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jeudi 26 juillet 2012

Définition de Dieu

Je suis tombé sur le texte de Ricky Gervais "Why I'm an atheist" et j'ai plutôt rigolé.
Néamoins j'ai tiqué sur le passage suivant.
But what are atheists really being accused of?
The dictionary definition of God is “a supernatural creator and overseer of the universe.” Included in this definition are all deities, goddesses and supernatural beings. Since the beginning of recorded history, which is defined by the invention of writing by the Sumerians around 6,000 years ago, historians have cataloged over 3700 supernatural beings, of which 2870 can be considered deities.
So next time someone tells me they believe in God, I’ll say “Oh which one? Zeus? Hades? Jupiter? Mars? Odin? Thor? Krishna? Vishnu? Ra?…” If they say “Just God. I only believe in the one God,” I’ll point out that they are nearly as atheistic as me. I don’t believe in 2,870 gods, and they don’t believe in 2,869.
Si l'on prend les trois conditions qu'il impliquait dans sa définition tirée du dictionnaire : 
  1. surnaturel
  2. créateur de l'univers
  3. et protecteur de ce dernier.
…Et qu'on les compare à la liste d'exemples de déités qu'il donnait, on se trouvera déçu : dans les faits, ni Zeus, ni Hadès, ni Jupiter (= Zeus en version latine, merde) ni Mars, ni Odin ni Thor, ni Krishna ne créent l'univers. Krishna n'est même qu'un avatar de Vishnu. Certes Ra, selon certains mythes tire le monde et les hommes de la "Soupe primordiale" mais dans d'autres, il est lui-même issu de Nout. De même Vishnu, pour les vishnuites, est le dieu le plus puissant, et donc le seul à subsister après que tout le reste soit détruit par les flots à la fin d'un cycle (1 mahayuga, ce qui équivaut à…Euh, beaucoup. 4 millions d'années). Il somnole un peu sur l'onde, ensuite de quoi un lotus sort de son nombril, puis de la fleur émerge Brahma, qui crée un nouveau monde. Mais dans d'autres versions, le dernier dieu à subsister reste Shiva, sous la forme d'une colonne de feu(un linga, qui représente en fait son pénis NE ME POSEZ PAS DE QUESTIONS). Et il existe d'autres mythes de création qui m'échappent.
Cer univers, qu'il ait été créé par eux ou non, les dieux le protègent-ils ? Sans doute. En tout cas pour ce qui est de Zeus, d'Odin, de Thor, de Krishna ou de Ra. Mars, moins. C'est un peu le dieu de la guerre, les mecs, il va pas protéger grand chose.
Ensuite, surnaturel. Surnaturel signifie quoi ? Hors de la nature ? Au-dessus de la nature ? Mais comment cela saurait-il être quand la "Nature", par définition, englobe tout ce qui existe ?
On ne peut parler de surnaturel que si l'on a des notions très précises de lois naturelles, et d'une nature déterminée par ces lois. Si l'on n'a pas de lois précises qui circonscrivent le champ d'action de la gravitation, de flux gastriques ou des transformations chimiques, pourquoi trouverait-on quelque chose "surnaturel" ? Qu'y aurait-il d'étrange à voir une table léviter si on n'avait pas une loi qui dit "les tables restent fixées au sol par la pesanteur" gravée dans un coin de la tête ? De même, si l'on ignore tout de la fabrication du vin, qu'y a-t-il de surnaturel dans le miracle effectué par Jésus aux noces de Caana ? C'est parce qu'on SAIT par quels processus le vin est fabriqué. Qu'il le soit par une autre voie VOILA qui est surnaturel. Or pour oser affirmer qu'il n'existe pas d'autre voies de fabriquer du vin que celle que l'on connait et que si l'on arrive à le faire malgré tout, cela est un "miracle" hors de la nature, n'est-ce pas faire montre d'arrogance ? Nous avons établi des règles précises, comment le monde ose-t-il y déroger ! Si on ne sait pas comment ça marche, on se contentera de hausser les épaules et dire "bof, on ne sait pas" ou on bricole une explication. Pour dire "surnaturel" il faut que ça brise nos règles établies. Comme le disaient Hubert & Mauss, la magie est une "gigantesque variation sur le thème du principe de causalité".
Un homme qui n'aurait pas de concept de "lois naturelles" en tête, consciemment ou inconsciemment, ne pourrait pas faire la distinction entre phénomènes naturels et surnaturels. Un peuple des régions circumpacifiques qui utilise ce que nous décririons comme de la magie* au quotidien, dans un but médical par exemple, ne verrait pas forcément la distinction entre l'incantation magique et la potion qui lui serait associée. Un observateur extérieur tel que vous ou moi se contenterait d'examiner la potion, puisque c'est la seule qui PEUT avoir un effet sur son corps. Comment en serait-il autrement ? Notre causalité galiléo-cartèsienne** débarque avec ses gros sabots et exclut tout ce qui n'est pas elle-même. Le reste est idiotie. Ainsi Frazer parle de deux types de magie : 
  1. magie homéopathique : qui tente d'agir sur le semblable par le semblable. Par exemple, je fais une poupée à l'effigie de mon ennemi et je lui plante des aiguilles dedans en m'imaginant lui faire du mal. On s'imagine que ce qui se ressemble est forcément relié. C'est idiot, dirait Frazer.
  2. magie contagieuse : qui considère que ce qui a été en contact reste en contact. Par exemple, je prends une mèche de tes cheveux et je lui fais du mal, en m'imaginant que le mal se transfèrera sur toi, alors que la mèche n'est plus reliée à toi. C'est idiot, parce qu'il n'y a pas de contact réel, dirait Frazer.
Dans les deux cas, la magie est vue comme une conception erronée de la causalité. Mais uniquement parce que l'observateur dispose dans son chapeau de la toute belle vraie et sainte causalité. Sans notre notion de causalité déterminée, il ne saurait y avoir de "fausses" causalités, vous me suivez ?
Donc si pour l'acteur (i.e. le gus qui pratique le rituel et fait la potion) il n'y a pas de différence conceptuelle entre les deux actions (potion&incantation), pourquoi l'ethnologue devrait-il en faire une ?
Bref, la catégorie de "surnaturel" est sans doute la plus fumeuse et la plus floue dans ce tas. Et comme je le disais dans mon article sur Tolkien :

La notion de magie, c’est de la merde, ça se définit toujours par rapport à la science ou à la religion. Si vous êtes chrétien, c’est convoquer des puissances sataniques. Si vous êtes un scientifique c’est faire un faux raisonnement sur le monde et inventer des rapports de causalité érronés.
Prenons deux exemples de rituels magiques qui ont pour but de nuire à quelqu’un :

Exemple 1
Machin décide de lancer un sort à un connard qu’il n’aime pas. Machin saute en rond autour d’un arrosoir à cloche-pied en invoquant les esprits de ses ancêtres. Ensuite de ça, il sacrifie un poulet à la pleine lune puis s’arrange pour verser une goutte de pisse de crapaud dans le verre de sa victime.
Sa victime meurt peu de temps après.
Exemple 2
Machin décide de lancer un sort à un connard qu’il n’aime pas. Machin saute en rond autour d’un arrosoir à cloche-pied en invoquant les esprits de ses ancêtres. Ensuite de ça, il sacrifie un poulet à la pleine lune puis s’arrange pour verser quelque miligrammes d’Arsenic dans le verre de sa victime.
Sa victime meurt peu de temps après.

Dans le premier cas, c’est de la magie stupide, suivi d’une forte coïncidence (la pisse de crapaud ça tue pas les gens, donc c’est un pur hasard) et dans le second, c’est un empoisonnement en règle, avec des espèces de superstitions bizarre autour.
Cependant la seule chose qui nous permet de dire que 1 est un sortilège et 2 un empoisonnement c’est notre connaissance scientifique de l’Arsenic et une loi de la nature en notre esprit qui nous dit « l’arsenic tue des gens ». Dans un monde pré-scientifique, genre au moyen-âge ou au milieu de la jungle amazonienne il y a deux cents ans, quel sens est-ce que ça ferait de juger des conceptions locales avec notre science, qui de toute façon n’a pas cours dans leurs esprits ?
Maintenant vous comprenez le problème.

Le Dieu chrétien et la religion chrétienne sont des exceptions. Quand on  compare le concept de Dieu omnipotent, omniscient et unique aux divers panthéons dont émergent les 2870 dieux ici évoqués, on se rend compte des profondes différences qui les traverse (notamment : le christianisme est une religion de l'histoire, pour reprendre le terme même de De Martino). Je ne sais pas comment on a compté ces 2870, mais ce qui est certain c'est qu'on n'a pas utilisé la même définition que Ricky Gervais.
En conclusion, rappelons-nous donc qu'à bien des égards, les chrétiens sont des exceptions, et ne soyons pas trop prompts à projeter nos catégories sur le reste de l'univers sans esprit critique, tels certains scénaristes de Doctor Who. Un dieu créateur, transcendant, extérieur à l'univers, et qui ne s'inscrit pas dans un cycle naturel est quelque chose de profondément rare, voire unique : le monothéisme est une putain d'exception. Même les dieux hindoux sont soumis à la mort, voyez à quel point ils sont soumis à l'ordre naturel des choses. Qui, dès lors, parlerait de surnaturel ? Surhumain, peut-être, surnaturel, certainement pas.


Oh, et que les dictionnaires, quand on veut vraiment savoir quelque chose, ne servent à rien.





Notes :


*Rappelons-nous que c'est bien l'européen avec un casque colonial qui colle l'étiquette "magie" sur les choses. Et que même Galadriel semble étonnée qu'on lui applique cette catégorie comme je le disais ici :
"‘Here is the Mirror of Galadriel’, she said. ‘I have brought you here so that you may look in it, if you will’.
‘What shall we look for, and what shall we see?’ Asked Frodo, filled with awe.
‘Many things I can command the Mirror to reveal,’ she answered, ‘and to some I can show what they desire to see. […] Do you wish to look?’ […]
‘And you?’ she said, turning to Sam. ‘For this is what your folk would call magic, I believe; though I do not understand clearly what they mean; and they seem to use the same word for the deceits of the Enemy." (FR, II, 7, p. 377)
Notez l’usage du terme awe ainsi que la surprise de Galadriel face à l’usage discursif des Hobbits concernant ses propres pratiques. C’est ce que « le peuple de Sam » appellerait de la magie, mais elle ne comprend pas ce que ce terme recouvre, puisqu’il désigne autant son miroir que les manigances de l’Ennemi… Même dans le Seigneur des Anneaux, la magie est une catégorie à la troisième personne ! 

