà que l’oscillation du nom entre Northern Lights (stylé!) et His Dark Materials (putain sa mère on dirait le titre d’une fanfiction louche, on dirait un euphémisme pour des parties génitales) n’avait pas aidé, le fait que le film de 2007 the Golden Compass n’aura pas de suite la condamne plus encore.
Les gens ont besoin d’images pour fédérer leur imaginaire, semble-t-il, comme semble le montrer l’usage par les fandoms dans divers montages photos des images du Seigneur des Anneaux, de Harry Potter ou de Doctor Who (bon là, le cinéma est le médium original, donc ça compte pas vraiment). Simplement Daniel Radcliffe fixe le visage d’Harry Potter, voilà.
C’est pour ça qu’on garde l’image du Talon d’Achille, parce que c’est visuel. Et le crâne dans la main d’Hamlet, associée à sa réplique-phare, c’est visuel, direct, efficace. Le TARDIS du Docteur, la croix de Jésus, les divers ascendants de Homestuck (Breathe, Heart, Space, Time, Light) et leur représentation graphique forment un memeplexe reconnaissable qui permet au premier coup d’oeil de reconnaître la référence.


Exemple : ce post trouvé sur fandom.memebase.com
Aucun de ces personnages n’est un personnage de cinéma, à l'origine. On trouve Légolas (Seigneur des Anneaux, roman), Robin des Bois (Légende populaire) Kathniss (the Hunger Games, roman) Green Arrow, (Green Arrow, bande dessinée), Hawkeye (Hawkeye, bande dessinée) et re-Robin des bois.
Pourquoi ce choix ? Pourquoi avoir pris ces exemples cinématographiques plutôt que n’importe quelle llustration ou mêmele matériel original, dans le cas des bds ?
Parce que ces versions là d’eux on les a vu partout, elles ont été diffusée à grande échelle et récemment. Donc autant taper là-dedans.
Il est toujours possible de faire d’autres fanarts, de dessiner, bien sûr, mais ce ne sera pas le symbole mainstream, le commun, il sera identifié à Harry Potter, mais ne deviendra que rarement l’étalon.
D’où mon hypothèse :
  1. Le manque de films a empêché que les gens ressortent les livres de leurs étagères, que les éditeurs réimpriment et que l’engouement se refasse avec la publicité associée.
  2. Les films adaptés d’une oeuvre sont des symboles visuels fédérateurs, puisque très répandu par leur tirage hollywoodien et leur diffusion mondiale. Mais en l’absence de conclusion de la saga A la Croisée des Mondes, cela fut compromis, faisant que la socialisation habituelle des fandoms, comme on peut l’observer sur tumblr, est fortement désavantagée par rapport aux autres, qui, elles, peuvent piocher dans les films.

  • Contre-exemple : quoiqu’il n’y ait eu des films que très tardivement, le Disque-Monde a fédéré une fandom. Bon, c’est 40 bouquins. Et il y a eu moult illustrateurs de talents qui ont été mandatés pour en faire des couvertures exemplaires, notament Kirby, contribuant à la fixation de cet imaginaire.

Voilà, je sais pas ce que vous en pensez.

*La bêtise de Gusdorf :
"Notre culture est intoxiquée par le déferlement de pensées sauvages (n.b. en parlant des pensées étrangères, que nous aimons à cause de notre affliction post-coloniale, bien sûr) qui sont à la sagesse proprement dite ce que les BD sont à la littérature. Mais les arbitres des élégances intellectuelles professent la plus vive dévotion pour cette forme d'art qui, jadis réservée aux enfants de sept ans, s'impose désormais à l'admiration de septuagénaires, avec d'autant plus d'autorité qu'elle s'orne des attraits supplémentaires de l'obscénité et de la pornographie."
"Nous sommes les témoins impuissants d'une diminution capitale de l'intelligence. Un signe banal pourrait être trouvé dans la vogue actuelle de la bande dessinée, dont l'album tend à supplanter le livre ; on ne lit plus, on parcourt du regard, en s'abandonnant à la facilité superficielle des images, qui provoquent les émotions primaires d'une sensibilité à fleur de regard, prompte à s'exaspérer sous les provocations passionnelles. L'obscénité, la pornographie, s'insèrent tout naturellement dans cet avilissement du sens, qui invite l'individu à se complaire dans sa propre déchéance."
Dans sa rétractation 1983, préface où il vient augmenter d’aigreur son Mythe et Métaphysique. Retour

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"As-tu vérifié si ce que tu veux me dire est vrai ?
Ce que tu veux m'apprendre, est-ce quelque chose de bien ?
Est-il utile que tu m'apprennes cela ?
Dans le cas contraire, pourquoi tiendrais-tu à me le dire ?"
- une poétesse victorienne moraliste, à peu près.