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dimanche 22 juillet 2012

Le piège de la forme 3 : the Cabin in the Woods

The Cabin in the Woods (2011)

Réalisation: Drew Goddard  
Scénario: Joss Whedon, Drew Goddard  
Avec, entre autres, Kristen Connolly, Chris Hemsworth et Anna Hutchison


Alors, c'est méta. Je sais pas à quel point, mais c'est méta. Pour commencer, on m'avait vendu the Cabin in the Woods (v.f. : La cabane dans les bois, mais de toutes façons vous êtes des gens bien et n'irez pas voir la v.f., c'est compris ?) comme ce qui allait renouveler le genre du film d'horreur. Grand bien fasse aux autres, moi ça me touche peu : j'aime pas les films d'horreur, à l'exception de quelques-uns.* On ouvre sur une discussion de bureau, des mecs en chemise à manches courtes, l'un des deux se plaignant que sa femme capitone les meubles de sa maison et que ça lui prendrait 20 minutes pour se prendre une bière. Ils montent dans des voiturettes alors qu'ils discutent avec une meuf de la chimie, qui leur racontait qu'il ne restait plus qu'eux et le Japon - dans une sorte de compétition apparemment. Après avoir commenté le taux de réussite de 100% de ces foutus japonais, et mentionné que l'année passée "ça avait foiré à cause de la chimie, nullarde", ils s'enfuient vers l'horizon dans leurs voiturettes... Ailleurs, cinq jeunes gens empaquètent leurs affaires pour partir dans une cabane de les bois (Oh, c'est le titre du film, je suis trop fort !). J'admire qu'ils montrent les personnages comme moins idiot que d'habitude, on les voit causer de leurs cours d'économie/sociologie pendant un instant, puis ils foncent vers l'horizon et un type sur un toit avec une oreillette dit dans un micro : "les oiseaux ont quitté le nid"... Je ne vous spoile rien, par conséquent, puisque dès l'origine on nous montre ce film d'horreur comme orchestré par des marionnetistes, comme une supercherie. Ce n'est pas un film d'horreur, c'est une variation sur le thème de "cinq ados vont en forêt et meurent les uns après les autres", il y a la pute, le sportif, l'intellectuel, le drogué et la puritaine de service. Cependant toutes les invraisemblances habituelles sont digérées par le récit, par l'action de ces marionnettistes. La blonde conne n'était pas assez conne ? On lui a filé un produit bêtifiant dans sa teinture. Le sportif a un doctorat en sociologie et n'est donc pas spécialement con, mais par quelques injections d'hormones on arrive à le changer en mâle Alpha tout ce qu'il y a de présentable. 
En gros, chaque invraisemblance de film d'horreur se trouve justifiée de par l'action des types dans la salle de contrôle, la plus magistrale restant le moment où Chris Hemsworth affirme qu'ils vont barricader toute la maison, et ne pas se séparer. Panique en salle d'opération ! S'ensuit la libération d'un petit nuage de gaz et pouf! : "actually no, this is wrong, we should split up. So, we will cover more ground". Les gens ne vont généralement pas faire l'amour dans la forêt** parce que soit c'est couvert d'insectes, soit c'est trop dégueulasse pour que les insectes supportent de se tenir là. Mais là, on libère un petit nuage de phéromones et on déclenche un faux clair de lune sur une petite clairière toute propre avec un tapis de mousse ad hoc. Ce qui finit justement par vaincre les réticences de la blonde, qui même sous l'action de son produit abrutissant et des phéromones songeait à rentrer à l'intérieur, parce que bon, un lit ça reste désirable quand tu dois te taper Chris Hemsworth (i.e. Thor dans le film éponyme), avec des bras comme des jambons, et qui doit pas mal bourriner. Je crois que c'est un pied de nez aux films d'horreur qui leur dit : vous êtes tellement illogiques que seul l'action de gus omnipotents avec des caméras partout et une chimie invincible pourrait les justifier. Vous le noterez très vite : les marionnettistes en chemises à manches courtes jouent en fait le rôle des scénaristes/réalisateurs de film d'horreur. Si les zombies, des tas de chair lents et bêtes, parviennent à pourchasser les héros, c'est uniquement parce que les filmmakers en ont besoin. Le but d'un film d'horreur c'est de vous faire peur, ou mal pour les personnages, alors tout le reste y est subordonné : la logique se tait, le surnaturel est instrumentalisé (combien de fois entendrez-vous "c'est magique ?" quand vous