**Newton y a une part, également. Je dis Descartes, mais le matérialisme d'un Hobbes n'échappe pas à la règle : le déterminisme s'est répandu dans notre science, dans le rationalisme français tout comme le matérialisme anglais ; avant finalement d'en être partiellement sorti par la physique quantique, au point que certain idiots allèrent s'imaginer qu'enfin ils avaient trouvé une faille où planter le coin de leur rhétorique pour y insérer de force le libre-arbitre. Idiotie.

mercredi 25 juillet 2012

Les temples et Zelda


…Logique.
Je suis pas le premier à faire la blague, mais bon.
La couleur ne me réussit toujours pas.

dimanche 22 juillet 2012

Le piège de la forme 3 : the Cabin in the Woods

The Cabin in the Woods (2011)

Réalisation: Drew Goddard  
Scénario: Joss Whedon, Drew Goddard  
Avec, entre autres, Kristen Connolly, Chris Hemsworth et Anna Hutchison


Alors, c'est méta. Je sais pas à quel point, mais c'est méta. Pour commencer, on m'avait vendu the Cabin in the Woods (v.f. : La cabane dans les bois, mais de toutes façons vous êtes des gens bien et n'irez pas voir la v.f., c'est compris ?) comme ce qui allait renouveler le genre du film d'horreur. Grand bien fasse aux autres, moi ça me touche peu : j'aime pas les films d'horreur, à l'exception de quelques-uns.* On ouvre sur une discussion de bureau, des mecs en chemise à manches courtes, l'un des deux se plaignant que sa femme capitone les meubles de sa maison et que ça lui prendrait 20 minutes pour se prendre une bière. Ils montent dans des voiturettes alors qu'ils discutent avec une meuf de la chimie, qui leur racontait qu'il ne restait plus qu'eux et le Japon - dans une sorte de compétition apparemment. Après avoir commenté le taux de réussite de 100% de ces foutus japonais, et mentionné que l'année passée "ça avait foiré à cause de la chimie, nullarde", ils s'enfuient vers l'horizon dans leurs voiturettes... Ailleurs, cinq jeunes gens empaquètent leurs affaires pour partir dans une cabane de les bois (Oh, c'est le titre du film, je suis trop fort !). J'admire qu'ils montrent les personnages comme moins idiot que d'habitude, on les voit causer de leurs cours d'économie/sociologie pendant un instant, puis ils foncent vers l'horizon et un type sur un toit avec une oreillette dit dans un micro : "les oiseaux ont quitté le nid"... Je ne vous spoile rien, par conséquent, puisque dès l'origine on nous montre ce film d'horreur comme orchestré par des marionnetistes, comme une supercherie. Ce n'est pas un film d'horreur, c'est une variation sur le thème de "cinq ados vont en forêt et meurent les uns après les autres", il y a la pute, le sportif, l'intellectuel, le drogué et la puritaine de service. Cependant toutes les invraisemblances habituelles sont digérées par le récit, par l'action de ces marionnettistes. La blonde conne n'était pas assez conne ? On lui a filé un produit bêtifiant dans sa teinture. Le sportif a un doctorat en sociologie et n'est donc pas spécialement con, mais par quelques injections d'hormones on arrive à le changer en mâle Alpha tout ce qu'il y a de présentable. 
En gros, chaque invraisemblance de film d'horreur se trouve justifiée de par l'action des types dans la salle de contrôle, la plus magistrale restant le moment où Chris Hemsworth affirme qu'ils vont barricader toute la maison, et ne pas se séparer. Panique en salle d'opération ! S'ensuit la libération d'un petit nuage de gaz et pouf! : "actually no, this is wrong, we should split up. So, we will cover more ground". Les gens ne vont généralement pas faire l'amour dans la forêt** parce que soit c'est couvert d'insectes, soit c'est trop dégueulasse pour que les insectes supportent de se tenir là. Mais là, on libère un petit nuage de phéromones et on déclenche un faux clair de lune sur une petite clairière toute propre avec un tapis de mousse ad hoc. Ce qui finit justement par vaincre les réticences de la blonde, qui même sous l'action de son produit abrutissant et des phéromones songeait à rentrer à l'intérieur, parce que bon, un lit ça reste désirable quand tu dois te taper Chris Hemsworth (i.e. Thor dans le film éponyme), avec des bras comme des jambons, et qui doit pas mal bourriner. Je crois que c'est un pied de nez aux films d'horreur qui leur dit : vous êtes tellement illogiques que seul l'action de gus omnipotents avec des caméras partout et une chimie invincible pourrait les justifier. Vous le noterez très vite : les marionnettistes en chemises à manches courtes jouent en fait le rôle des scénaristes/réalisateurs de film d'horreur. Si les zombies, des tas de chair lents et bêtes, parviennent à pourchasser les héros, c'est uniquement parce que les filmmakers en ont besoin. Le but d'un film d'horreur c'est de vous faire peur, ou mal pour les personnages, alors tout le reste y est subordonné : la logique se tait, le surnaturel est instrumentalisé (combien de fois entendrez-vous "c'est magique ?" quand vous vous plaindrez de l'improbabilité de certaines actions des fantômes/zombies ?). Cependant, ici, on essaie de digérer cela dans le forme et de remplacer la volonté des cinéastes par celle des marionnetistes, qui se trouvent dans le film. Ce n'est donc pas une mise en abyme au sens premier du terme*** C'est là que les Anciens jouent un rôle. Tellement tirés de la nomenclature et de l'univers de Lovecraft que j'ai acclamé la venue de Ctuhlhu la moitié du film - en vain. Les "Anciens" et les impératifs que leur existence implique justifie l'action des personnages, malgré l'invraisemblance complète. Si la justification de tout ça était comme dans Hunger Games**** ou je sais pas quelle tentative moderne de réhabiliter la maxime Panem et Circenses en profitant de brailler que "OHLALA c'est trop une métaphore de notre société, quoi". On essaie de nous présenter comme des abrutis qui admirent la mort d'inconnus à la télévision et qui s'en amusent. Comme si c'était crédible. Qui regarderait ça ?
Avec les Anciens qui gisent en dessous, ça rend le truc presque crédible. Qui gisent en-dessous géographiquement, sous terre, et scénaristiquement, comme un arrière-plan qui soutient l'action de tous et la justifie*****. Je crois également déceler une tentative d'excuse pour encore nous balancer des zombies à la gueule (sérieusement, j'en ai marre des des zombies) puisqu'on voit une scène (soi dit en gros) où le peuple étrange des Manche-courtes parie sur quelle créature surnaturelle va leur tomber dessus (en gros ça dépend de certaines actions de nos cinq héros) et bien sûr ce sont des zombies redneck qui sont réveillés par la lecture d'une incantation. Ce qui amène le dialogue suivant.
"J'avais parié sur les zombies ! Je devrais gagner aussi !, se plaint une employée une fois que les paris ont fini sur ce débouché.
- Ouiii...Mais il y a les "zombies"... Et les "zombies redneck adorateurs de la douleur", dit le patron en indiquant les deux places différentes sur le tableau des paris. Ce sont deux espèces complétement différentes, comme les éléphants et les éléphants de mer."
De même le patron se plaint qu'on ne soit pas tombé sur un "Merman"****** et on voit des mentions fantaisistes sur le tableau telles que "unicorn". (sérieux, le type qui me fait un film non risible avec une licorne comme monstre a tout mon respect). On sait très bien qu'on fait les zombies parce que sinon ça couterait extrêmement cher à faire (alors que là, un peu de maquillage, et pouf) et que justement une licorne serait ridicule. Néanmoins la scène (presque) finale en mode Cavales de Diomède vient combler cela par sa débauche de monstres, qui ne font absolument plus peur et prend une tournure comique. 
Ça me permet d'ailleurs de revenir sur un autre twist : les zombies sont réels. Les caméras, la chimie, les phéromones, la drogue, okay, mais les monstres sont réellement surnaturels. On les envoie grâce à un super ascenseur tout beau tout propre, mais ils sont réellement magiques. Ce surnaturel bureaucratisé me fait penser à Zombillenium de Arthur de Pins, mais qui joue cette fois la carte de "c'est pour amuser les gens" et "pour faire de l'argent", pourquoi pas. Je pourrais dire que le thème du sacrifice humain déborde d'ailleurs de partout, puisqu'on le voit dès la séance d'introduction, dans du sang qui coule sur des gravures présentant divers sacrifices sur des autels (j'ai cru reconnaître qu'une d'elle venait de Bartolomeus de las Casas, mais c'est peut être juste mes études qui débordent comme de l'acné) entièrement lié aux Anciens, ce qui soulève un tas de questions non-résolues non plus. D'un autre côté, il est plusieurs fois mentionné que ce "sacrifice" est effectué en même temps par apparemment tous les pays du monde, mais qu'ils ont tous échoué (même le Japon rate) à part celui-ci. Est-ce que ce n'est pas justement se foutre de la gueule des films d'horreur ? Leur montrer que ce n'est pas si facile de finir horriblement et dans l'ordre qu'on veut ?******* Que les gens se battent et ne suivent pas les indications stupides d'un scénario sur mesure ? Une ode à l'instinct de survie des hommes ?******** 
 Dans l'absolu j'ai donc trouvé ce film drôle, jamais très gore et jamais effrayant. C'est donc un film à conseiller à ceux qui n'aiment pas les films d'horreur, ou, du moins, les mauvais films d'horreur.
Note : 8/10. 
et

Notes :
* The Thing puisque vous demandez.
**A moins d'être des vrais de vrais, des trappeurs dans l'âme comme moi, et de ne pas avoir peur des démangeaisons intimes qui pourraient survenir après ce contact avec la nature, qui vous adore et commence d'ores et déjà à se propager sur vous.
***Puisqu'il n'y a pas de cinéastes dans le film, au-delà du fait qu'ils ont des caméras. Par contre, il est plusieurs fois mentionné que les choses qu'ils filment sont destinées à des "clients". Quels sont-ils ? On ne les voit pas. Mais si la logique méta est poussée jusqu'au bout, le client, c'est nous, c'est toi, moi, spectateur. C'est celui qui regarde le film, le résultat du sacrifice, et qui y prend plaisir. Donc on peut aimer ou détester l'aspect méta. Généralement quelqu'un qui le fait va dire des insanités du type "mise en abyme" et "branlette intellectuelle", à court d'arguments, parce que c'est bien connu, le fait de faire référence à son support narratif rend tout automatiquement "nul" et "prétentieux".
****Ou par exemple l'épisode Bad Wolf 01x12 de Doctor Who(nouvelle série), dans le satellite 5, on voit des émissions de télé-réalité type Le Maillon Faible, mais où les perdants meurent. Je me sens tellement visé par cette satyre de notre société, ouhlala. Je regarde pas de télé-réalité, alors je m'en fous et ne crois pas que l'humanité devienne bête à ce point un jour, d'ailleurs j'essaie déjà désespérément d'oublier l'existence de la télé-réalité actuelle.
*****Même si ça n'explique pas pourquoi les marionnettistes à manches courtes s'emmerdent à ce point. On les entend se plaindre "tu te rappelles quand on se contentait de balancer une meuf dans un volcan ?" Contentez-vous en, si vous avez le gouvernement derrière vous ! Donnez-moi quelques psychopathes, des tenailles, et vous en aurez de la souffrance. Pourquoi leur donner le choix de leurs morts ? Si une analogie est faite avec les sacrifices antiques, pourquoi s'emmerder de tant de circonvolutions, alors qu'à l'époque un gros couteau et un caillou ça suffisait ?
******Une sirène se dit Mermaid, ce serait donc un sirène.
*******Puisque la condition sine qua non du sacrifice suppose une certaine succession de morts parmi les cinq héros. Ce qui fait d'ailleurs s'interroger Antoine, présentateur de l'émission Nobody Cares, sur le fait que hé les copains, on voit le sacrifice au Japon qui prend place dans une école primaire. Expliquez-moi où vous trouvez un sportif, une pute, une vierge, un drogué et une vierge dans une école primaire ? Si le sacrifice se décline en diverses variantes à la surface de la terre, pourquoi la terre entière reste-t-elle suspendue à celui des Etats-Unis ?
********Ou du moins de leur instinct à tout faire foirer, y compris les assassinats utiles qui les viseraient.

mardi 17 juillet 2012

Platon ♥ Annicéris

Ma contribution au concours Dessinateurs de Demain du BD-FIL de cette année.












Annicéris a effectivement acheté Platon à Egine pour 20 mines, donc deux milles drachmes. Ce qui est un beau geste d'amitié, puisqu'apparemment un esclave, habituellement, se monnayait aux alentours de 200 drachmes. Probablement que la renommée du philosophe avait fait monter les enchères.

vendredi 13 juillet 2012

Lays&Zoé 4

Les autres BD Lays&Zoé : 


Oui, j'ai enfin lu le seigneur des anneaux, je n'ai plus honte.
Zou, Silmarillon.

jeudi 12 juillet 2012

MLP:FiM et tripartition fonctionnelle

Avant-Propos : ceci n'est pas un creepypasta ou autre vision dogmatique et tirée par les cheveux sur un show pour les enfants. Je suis bien conscient que tout les Earth Ponies ne sont pas des fermiers et que les pégases ne sont pas des soldats (même si, notez, on voit des déménageurs, donc liés à la force physique). En outre certaines fonctions intellectuelles ou de pouvoir(i.e. Cherilee est enseignante ; et Miss Mayor est... Maire) sont tenues par des Earth Ponies, ce qui ferait s'effondrer ma théorie. C'est juste la constatation que cette idée de la tripartition fonctionnelle de Dumézil semble tellement ancrée dans nos mentalités qu'on en trouve la trace dans My Little Pony : Friendship is Magic.
Et puis je m'étais fait une carte de visite où il était dit "de la philosophie, de la bande dessinée et de poneys" mais qui tenait de la publicité mensongère jusqu'il y a peu, il était temps de combler ce vide.

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 Putain, c'est sacrément trop coloré. Ah.
Dumézil est un penseur très influent en histoire des religions et en sciences sociales en général. Malgré toutes ces qualités, il n'a rien à voir avec des poneys. (on pourrait même dire qu'il n'aryen à voir avec les poneys, haha) ce qui est très dommage, et c'est pourquoi nous avons décidé de tisser quelques liens entre lui et ces mignons animaux. Ses thèses autour de la tripartition fonctionnelle eurent une postérité florissante, encore de nos jours. En gros, il a remarqué que les sociétés indo-européennes se répartissaient en trois classes, ayant trois fonctions différentes.
  1. fonction religieuse : liée au sacré, au religieux, à la souveraineté.
  2. fonction militaire : liée à la force.
  3. fonction de production/reproduction : liée à la fertilité.

En gros le monde se partage entre les prêtres, les soldats et les paysansOn trouve de nombreux exemples de cette séparation dans les sociétés européennes :

  1. Les trois classes dans lesquelles Platon sépare sa cité idéale dans sa République : les rois-philosophes, les soldats, les producteurs.
  2. La société indo-védique, divisée en brahmanes (prêtres, enseignants et professeurs), kshatriyas (roi, princes, administrateurs et soldats), plus la caste productive, se subdivisant en vaisyas (artisans, commerçants, hommes d'affaires, agriculteurs et bergers) et shoûdras(serviteurs).
  3. Au Moyen-Age chrétien, la société européenne était divisée entre l'aristocratie (qui font la guerre : bellatores) le clergé (qui prie : oratores) et le Tiers Etat (qui produit de la bouffe, qui travaille. Les laboratores). Le schéma perdurera dans les mentalités jusqu'en 1789, même si fortement ébranlé dans les faits.

En outre, Dumézil alla trouver de nombreux exemples de dieux qui remplissaient ces trois fonctions en comparant les diverses mythologies.
  • Dans la mythologie nordique, trois dieux tiennent le haut de l'affiche. Odin, qui est le dieu de l'intelligence par excellence : il est maître des runes, de la magie et de la poésie. Thor, dieu guerrier par excellence, dont l'attribut est un putain de marteau. Et finalement Freyr, moins connu, mais qui reste le dieu de la fertilité et de la vie, choses qu'on aime bien. 
  • A Rome, les flamines géraient aussi la triade pré-capitoline, comprenant trois dieux principaux. Jupiter, dépositaire de la souveraineté et du sacré. Mars, dieu de la guerre. Et Quirinus, dieu de la fertilité. Plus tardivement, ce furent Jupiter (qui garde la fonction sacrée) allié avec Minerve (guerre) et Junon(fertilité) dans la triade capitoline, moins "sincère" ou explicite que le trio originel. Néanmoins Junon reste symbole de mariage quand elle est voilée (donc oui, de fertilité, petits coquins) et de fécondité en générale lorsqu'elle brandit une grenade (le fruit, hein) ; de même Minerve reste la déesse de la guerre, mais de la guerre "juste", disons. Autrement dit la guerre du "c'est lui qu'a commencé.
  • La trimurti (Vishnu, Shiva, Brahma) prenait en Inde la place des trois dieux védiques importants Agni (dieu du feu, et donc du sacrifice, lié au sacér) Indra (dieu de la foudre, de la guerre) et Surya (lié à la fertilité, père du premier homme).

Oui, je sais, je case toujours le gars de la fécondité à la fin, mais que voulez-vous, forcément, si tu passes ton temps à faire pousser des betteraves, t'as moins la classe que si tu foudroies tout ce qui te passe sous le nez ou que tu l'éclates à coup de marteaux. D'où, probablement, moins de place dans les mythes pour les dieux de la fertilité, pourtant vénérés autant que les autres.

Quel rapport avec My Little Pony, hé bien il semblerait qu'on y trouve également une resurgence de ce schéma dans l'épisode Hearth's Warming Eve (fête qui équivaut à notre Noël), qui relate, au cours d'une pièce, la fondation d'Equestria, le royaume des poneys.
L'épisode raconte qu'au commencement, les Pegases, les Licornes et les Poney-terrestres (Earth Ponies, dans la V.O., je traduirais désormais par "Terriens") n'étaient pas alliés, ni ne vivaient ensemble. Déjà, on trouve ici trois races de poneys : les pégases, qui peuvent voler ; les licornes, qui peuvent faire de la magie ; et les Terriens, qui… Euh… N'ont ni l'un ni l'autre. Pas d'ailes, ni de cornes. C'est un peu les prolétaires d'Equestria. 
D'ailleurs on raconte qu'au commencement, les Terriens étaient exploités par ces connards de plumitifs volants que sont les pégases, et ces putain de magiciens méprisants qu'étaient les licornes ! En effet, les pégases vivent sur des nuages et les licornes dans un chateau à flanc de montagne, le narrateur nous explique donc que seuls les Terriens pouvaient cultiver la terre. Les pégases éloignaient les nuages et les licornes faisaient se lever le soleil et la lune. Ces deux services étant indispensable à l'agriculture, ils prenaient ensuite une part importante de leur récolte, pour le grand déplaisir de ceux-ci.