vous plaindrez de l'improbabilité de certaines actions des fantômes/zombies ?). Cependant, ici, on essaie de digérer cela dans le forme et de remplacer la volonté des cinéastes par celle des marionnetistes, qui se trouvent dans le film. Ce n'est donc pas une mise en abyme au sens premier du terme*** C'est là que les Anciens jouent un rôle. Tellement tirés de la nomenclature et de l'univers de Lovecraft que j'ai acclamé la venue de Ctuhlhu la moitié du film - en vain. Les "Anciens" et les impératifs que leur existence implique justifie l'action des personnages, malgré l'invraisemblance complète. Si la justification de tout ça était comme dans Hunger Games**** ou je sais pas quelle tentative moderne de réhabiliter la maxime Panem et Circenses en profitant de brailler que "OHLALA c'est trop une métaphore de notre société, quoi". On essaie de nous présenter comme des abrutis qui admirent la mort d'inconnus à la télévision et qui s'en amusent. Comme si c'était crédible. Qui regarderait ça ?
Avec les Anciens qui gisent en dessous, ça rend le truc presque crédible. Qui gisent en-dessous géographiquement, sous terre, et scénaristiquement, comme un arrière-plan qui soutient l'action de tous et la justifie*****. Je crois également déceler une tentative d'excuse pour encore nous balancer des zombies à la gueule (sérieusement, j'en ai marre des des zombies) puisqu'on voit une scène (soi dit en gros) où le peuple étrange des Manche-courtes parie sur quelle créature surnaturelle va leur tomber dessus (en gros ça dépend de certaines actions de nos cinq héros) et bien sûr ce sont des zombies redneck qui sont réveillés par la lecture d'une incantation. Ce qui amène le dialogue suivant.
"J'avais parié sur les zombies ! Je devrais gagner aussi !, se plaint une employée une fois que les paris ont fini sur ce débouché.
- Ouiii...Mais il y a les "zombies"... Et les "zombies redneck adorateurs de la douleur", dit le patron en indiquant les deux places différentes sur le tableau des paris. Ce sont deux espèces complétement différentes, comme les éléphants et les éléphants de mer."
De même le patron se plaint qu'on ne soit pas tombé sur un "Merman"****** et on voit des mentions fantaisistes sur le tableau telles que "unicorn". (sérieux, le type qui me fait un film non risible avec une licorne comme monstre a tout mon respect). On sait très bien qu'on fait les zombies parce que sinon ça couterait extrêmement cher à faire (alors que là, un peu de maquillage, et pouf) et que justement une licorne serait ridicule. Néanmoins la scène (presque) finale en mode Cavales de Diomède vient combler cela par sa débauche de monstres, qui ne font absolument plus peur et prend une tournure comique. 
Ça me permet d'ailleurs de revenir sur un autre twist : les zombies sont réels. Les caméras, la chimie, les phéromones, la drogue, okay, mais les monstres sont réellement surnaturels. On les envoie grâce à un super ascenseur tout beau tout propre, mais ils sont réellement magiques. Ce surnaturel bureaucratisé me fait penser à Zombillenium de Arthur de Pins, mais qui joue cette fois la carte de "c'est pour amuser les gens" et "pour faire de l'argent", pourquoi pas. Je pourrais dire que le thème du sacrifice humain déborde d'ailleurs de partout, puisqu'on le voit dès la séance d'introduction, dans du sang qui coule sur des gravures présentant divers sacrifices sur des autels (j'ai cru reconnaître qu'une d'elle venait de Bartolomeus de las Casas, mais c'est peut être juste mes études qui débordent comme de l'acné) entièrement lié aux Anciens, ce qui soulève un tas de questions non-résolues non plus. D'un autre côté, il est plusieurs fois mentionné que ce "sacrifice" est effectué en même temps par apparemment tous les pays du monde, mais qu'ils ont tous échoué (même le Japon rate) à part celui-ci. Est-ce que ce n'est pas justement se foutre de la gueule des films d'horreur ? Leur montrer que ce n'est pas si facile de finir horriblement et dans l'ordre qu'on veut ?******* Que les gens se battent et ne suivent pas les indications stupides d'un scénario sur mesure ? Une ode à l'instinct de survie des hommes ?******** 
 Dans l'absolu j'ai donc trouvé ce film drôle, jamais très gore et jamais effrayant. C'est donc un film à conseiller à ceux qui n'aiment pas les films d'horreur, ou, du moins, les mauvais films d'horreur.
Note : 8/10. 
et

Notes :
* The Thing puisque vous demandez.
**A moins d'être des vrais de vrais, des trappeurs dans l'âme comme moi, et de ne pas avoir peur des démangeaisons intimes qui pourraient survenir après ce contact avec la nature, qui vous adore et commence d'ores et déjà à se propager sur vous.
***Puisqu'il n'y a pas de cinéastes dans le film, au-delà du fait qu'ils ont des caméras. Par contre, il est plusieurs fois mentionné que les choses qu'ils filment sont destinées à des "clients". Quels sont-ils ? On ne les voit pas. Mais si la logique méta est poussée jusqu'au bout, le client, c'est nous, c'est toi, moi, spectateur. C'est celui qui regarde le film, le résultat du sacrifice, et qui y prend plaisir. Donc on peut aimer ou détester l'aspect méta. Généralement quelqu'un qui le fait va dire des insanités du type "mise en abyme" et "branlette intellectuelle", à court d'arguments, parce que c'est bien connu, le fait de faire référence à son support narratif rend tout automatiquement "nul" et "prétentieux".
****Ou par exemple l'épisode Bad Wolf 01x12 de Doctor Who(nouvelle série), dans le satellite 5, on voit des émissions de télé-réalité type Le Maillon Faible, mais où les perdants meurent. Je me sens tellement visé par cette satyre de notre société, ouhlala. Je regarde pas de télé-réalité, alors je m'en fous et ne crois pas que l'humanité devienne bête à ce point un jour, d'ailleurs j'essaie déjà désespérément d'oublier l'existence de la télé-réalité actuelle.
*****Même si ça n'explique pas pourquoi les marionnettistes à manches courtes s'emmerdent à ce point. On les entend se plaindre "tu te rappelles quand on se contentait de balancer une meuf dans un volcan ?" Contentez-vous en, si vous avez le gouvernement derrière vous ! Donnez-moi quelques psychopathes, des tenailles, et vous en aurez de la souffrance. Pourquoi leur donner le choix de leurs morts ? Si une analogie est faite avec les sacrifices antiques, pourquoi s'emmerder de tant de circonvolutions, alors qu'à l'époque un gros couteau et un caillou ça suffisait ?
******Une sirène se dit Mermaid, ce serait donc un sirène.
*******Puisque la condition sine qua non du sacrifice suppose une certaine succession de morts parmi les cinq héros. Ce qui fait d'ailleurs s'interroger Antoine, présentateur de l'émission Nobody Cares, sur le fait que hé les copains, on voit le sacrifice au Japon qui prend place dans une école primaire. Expliquez-moi où vous trouvez un sportif, une pute, une vierge, un drogué et une vierge dans une école primaire ? Si le sacrifice se décline en diverses variantes à la surface de la terre, pourquoi la terre entière reste-t-elle suspendue à celui des Etats-Unis ?
********Ou du moins de leur instinct à tout faire foirer, y compris les assassinats utiles qui les viseraient.

1 commentaire:

  1. Critique sympa, à mon avis. Et pour la prochaine fois où tu croiseras UN sirène, tu sauras que ça s'appelle un triton. ^^

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"As-tu vérifié si ce que tu veux me dire est vrai ?
Ce que tu veux m'apprendre, est-ce quelque chose de bien ?
Est-il utile que tu m'apprennes cela ?
Dans le cas contraire, pourquoi tiendrais-tu à me le dire ?"
- une poétesse victorienne moraliste, à peu près.