Hé ben, je m'attendais pas vraiment à avoir un pareil schéma de lutte des classes dans un dessin animé destiné à la jeunesse très jeune, mais ma foi, ouais.
"Amour, tolérance et lutte des classes"

Cependant, ce fragile équilibre – où non seulement les Terriens n'ont aucun pouvoir marrant mais doivent en plus faire de la popote pour tout le monde – se trouve subitement menacé par l'arrivée d'un hiver vigoureux que les pégases n'arrivent pas à combattre. La dissension frappe la communauté, qui s'engueule et dont les chefs partent chercher une nouvelle terre. Cependant, ils aboutissent tous au même endroit et, l'hiver les poursuivant, ils finissent par se reclure dans une grotte. Leurs querelles de territoire continuent même dans la caverne, aussi les trois chefs finissent gelés par les spectres de l'hiver. Leurs trois subalternes, par contre, arrivent à s'entendre et se font un câlin. Un coeur rose mièvre et laid fulgure de l'étreinte et repousse les spectres de l'hiver très très loin, pouf, il fait beau. Bah oui, l'hiver était causé par la lutte des classes la dissension dans l'amitié des poneys, donc dès qu'on est pote, la neige fond. Et la fraction des fonctions en factions peut prendre fin dans la réunion finale des poneys. (notez l'allitération, bitches)

Pour ce qui est du lien des Terriens à l'agriculture, la pièce entière en fait son sujet. En outre on peut remarquer qu'ils se nomment bien Earth Ponies. Ils n'ont pas de nom particulier, ce sont juste les poneys, de la terre. Ainsi ce dialogue entre le Chancelier Puddinghead (i.e. le rôle de Pinkie Pie) et Smart Cookie(i.e. Applejack), son adjointe :

Pinkie Pie: The air! The trees! The dirt. This dirt is the dirtiest dirt in the whole dirt world!
Applejack: And fertile (NdA : nous soulignons), too. Perfect for growing food.
Pinkie Pie: In the name of the Earth ponies, I think I'm gonna call this new place... uh... Dirtville.
Applejack: How about 'Earth'?
Pinkie Pie: Earth! Congratulations to me for thinking of it.
Par contre, la créatrice de la franchise a parlé explicitement du mépris que beaucoup s'imaginent trouver entre les classes "supérieures" (ou celles qui ont les attributs les plus cools) et les Terriens. Pour elle, il n'y en a pas :
"While not magical like the other pony types, Earth Ponies do have a connection to the land that other types do not. In Equestria, growing food and tending animals (Fluttershy's talent with animals is unusual for a pegasus, I always imagined she feels more at home on the ground than in the sky) is just as necessary, as managing weather and magic. Perhaps more important, don't you think? They are ponies, not people, so perhaps appreciating each other as equals is not so difficult for them."
–Lauren Faust, à propos des Earth Ponies, sur DeviantArt[lien]
…Autrement dit, tu es un gentil poney, tu vas faire des betteraves toute ta vie parce que c'est comme ça. Amour et tolérance. Ce n'est pas sans rappeler les vertus conservatrices de certains autres mondes imaginés : la tempérance doit faire que chacun reste à sa place. Par contre, les Terriens ont une connexion spéciale à la nature, je suis pas fou, ils sont le vecteur de fertilité et d'entente avec le monde, et pas seulement dans cet épisode. Par contre pour ce qui est du ressentiment des Earth Ponies, je pense pouvoir en montrer quelques exemples, peut-être fortuits, plus bas.
En outre dans les 6 personnages principaux, Applejack et Pinkie Pie ont des métiers liés à la nourriture, ou à la culture. Applejack bosse dans un verger, et fait tomber les pommes des arbres(de même que Big Mac). Pinkie bosse dans une patisserie, à l'occasion.

Pour ce qui est des pégases = fonction guerrière :

  1. Rainbow Dash n'a pas de métier, sinon être très rapide, gagner des courses et dégager le ciel des nuages  occasionnels, ainsi elle a pour principale caractéristique, la vitesse, i.e. la force physique. Fluttershy s'occupe d'animaux, mais son talent est "unusual for a pegasus" (op.cit. la citation de Lauren Faust [lien]), et il vient d'une pégase qui n'est pas très à l'aise dans les airs et semble préférer le sol : contrairement à Rainbow Dash qui vit dans Cloudsdale – donc sur un nuage – elle possède une maison sur la terre ferme. Les pégases semblent donc en temps normal liés à l'exercice de la force, mais Fluttershy étant un poney terrestre, elle récupère les attributs de ses compères terrestres, et s'occupe donc beaucoup des petits animaux.
  2. Dans l'épisode, les pégases sont dressés en armures, avec des casques de légionnaires. Leur chef est le "commander Hurricane". Le commander Hurricane (vers la 12ème minute) évoque d'ailleurs qu'en cas de désobéissance il sera contraint de faire juger Private Pansy (i.e. Fluttershy) devant une cour martiale.
  3. En outre, la reine (en fait, la princesse, puisqu'elle est la fille du roi) des licornes se plaint à leur égard qu'ils ne sont que des brutes soulignant leur peu de manières et leur recours continuel à la force


Pour ce qui est des licornes qui remplissent la première fonction, à savoir la fonction sacrée, c'est déjà plus délicat.
  1. Les licornes sont chargées de faire se lever le soleil et la lune par magie. J'ai déjà parlé du fait que dans nombre d'oeuvres de fictions (notamment chez Tolkien)[vous pouvez voir ici aussi, pour un peu plus sur la religion chez Tolkien] la magie pouvait remplacer la catégorie de religion. Ils sont nombreux les peuples qui songeaient que leurs prêtres les aidaient à faire se lever le soleil ; ainsi les mayas qui sacrifiaient les prisonniers de guerre afin de "nourrir" le soleil ou les prêtres égyptiens qui aidaient, en combattant une statuette, Horus à vaincre le serpent Apophis, ce qui permet le lever du soleil. Cependant, ici, les licornes sont censées le faire vraiment, puisqu'elles ont vraiment de la magie.
  2. Nous l'avons dit, la première fonction de Dumézil ne se réduit pas à la figure du prêtre. Il s'agit aussi de gérer toutes les choses de l'esprit. Ainsi Odin est le dieu des runes, de la magie et de la poésie. En l'occurrence, c'est bien Twilight Sparkle, donc une licorne, qu'on voit tout le temps en train de bouquiner et d'étudier. Le début de la série, c'est elle en train de lire un truc.
  3. Un point difficile à élucider reste l'attrait tout particulier des pierres précieuses pour les licornes, mais on peut supposer que Rarity donne énormément d'elle-même dans son personnage. J'avais déjà évoqué ici les divers travers du personnage. Une théorie de fans explique néanmoins que les pierres précieuses seraient, en Equestria, de la magie cristallisée, ce qui expliquerait pourquoi la Princesse Platinium les convoite déjà autant.
  4. Dans cet épisode en particulier, les licornes sont entourées d'un vocabulaire royal. On s'adresse à Rarity par du "Your Highness" (i.e. "Votre Altesse"). La Princesse Platinium (i.e. Rarity) est la fille du Roi des licornes. On peut donc imaginer qu'elles touchent au sacré, à la souveraineté.
Ce dernier point ouvre un problème évident, de chez évident : les licornes font dans le passé se lever le solei ; néanmoins, c'est aujourd'hui l'attribut de Celestia et Luna, deux Alicorns, donc des licornes ailées, qui portent toutes deux le titre de "princesses". Le nom n'est d'ailleurs pas officiel, malgré son côté classe : c'est une storyboarder (Sabrina Alberghetti) qui l'utilise couramment, alors que sur la page FB de Hasbro, les deux princesses, Luna et Celestia, sont appelées des "Pegasus unicorns". Je veux dire, bravo les mecs. Des pégases-licornes. Très inventif.



Pour faire court : Celestia lève le soleil, Luna lève la lune. Luna, jalouse que tout le monde dorme pendant les belles nuits qu'elle se fait chier à créer, refuse de relever la lune, se rebelle, alors elle est bannie sur la lune, mais revient sous forme démoniaque avant que le pouvoir de l'amitié ne la ramène à la forme d'un poulain trop chou (ci-dessus). C'est d'ailleurs le thème du premier épisode, et de sa séquence d'introduction(vidéo), qui ressemble un peu à un début de Zelda, je trouve.
Bref, il manque une figure au schéma de la société de Dumézil. Celui qui réunit les trois fonctions : le roi. Il possède la fonction du sacré, de l'autorité spirituelle, mais également militaire. Pour ce qui est de la troisième fonction, on peut l'expliquer si on s'imagine que le Roi est lié à la nature, et que régénérer le roi permet de régénérer la nature. (lier l'approche de Frazer et celle de Dumézil semble assez prolifique sur ce point).
Ainsi les Alicorns de la série My Little Pony, sont clairement liées à la fonction royale. Celle qui apparaît dans le double-épisode final de la saison 2, Cadance est également adressée en "princesse" et est censée être le nièce de Celestia (donc la fille de Luna ? Ou alors Celestia a d'autres frères/soeurs ? Dammit, Hasbro ! Plus de background stories, on avait dit !). Parfois même Alicorn se résume à "être une princesse". Twilight affirme que Cadance est une princesse alors qu'elle n'est qu'une "regular old unicorn".(c.f. A Canterlot Wedding) Autrement dit, la seule différence entre les licornes et les alicorns, c'est... la Royauté. Chose que les licornes semblaient posséder dans les temps lointains que relate la pièce de théâtre ici présentée.

J'ai oublié de causer des "alicorns", les licornes ailées, apparemment d'ascendance royale.

La tension est là : les licornes remplissent le rôle des Alicorns. In illo tempore, elles font se lever la lune et le soleil – et sont princesses - alors même qu'aujourd'hui ces deux rôles sont joués par les Alicorns. Et alors même qu'elles n'existent pas – puisque ne participent pas à l'histoire – les Alicorns figurent sur le drapeau d'Equestria ici montré.


…Donc, elles se sont matérialisées juste après, ou quoi ? Un peu comme les dieux de Lanfeust ou du Disque-Monde ? Genre la croyance dans l'unité des poneys a créé ces hybrides de licornes et de pégases, et de Terriens qui reprennent leurs attributs tels que la corne, les ailes et… euh… Que dalle pour les terriens, on dirait, vu que c'est un peu le dénominateur commun. De la même manière que chez Dumézil, le Roi cumule les trois fonctions, les Alicorns rassemblent les trois "classes".
En outre je remarque qu'on trouve de nombreux exemples du ressentiment des Terriens envers les deux autres classes, même dans l'épisode Hearth's Warming Eve, à la toute fin lorsque les poneys commencent à se chamailler à propos d'une fenêtre ouverte, Applejack fait remarquer que Rainbow Dash pourrait y aller en deux secondes avec ses ailes, et Rainbow botte en touche : Twilight pourrait le faire aussi facilement avec sa magie. Le rugissement du vent vient trancher la querelle et Rainbow Dash, ayant en mémoire la morale de la pièce qu'elles viennent de jouer (à savoir "FAIS PAS CHIER OU TU SERAS CONGELÉ PAR LES SPECTRES DE L'HIVER, BISOU") va fermer la fenêtre sans autres. Ces dissensions de lutte des classes s'expriment - étonnamment - à l'occasion des équinoxes. Dans une société qui semble se baser sur une sorte de culte solaire(i.e. la Princesse fait se lever le soleil) ça ne peut pas être entièrement anodin ; l'épisode 1 de la saison 1 montrait les préparatifs de la Summer Sun Celebration, la fête du soleil d'été, donc le solstice. Hearth's Warming Eve, puisqu'étant une métaphore de Noël doit prendre lieu au alentours du solstice d'hiver. Les solstices sont donc des moments d'unité et de cohésion entre les trois types de poneys.
Par contre, aux équinoxes, à mi-chemin des solstices, les dissensions resurgissent :
  1. Au printemps, alors que les poneys s'appliquent à enlever la neige des paysages, sortir les animaux des terriers (eh ouais, la nature de MLP est profondément assistée) au cours du grand Winter Wrap-Up, autrement dit le ménage de printemps, ou plutôt le lessivage de l'hiver. La tradition veut qu'on ne puisse pas se servir de magie. Autrement dit, pour une journée, les licornes sont ramenées au statut des Earth Ponies. Au grand désavantage de Twilight.
  2. A l'automne, les poneys doivent faire une course afin de faire tomber les feuilles des arbres (quand je vous dit que la nature est assistée. Je vous ai pas encore parlé des Pégases qui ont une machine à fabriquer des nuages... Et qui sont payés, pour... débarasser le ciel des nuages ? Okay, la notion de conflit d'intérêt n'en est encore qu'à ses débuts en Equestria). Ce faisant, Rainbow Dash et Applejack se lancent un défi afin de savoir laquelle des deux est la plus rapide. Néanmoins Applejack s'oppose à ce que Rainbow Dash utilise ses ailes. Un pégase est donc ramené à son statut de Terrien pour une course, et de même que pour le Winter Wrap-Up, cela se produit sur un équinoxe(supposé), au passage de l'hiver au printemps ou de l'été à l'automne.

(Pourquoi des fêtes solaires ? Je suppose que pour éviter la polémique en invoquant des manifestations religieuses, il s'agissait surtout de trouver des fêtes neutres qui puissent survenir sans que des talibans vous tombent dessus.)

Mais ça fait quand même beaucoup de parallèles, non, pour un dessin animé pour enfants ?

lundi 9 juillet 2012

EXTERMINATE !



Petite BD griffonnée pendant un épisode de Columbo (#34) dans lequel jouait Leslie Nielsen. C'était très bizarre. Déjà Leslie Nielsen, c'est Roger dans Mad Men : il est vieux et gris depuis sa naissance, on dirait. Ensuite, vu le rôle que celui-là jouait dans la série des Y'a-t-il un flic… (et le cultissime Y'a-t-il un pilote dans l'avion), je m'attendais sans cesse à ce que l'épisode prenne un tour monstrueusement comique.
Vous aurez reconnu les Daleks, antagonistes de la série Doctor Who.
Vous avez pu admirer mes capacités de Berserk, entre autres, sur ma critique d'Okhénia. Il faudra d'ailleurs, avant que je m'attelle au tome 2, que je publie un addendum : cette bande dessinée était destinée à deux dessinateurs avant Alice Picard. J'ignore pourquoi ils ont quitté l'aventure ou même qui ils étaient. Il n'empêche que je peux facilement imaginer qu'elle ait été adaptée dans une urgence très inconfortable, à la fois pour le scénariste, qui espère enfin que son travail se concrétise (il semblerait que le hiatus ait duré des mois, voire des années) le dessinateur (qui arrive après deux de ses compères) ou l'éditeur, qui espère enfin faire aboutir un projet dans lequel il a sûrement déjà perdu de l'argent. Je pardonne sans peine qu'on ait "bâclé" cette BD, ou plutôt qu'on n'ait pas été trop attaché à ses petits défauts, dans la mesure où le sentiment général qui devait accompagner son achèvement était "ouf, c'est fini". Néanmoins je doute que cette excuse soit recevable pour le tome 2, que je n'ai toujours pas lu. En outre, j'ai appris qu'à l'origine le titre était effectivement Océania, mais qu'il était déjà pris par un livre jeunesse, ce qui fit renommer la saga pour des questions de droits et de confusion.
Ces excuses ne changent pas le contenu du livre, mais ne pas les présenter maintenant que j'en prends plus ample connaissance (j'aimerais bien savoir à qui était destiné Okhéania en premier lieu, par exemple) serait faire preuve de mauvaise foi.
Dans les faits, je deviens de moins en moins hargneux. J'ai de plus en plus de mal à détester les choses avec vigueur. Je regarde The Amazing Spider-Man, je me dis, c'est pas mal pour un Spiderman. Je veux dire, je ne m'attendais pas à des dialogues d'une complexité phénoménale, ni à des discours philosophiques, ni à une beauté plastique impressionnante ; alors de quoi me plaindre ?
J'écrirai peut-être un truc sur le relativisme profond dans lequel je plonge : il y a de moins en moins de choses que je veux vraiment défendre ou que je veux vraiment attaquer. A part Excalibur et Scrubs, bien sûr que je défendrai toujours mordicus avec plus de mauvaise foi qu'un pirate défendant la légalité de son téléchargement de X.Men.Origins.DvdRip.avi.

vendredi 6 juillet 2012

Tolkien, magie, religion ; TL;DR.

AVANT-PROPOS
Pour ceux qui ne le sauraient pas "TL;DR." Signifie "Too Long, Didn't Read", i.e. "Trop long, pas lu". Ceux qui le savent déjà, ne vous moquez pas. Peu importe combien de temps on zone sur internet, si on reste dans une sphère francophone on n'aura pas les mêmes reflexes ni les mêmes références. Ni les mêmes memes, mais c'est un autre débat. "TL;DR" peut être à la fois une réponse à un post trop long qu'on n'a pas envie de lire mais également comme une conclusion d'un texte où l'on résume son propos à l'égard des gens pressés.
J'avais écrit un long article sur Tolkien, la magie et l'histoire des religions. Il semblait un peu long et ardu, surtout pour le début. Il serait donc opportun que j'en fasse une version résumée, ou pour ainsi dire, un TL;DR. à l'égard des lecteurs avides de connaissances mais néanmoins plus occupés que l'humble chômeur qui présente ce texte à leur jugement.
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Dessin par moi.

Commençons donc.
Tolkien, patriotique fervent, toujours un petit God Save the Queen prêt à couler de sa lèvre, a toujours regretté que sa "beloved country", l'Angleterre, ne dispose pas de mythes fondateurs de sa propre fabrication, comme il le dit dans sa lettre #131 : « I was from early days grieved by the poverty of my own beloved country: it had no stories of its own » (Lettre #131) Tous les peuples germaniques sont censés en avoir un. Le Nibelungenleid en Allemagne, Les Edas (dont Tolkien est grand fan) dans les pays nordiques, le Kalevala en Finlande, etc. Il y a bien les légendes arthuriennes et celle de Beowulf, mais il les rejette parce qu’elles sont trop imprégnées de christianisme à son goût.
Son œuvre peut donc être perçue comme païenne, ou comme simili-païenne, puisqu’il refusait les mythes arthuriens comme trop chrétiens, il n’aurait certainement pas donné une teinte catholique à son histoire, s'il considérait que cela dénaturait les histoires.
D’ailleurs la religion, qu’en est-il dans les livres de Tolkien ? Il y a des dieux, les Valar ; leurs "assistants", les Maiar ; un créateur du monde Illuvatar (le père de toutes choses), et un « démon », Melkor, i.e. Morgoth(qui est un Maia, également Faux, Melkor ne fait pas partie des Maiar, mais pas des Valar non plus. C'est donc un Ainu, puisqu'il est venu en Arda et a lutté pour la conquérir mais ne faisant pas partie des Valar, de par sa rébellion. Il n'est pas nommé [on le désigne par l'épithète Morgoth] et est toujours opposé aux Valar, d'où ma confusion. Il a les mêmes puissance et génèse que tous les autres Ainur [i.e. les valar] mais ne fait pas partie de ceux-ci : "Melkor's powers were originally immense – greater than those of any other single Ainu. He shared a part of the powers of every other Vala, but unlike them used it for domination of the whole of Arda. To accomplish this Morgoth dispersed his being throughout Arda, tainting its very fabric; and only Aman was free of it. His person thus became ever more diminished and restricted." [lien], merci Antoine). Néanmoins ces dieux ne sont pas sujets à discussion. Ils ont créé le monde, point barre, il n’y a pas à avoir de religion différente (quoique certains hommes se prosternèrent devant Melkor et “Illuvatar fut banni de leur cœur”… ce qui ressemble fort à du satanisme, non ? Les gens qui se détournent du Dieu créateur pour adorer le méchant. Bon, faudra que je relise le Silmarillion). Personne ne croit en des dieux différents, et personne ne peut nier leur existence puisque la simple présence de Sauron au Mordor, atteste de la véracité de cette histoire, de même que le témoignage des elfes. Les elfes, dont Galadriel, sont entrés en contact direct avec les Valar et les Maiar Je veux dire, on peut bien ne pas croire à Melkor, n’empêche qu’il y a un type doté de pouvoirs hallucinant qui était un de ses serviteurs, donc bon, difficile d’être athée dans un monde pareil.
[N.B. : Vala et Maia, au singulier ; Maiar et Valar, au pluriel]

Vous vous souvenez de la voix off au début du film 1 du Seigneur des Anneaux ? « L’histoire devint une légende, et la légende devint un mythe » ? Il n’y a pas de fausses histoires dans le seigneur des anneaux, juste des histoires vraies qu’on prend pour des légendes. Typiquement le cas des Ents : tout le monde les connaît, personne ne croit plus à leur existence, simplement parce qu’on ne les a plus vu depuis longtemps. Sylvebarbe ? Ah, tiens il existe pour de vrai ? Les gens pourraient élaborer des légendes complétement farfelues, et pourtant ils s’en tiennent à des histoires vraies, même s’ils ne le savent pas.
Il n’y a donc pas de religion explicite en Terre du Milieu. Et pas de dimension du choix de sa religion, point pourtant central du christianisme.
Pourtant Tolkien est catholique. Il y a forcément un conflit latent entre
  1. Son envie de créer un "mythe fondateur" paien ou en tout cas d'en imiter la forme
  2. Et sa religion, lui qui est un fervent catholique, statut toujours marginal en Angleterre.
 Il prétend en tout cas, que cette absence de religion est là pour dissimuler le fond CATHOLIQUE de son œuvre :

« The Lord of the Rings is of course a fundamentally religious and Catholic work; unconsciously so at first, but consciously in the revision. That is why I have not put in, or have cut out, practically all references to anything like ‘religion’, to cults or practices, in the imaginary world. » (Lettre # 142, au Père R. Murray)

Bon, il écrit à un curé, donc il faut tempérer ces jugements, qu’il ne tiendrait probablement pas devant un autre interlocuteur. Surtout WTF le seigneur des anneaux catholique, me direz-vous ? On trouve en fait plusieurs exemples assez marquant, notamment quand on voit que Tolkien avait rédigé un avé Maria et un Notre Père en elfique ! [disponible ici]
Le Seigneur des Anneaux a pourtant un fond très catholique

  1. Melkor, un Ainu, qui se rebelle contre le dieu créateur et lève des hordes de fidèles, d'orcs (i.e. des elfes corrompus), et cherche à attirer les humains de Numenor dans la rébellion, ainsi que les elfes en Terre du Milieu (il suffit de voir le serment de Fëanor dans le Silmarillion).
  2. Le Mal n'est donc pas simplement l'absence de bien ou l'immoralité, mais bien un principe en lui-même, présent depuis la création du monde, et qui participe de la divinité. Illuvatar qui s'adresse à Melkor : "Tu apprendras qu'aucun chant ne peut être chanté, qui ne vienne de moi."
  3. On retrouve dans LotR l'idée (assez chrétienne, tout de même) que le suicide est condamnable en deux occurrences :
    1. La plus évidente : le bûcher de Denethor, et la condamnation que fait Gandalf du sort auquel l'intendant du Gondor condamne son fils Faramir en le mettant sur le bûcher avec lui  "Il ne se réveillera plus, dit Denethor. La bataille est vaine. Pourquoi désirerions-nous vivre plus longtemps, pourquoi n'irions-nous pas à la mort côte-à-côte ?  – Vous n'avez pas autorité, Intendant de Gondor pour ordonner l'heure de votre mort, répliqua Gandalf. Et seuls les rois païens, sous la domination de la Puissance Ténébreuse, le firent, se tuant dans leur orgueil et leur désespoir et assassinant leurs proches pour faciliter leur propre mort."(Le Retour du Roi, livre V, chap. VII : le Bûcher de Denethor) Notez qu'il en profite pour tacler les "rois païens", quelle que soit la VO, il décrie le suicide, et la pratique de mourir sur le bûcher funéraire d'autrui (la sati hindoue, par exemple, mais également peut-être Gutrune qui se jette sur le bûcher de Siegfried dans le Crépuscule des Dieux ?). Remarquez également que les pratiques "païennes" sont inspirées par la Puissance Ténébreuse. C'est au fond ce que dis Saint-Augustin dans la Cité de Dieu : les païens ne vénèrent pas des dieux inexistants, mais des démons, aux pouvoirs bien réels.
    2. La seconde, moins évidente, est le "rappel" de Gandalf. Il dit lui même mourir après son combat contre le Balrog dans les profondeurs de Kazad-dûm, mais que sa tâche n'étant pas accomplie, il a été "rappelé" sous une forme supérieure afin de terminer son rôle dans la guerre de l'Anneau. Une fois son rôle accompli, il part pour les terres immortelles de l'Ouest. Autrement dit : il n'appartient pas à l'individu de mourir quand bon lui semble, il doit accepter sa mort, mais ne pas chercher à la provoquer
  4. Le démon ne peut pas créer, il peut seulement imiter la création et la pervertir. Les orcs sont des elfes transformés par Melkor, ainsi il est écrit :
    1. "Les orques ne mangent-ils et ne boivent-ils pas, ou ne vivent-ils que d'air vicié et de poison ?
      – Non, ils mangent et ils boivent, Sam, l'Ombre qui les a produits peut seulement imiter, elle ne peut fabriquer : pas de choses vraiment nouvelles. Je ne crois pas qu'elle ait donné naissance aux Orques, elle n'a fait que les abîmer et les dénaturer." (Le Retour du roi, VI, chap. 1 : la tour de Cirith Ungol)

Pourtant de nombreux éléments montrent qu'il cherchait cette teinte païenne et voulait imiter leur forme et leur fond, même en y ajoutant un message chrétien :

  1. Gandalf, un des personnages principaux,  dont le nom signifie « elfe à la baguette magique », peut être rapproché du personnage d’Odin pour de nombreuses raisons : 

  2. ● Un aspect semblable, vieux, barbe grise, manteau gris et chapeau à larges bords, immensément sages, tous deux sont les magiciens par excellence.
    ● Tous deux errent de par le monde, parfois avec un cheval exceptionnel (Sleipnir et Shadowfax)
    ● Les deux subissent une mort qui a une vertu initiatique (pendaison à l’Yggdrasill et le pont de Khazad-dûm)
    ● Gandalfr est un nom en vieil islandais
  3. Et, comme dit plus haut, il rejettait les légendes arthuriennes et de Beowulf, parce qu'elles étaient trop ouvertement chrétiennes. Par conséquent, il a évacué la catégorie "religion" de son histoire, pour éviter d'en saboter le ton, malgré les quelques teintes catholiques qui y restent.
  4. Malgré le fait qu'il y ait un créateur du monde (Eru, Illuvatar), il n'intervient pas dans l'histoire, seuls les elfes, les maiar et les valar sont protagonistes. C'a donc une teinte profondément polythéiste (c.f. Silmarillon)
Il y a donc une opposition latente entre le christianisme (religion universelle, tout le monde peut devenir catholique et être sauvé) et les mythes identitaires païens (qui ne se rattachent qu'à un peuple). Entre la forme et le fond.
Pourtant on trouve quand même une trace de cette dichotomie dans l'usage de la magie : alors qu'un mythe identitaire n'est rattaché qu'à un peuple, la magie (qui prend un peu la place de la religion) n'est dans le Seigneur des Anneaux, possible que pour ceux qui disposent de sang Elfique : Aragorn, par exemple, et son usage de l'herbe de Roi. La magie est donc réservée à une ethnie, de même que les mythes identitaires.

Après vous en faîtes ce que vous voulez, de ce parallèle.


dimanche 1 juillet 2012

YO-HO-HO ET UNE BOUTEILLE DE RHUM



Je sais que j'en ai déjà causé, et qu'il y aura redite. Désolé.
Moi aussi, j'aimerais bien que le Parti Pirate se manifeste à moi autrement que par des clowns pseudo-libertaires. Mais je n'ai pas de chance : je tombe toujours sur des Gorgias au rabais qui veulent à tout prix télécharger leurs films et leurs séries et convoquent tous les arguments possibles, fussent-ils contradictoires, pour venir en aide à leur petite marotte. Or, comme disait un certain Romain : "moi aussi, je télécharge, c'est pas pour autant que j'en fais un parti politique."
Ce qui est dommage, c'est que je suis même d'accord avec nombre d'autres doctrines professées par le Parti Pirate (laïcité, humanisme, transparence politique, moins de surveillance de la part de l'Etat) mais que le coeur de leur doctrine, comme on le voit au sein de leurs militants, reste le "piratage" et les moyens de le justifier. Bon, vous me direz : ils s'appelent "parti pirate", pas le parti "laïc" ou "humaniste" ou "libertaire", alors c'est cohérent.
Quand je dis qu'ils convoquent tous les arguments, c'est TOUS les arguments : la culture appartient à l'humanité, et d'abord les majors volent les artistes, et d'abord la musique c'est trop cher, et d'abord la musique des majors c'est de la merde, et d'abord je devrais avoir le droit de la télécharger puisque c'est un bien non-rival, et d'abord personne devrait posséder la culture, et d'abord c'est la société qui devrait la posséder. On s'approche beaucoup de Freud parlant du déni : "Tu ne m'as jamais prêté de marmite. Et puis je te l'ai déjà rendue. Et elle était toute percée." Chacune de ces excuses pourrait fonctionner indépendamment. Ensemble, elles s'auto-détruisent.
Rappelons ce que disent les Pirates dans leur programme (je mets le programme Helvète, j'imagine que ce n'est pas tant différent d'ailleurs, malgré la variété inhérente à ce parti, vu le peu de culture commune, i.e. télécharger illégalement. En passant : sixième ligne c'est écrit "jetter". Bravo, les mecs.) :
Les Droits d'Auteurs doivent revenir à leur situation initiale. Les lois doivent être changées de façon à ce que seule l'utilisation et la copie commerciale d'oeuvres protégées soit régulée. Le partage de copies ainsi que l'utilisation générale d'oeuvres dans un cadre non-commercial ne devrait jamais être illégal puisqu'une telle utilisation équitable bénéficie à toute la société
"Toute la société", dans la vulgate des pirates veut trop souvent dire "tout le monde sauf les auteurs et ceux qui ne piratent pas". Ils disent également plus loin que le partage de fichier devrait être légalisé "dans les deux directions". Quoi, entre un connard et un autre connard ? De quelle "deuxième direction" ils parlent ? Ils volent les producteurs, qu'est-ce qu'ils rendent ? Que dalle. Là, j'ai pas compris.

Parlons donc des droits d'auteur. Pour commencer – contrairement à ce que veulent vous faire dire les pirates – on autorise des "entorses" au droit d'auteur, même du côté de ses défenseurs. Ou plutôt ce ne sont pas des entorses, puisque le consentement de l'auteur est généralement requis (ce qui fait que son droit à disposer de son oeuvre est maintenu) mais c'est plutôt une suspension de la rémunération.  Typiquement le droit de citation. Il est justifié dans un contexte :

1) De critique (de cinéma, musique, ou autre). Il parait difficile d'apprécier la qualité d'un film en n'en parlant absolument pas, et encore plus dur d'en faire part au lecteur. Puisque les succès peuvent dépendre de ces relais que sont les critiques, il parait difficile de les blâmer pour cela. On peut parler des films sans évoquer leur contenu, mais ce sera à leur détriment. Aucun réalisateur ou producteur ne s'est emporté contre les critiques de cinéma, étonnamment. Qu'on prenne quelques images du film pour illustrer celui-ci, qui s'en plaint ? Personne. Le pirate voudrait donc user de cette liberté et l'étendre jusqu'à lui.
 C'est le fameux argument "j'te fais de la pub" que certains sont venus rabâcher à la gueule d'Alexandre Astier sur Twitter :
"Pas de dl gratuit = moins de transmission = moins de gens qui découvrent Kaamelott = moins connu = moins de ventes = marche moins." – @PetitSeb7
Sauf que le pirate ne fait pas vraiment de la pub : il consomme l'oeuvre et en relaie simplement le contenu un peu plus loin, à un de ses potes qui , lui aussi, va télécharger en se disant "je fais de la pub". Sauf que s'ils font de la pub parmi des gens qui pensent comme eux, en espérant vaguement que cela touche finalement quelqu'un qui ne partage pas leur principes et achètera effectivement le produit, cela n'a aucun bénéfice pour le producteur. Autrement dit : si tout le monde pensait comme eux, leur argument s'effondre puisqu'il n'y a plus que des gens qui se "font de la pub" entre eux sans reverser un centime. Par conséquent, la célébrité du produit augmenterait énormément, mais sans faire gagner un sou à ses auteurs. Il y a ici une application à faire de l'impératif catégorique : supposons que votre argument "j'te fais de la pub" tienne effectivement la route, et appliquons-le à tout le monde. L'auteur se retrouve célèbre et pauvre puisque plus personne n'achète. C'est donc que ce principe s'appuie sur l'argent des gens qui ne partagent PAS ce principe. Par conséquent on peut difficilement considérer cela comme la base d'une moralité générale puisque si on étend son application, il s'effondre.
Prêtez-moi attention : je ne fais pas usage du sophisme de la pente glissante. Je ne dis pas "si on commence à pirater, ben après tout le monde il piratera et on sera pauvre", non. Je dis simplement que si ton comportement dépend pour être moral de l'action de gens qui font parfaitement le contraire de ce que tu fais, c'est toi le problème, pas eux. Si tu voles dans un magasin en affirmant ensuite "ouais, mais il va pas mourir, le vendeur, y'a plein de gens qui lui achètent ses produits", c'est idiot. Ils agissent bien, et toi tu ne le fais pas. Le vendeur pourrait se passer des voleurs, il ne pourrait pas se passer de ceux qui lui achètent ses produits.
De même, on pourrait se passer des pirates. Leur utilité, ils se l'inventent. Ils prétendent qu'ils aident à la popularisation des oeuvres, mais, comme c'est surprenant, ils ne popularisent que celles qui sont déjà populaires au possible et qui ont déjà eu un gros travail de promotion derrière ! Une putain de culture de blockbusters ! Ils confisquent le succès, ils ne le créent pas.

2) Universitaire. Comme vous avez pu le constater dans mon mini-mémoire de socio des religions, j'ai cité plein d'autres ouvrages, comment aurait-il pu en être autrement ? Comment aurais-je pu connaître les Etats-Unis du XVIIIe sans me référer aux oeuvres de gens qui eux-mêmes se référaient aux sources de l'époque ? Je ne pouvais pas réinventer l'histoire, ni la sociologie. En sciences humaines, la citation est la loi et le plagiat, un crime. Un universitaire ne tirerait aucun profit de la prolifération de son oeuvre, mettons un article. Que cet article soit publié dans une revue est excellent, qu'il le soit dans plusieurs serait stupide : les revues s'enorgueillissent de leur contenu et de l'exclusivité/originalité de celui-ci. Par conséquent, il est inutile d'en multiplier les émissions. Quelqu'un doit pourtant bien payer pour y avoir accès : les comités de lecture, le travail de selection et de rigueur, ça demande du temps. La plupart des universités investissent dans des bases de données ou des abonnements à de multiples revues afin que leur personnel puisse avoir accès à cette masse de savoir, qui est considérée comme un patrimoine commun s'enrichissant des contributions particulières.

Pour autant ils n'estiment pas y avoir automatiquement droit gratuitement. En outre, il ne sauraient se vexer qu'on se serve de leur travail ou qu'on le cite pour conforter un travail ultérieur – tant qu'ils sont cités – puisque c'est un peu le concept, et qu'ils étaient d'accord de s'y exposer et d'y contribuer. Par contre ils s'opposeraient contre la publication intégrale et non-payée de leurs articles dans d'autres revues. Les cinéastes, à plus forte raison, n'ont pas donné leur accord pour cette utilisation de leurs oeuvres, puisque c'est un système bien différent, ni pour que leurs films soient balancés en entiers sur la toile.
Le pirate aimerait étendre cette vision au monde… Du cinéma. 'Faut pas vous étonner, ils veulent juste télécharger, je vous le rappelle. Alors la Culture (majuscule) serait vue comme appartenant à l'humanité et ce serait la freiner que d'empêcher la copie, vu qu'après tout c'en est une facette indispensable ! Ce qui nous amène au troisième point :

3) la Parodie. Elle est défendue par le code de la propriété intellectuelle, de même que le reste. Il est toléré dans une certaine mesure qu'on use d'extraits d'oeuvres qu'on veut pasticher, dans un contexte de parodie, de satire tout comme dans celui de la critique. Pas parce qu'on s'imagine que l'oeuvre va avoir un succès grandissant grâce à cela (même si c'est parfois le cas) mais bien parce que ça appartient à la liberté d'expression. Et parce que si on n'avait pas le droit de parler d'une oeuvre, bon, quel intérêt de vouloir la diffuser ? Le pirate justement pleure, affirme qu'ACTA et ce genre de trucs va nous empêcher de faire quelque parodie que ce soit. Plus jamais ne verrons-nous de fanfictions, ni de fanarts ! Franchement, il essaie de vous faire croire qu'il est attaché à ses fanfictions. Mais lol, mec, quoi.
Nul ne conteste le droit à une certaine souplesse du droit d'auteur dans ces domaines, parce qu'ils procèdent de logiques différentes, voire divergentes, et qu'elles se justifient parfaitement dans leur champ d'action. Le pirate veut l'étendre en dehors de ce champ d'action. Quel serait le sens d'admettre qu'on a le droit de piquer des morceaux de film comme des articles de l'American Review of Sociology ? Quel sens ça aurait de comparer le fait de mettre un fichier sur TPB et celui d'illustrer une critique de Moonrise Kingdom par une image de ce film ? Ce n'est clairement pas la même échelle, ni le même domaine. Pourquoi le pirate manquerait-il de bon sens à ce point ? Penchons nous sur ses arguments.

Faux dilemme : pas de blagues de toto OU BIEN pas de droits d'auteur.

On nous pousse : vous voulez défendre le droit d'auteur, soit, mais alors, quelle différence avec les blagues, pas vrai ? Une blague, y'a des gens qui sont payés pour en produire, des comiques. Donc si tu la racontes à leur place, tu leur prends leur gagne-pain, pas vrai ? Et les paroles de chansons ? Elles sont sous copyright, alors tu devrais pas avoir le droit de les chanter sous ta douche pas vrai ?
On aurait bien envie d'aquiescer que c'est logique, puis on se rend compte que non : il n'est absolument pas logique de parler de cela en ce lieu. Aucun comique ne se plaint que les gens racontent des blagues, ni les musiciens que les gens reprennent en choeur leurs chansons pendant les concerts. Donc il n'y a effectivement pas de problème autour de la diffusion des blagues et des paroles de chansons, dans un usage non commercial toutefois. Puisque personne ne s'en plaint la vraie question n'est pas "pourquoi les blagues de toto ne sont pas sous copyright" mais bien "quelle différence entre les blagues de toto et le dernier album de Jay-Z" ?
Dans un débat qui partait du fait que quelqu'un s'était fait tatouer un dessin de TanXXX sans lui demander et sans reverser un sou, et qui avait dérivé sur les habituels "mais non, t'es dessinateur tu vis ton rêve" ou "tu es un méchant capitaliste" quelqu'un a invoqué cet "argument des blagues". Boulet a répondu, résumant mieux que je ne saurais le faire :

Merci Boulet.
Pourquoi les pirates tentent-ils de vous placer dans la posture de quelqu'un qui voudrait interdire de se raconter des blagues, au-delà de vouloir vous diaboliser ? Pourquoi prenez-vous les blagues de toto en otage ? Rendez-nous Toto ! Il ne vous appartient pas ! Il vit dans le coeur de tous les hommes libres !
C'est une figure de rhétorique qu'on dénomme souvent sous le nom de faux dilemme. On voudrait vous faire croire qu'il n'y a que deux (ou trois, ou quatres) possibilités, et de montrer que seule la sienne est viable, alors qu'il en existe des centaines d'autres. En prenant ainsi les blagues de toto en otage le pirate affirme qu'il n'existe que deux camps. Soit :
  1. On accepte le droit d'auteur, alors on ne peux plus raconter de blagues, ni chanter de chansons, ni de citer des articles universitaires, ou de faire quoi que ce soit.
  2. Soit on accepte que le droit d'auteur, c'est idiot. Et voilà, j'ai le droit de télécharger, puisqu'il n'y a aucune différence entre mater Walking.Dead.S03E08.DvdRip.avi et citer un article de Chaves dans un travail de sociologie.
Alors que c'est un putain de faux dilemme, il existe des milliards de solutions composites entre "considérer que le téléchargement gratuit est légal" et "considérer qu'il est illégal de raconter des blagues". D'ailleurs nous vivons dans une de ces solutions, de part la tolérance envers certaines entorses au droit d'auteur. Mais le pirate s'en fout, il veut pousser la "logique" jusqu'au bout et de sa rhétorique vide, il pousse les frontons hargneux de sa volonté jusqu'à ce moment où il semble avoir montré que tout lui est dû, et qu'il n'a pas à payer les artistes en retour. Vous voulez avoir le droit de citer un article de sociologie, ce qui est indispensable à votre travail, puisque vous n'allez pas réinventer la discipline ? Alors vous devez m'autoriser à télécharger. Vous voulez raconter des blagues ? Vous devez m'autoriser à télécharger. Vous voulez chanter sous la douche ? Vous devez m'autoriser à télécharger. Alors qu'il n'y a pas de lien entre les deux. Il y a une énorme différence entre une parodie, une citation scientifique ou une blague de toto avec la diffusion gratuite, totale et intégrale d'une oeuvre, mais le pirate fait semblant de ne pas le voir. Fi, vous dit-il, un esprit aussi altier ne saurait traiter des questions de quantités. Le pirate est une conscience suprême qui plane dans les cieux et ne travaille qu'avec les absolus. Ne parle qu'en absolus ? Prétend que tu es avec lui ou contre lui ?…



…ET LA LE PIRATE JOUIT DANS SON SLIP DE PETIT LIBERAL-LIBERTAIRE EN BAS ÂGE. Parce que j'ai mis treize secondes d'un film qui se trouvaient sur Youtube, les pirates affirment que je suis un sale petit hypocrite, que les principes, c'est bien beau mais que voilà personne les applique et que "fais ce que je dis, pas ce que je fais" et qu'il n'y aucune différence entre insérer cette vidéo Youtube avec le fait de regarder intégralement le film, d'en graver des copies et de le mettre en ligne à disposition de millions d'inconnus. ALORS QU'IL Y A UNE DIFFÉRENCE. Personne ne comprend cet extrait (ou ne peut même savoir de quoi il s'agit) sans avoir vu les films. Si regarder treize seconde du film vous donnait la même satisfaction que le regarder en entier, alors je ne vois pas ce que fait la version entière en ligne, contentez-vous des treize secondes et arrêtez de défendre le piratage. En outre, cet extrait est tiré du troisième volume de la "prélogie Star Wars" qui est elle même une grosse entorse au droit d'auteur. Un certain Lucas George s'est approprié la franchise Star Wars (qui avait été élaboré par le cinéaste bien connu George Lucas) et prétendit en faire un prequel dans lequel il massacrait tous les personnages de la susnommée saga Star Wars. Par conséquent, devant un tel non-respect du droit d'auteur je m'estimais libéré des égards nécéssaires en l'occurrence.
Blague à part, le pirate est tellement fier d'user de l'argument ad hominem qu'il a joui partout en découvrant que je citais, de mémoire, le contenu d'une émission de radio dans un de mes articles, soi-disant sans en indiquer l'auteur :
Et il réitère, fier de sa trouvaille :

Le fait que l'émission de radio soit payée par les impôts des citoyens romands(ce qui explique sa gratuité apparente), que cette émission soit disponible gratuitement sur le site de la RTS, que je mettais dans mon article le lien jusqu'à l'émission, où vous trouviez sans peine le nom des intervenants et des animateurs, non, le pirate n'en tient pas compte. Et lorsqu'on lui fait remarquer l'absurdité de comparer les deux situations, étant entendu que l'auteur est cité :


…C'est donc à moi de me prémunir contre l'idiotie et le dilettantisme de mes lecteurs ? C'est pas gagné. Comme le pirate en question donnait dans l'argument ad hominem, à savoir regarder quelles entorses je au droit d'auteur je commettais, et qu'en outre il était pas foutu de lire plus de trois lignes de mes articles,  j'estimais que le débat ne valait plus la peine. Ma moralité personnelle n'y a rien à voir. Le débat sur ce qui est juste n'a pas à être mené par des anges pour être valide. Confondre les propos et l'auteur, c'est donc bien un argument ad hominem, ça faisait trop de sophismes pour moi.
Le fait est que des gens travaillent, et que d'autres profitent de leur travail et ne reversent rien en retour. Et comme le dit Boulet :

Métaphore à géométrie variable.

J'avais parlé de la difficulté d'user de métaphores dans ce débat, difficulté résumée par Gally dans le "point boulangerie" :


J'en causais déjà ici, si l'on m'autorise à me citer sans honte :

Toute métaphore fait abstraction d'éléments parfois essentiels avant de poser un signe "égal" entre deux choses. D'où son côté généralement inadéquat dans une argumentation. On voit souvent les adeptes du piratage disqualifier les accusations qui leur tombent dessus (principalement contrefaçon et vol) en arguant la différence de support. Qu'il est ridicule de parler de baguette de pain dans ce monde informatisé ! "En téléchargeant, je n'ai rien détruit ou soustrait, je n'ai fait que multiplier une œuvre", peut-on lire ici ou là. Argument des biens non-rivaux, évoqué également dans la vidéo de l'Ermite Moderne sur la fermeture de Megaupload. Le pirate n'a aucune peine en général à dire que le changement de support change absolument tout, en arguant toutefois que le piratage c'est
  • "la même chose qu'enregistrer un film à la télé"
  • "la même chose qu'emprunter un livre à la bibliothèque"
  • "la même chose qu'enregistrer une cassette à la radio"
  • "la même chose qu'acheter des trucs d'occasion, qui ont déjà rapporté de l'argent à l'auteur et n'en rapportent plus"
Alors que non, c'est pas la même échelle, il faut pousser loin pour croire que prêter un CD à un ami c'est la même chose que mettre un single à disposition de millions d'inconnus.

De la même manière, alors qu'on vous explique que l'oeuvre n'est pas la même chose que son support, que la carte n'est pas le territoire, que le roman et le livre c'est pas pareil, on arrive toujours à vous sortir des énormités pareilles :


O_O
Etonnement.
Je suppose que dans sa métaphore, le pirate veut dire que quand il va à Ikea, il se barre gratuitement avec une chaise. Parce que dans le cas contraire, mon petit gars, tu dois AUSSI payer Ikea. Cette métaphore est tellement stupide : je veux dire, c'est quoi l'équivalent d'Ikea pour des dessinateurs de BD ? Et pourquoi est-ce qu'il parle d'Ikea comme d'un endroit magique où on pourrait aller se servir, sans "payer pour avoir ce qu'on veut" ?
Mais non, rien à voir, nous dit-il aucun rapport entre un ébéniste et Ikea. Par contre, l'ébéniste et le dessinateur, c'est pareil :

Magistral. Pas de différence entre un ébéniste et un dessinateur. Donc pas de différence entre un ébeniste et un cinéaste, je suppose. Autrement dit Peter Jackson, Scorcese ou Spielberg devraient passer leur vie à faire des travaux de commande, et à réaliser des clips publicitaires ou à filmer l'anniversaire de gosses de milliardaires. Passant un instant sur ces absurdités, je m'interposai : tous les achats consistent à s'emparer d'un produit fini qui correspond à nos besoins.  Dans les deux cas, ikéa comme ébéniste, tu paies pour avoir un produit fini, et tu ne paies pas des "compétences" hypothétiques. Quel genre de personne débarque dans un atelier et hurle "oh mon dieu, vous avez des compétences, c'est de la folie !" avant de jeter des liasses de billets au visage de notre ébéniste stupéfié ? On paie une chaise pour avoir une chaise, point barre. Quelle différence entre acheter une table à un ébeniste ou à Ikea ?
…La personnalisation. C'est tout. Le fait que l'ébéniste est un artisan, et donc un statut particulièrement différent, on s'en fout, tiens. Le fait que dans les deux cas on doive payer ne met pas la puce à l'oreille de notre vaillant pirate. Quel maître de la métaphore. Je me scandalisai donc, personne ne paierait…
(vous excuserez la faute d'orthographe de ma part, sic. Sic et resic.)

"Tu vois, c'est comme un ébéniste, sauf que tu les paies pas."

Le fait est qu'on ne paie pas le travail, mais le fruit du travail, et le droit de l'utiliser(coucou Marx, je sais que ça te fait chier, mais c'est comme ça). Et ça, ça ne change pas. Quel est le problème dans la vision du pirate ? C'est qu'il estime que le fruit du travail des artistes, puisque facilement copiable, peut être acquis gratuitement. Imaginons que la doctrine des pirates soit la règle en notre monde : plus aucun éditeur ne financerait quoi que ce soit, puisqu'il n'aurait aucune assurance de récupérer son argent. Par contre, le dessinateur a toujours besoin d'argent, afin de ne pas mourir de faim, et ce genre de désagréments. S'il n'a plus d'espoir de trouver de l'argent en son travail artistique, que fera-t-il ?
Soit il se fait salarier par quelqu'un qui aime bien le voir transpirer sur ses planches, ce qui est plutôt rare, convenez-en, malgré le mythe pirate suivant lequel on "gagnerait" à lui passer des commandes. S'il vit de ses commandes, alors c'est qu'il fait de la BD pour le fun et survit autrement. Ca ramène la BD au rang de loisir, une fois que le loyer est payé en accomplissant les caprices de quidams. Défenseurs de la culture, les pirates.
Soit il doit faire "de l'alimentaire", et ce sera très souvent un autre métier.
Par conséquent, ils voudraient condamner les artistes à devoir gagner leur croûte et ne plus produire que sur leur temps libre. Beaucoup moins de temps pour produire, des contraintes en plus, et en face des abrutis ricanants qui t'arrachent des mains tout ce que tu arrive à produire sur la marge de ton quotidien. Ils ne proposent pas d'alternatives, ils volent, et tant pis pour ta gueule. Ils veulent faire plonger la culture au niveau de l'amateurisme.
Et ils prennent la pose de ses défenseurs.
Seigneur dieu.

Mais bon sang, un seul exemple, regardez seulement la quantité d'énergie investie par l'équipe du film the Hobbit à travers les multiples vidéos qu'ils ont diffusées. Vous pensez sérieusement que ce film serait mieux si tous ces gens devaient avoir un deuxième boulot ? Comme le dit Sandra Cado :


Oh, et bien sûr, on est de mauvaise foi, quand on ose souligner que les achats cités ne concernent que des produits finis, et donc que personne ne paie pour du travail, mais qu'on paie le fruit du travail. Le pirate vit dans un monde magique. Il s'invente des fables où les ébénistes se font salarier, une fois recrutés par des patrons bienveillants ; ou alors qui enchaînent les missions, croulant sous les demandes. A condition qu'ils soient bons, bien sûr, dans le cas contraire, ils meurent de faim, c'est tout à fait normal. Et de la même manière, les dessinateurs, les cinéastes, les écrivains sont censés être magiquement salariés, j'imagine, puisqu'il n'y a "aucune différence entre un ébéniste et un dessinateur", non ?

Donc, d'après eux on gagne à jeter des liasses de billets à des gens qui "vivent du droit d'auteur", ah bon. J'aurais dû mieux regarder, alors, si c'était si rentable, je me demande pourquoi on ne le fait plus. S'ensuivit une passionnante liste de gens qui étaient salariés et "vivaient du droit d'auteur" comme par exemple les  développeurs informatiques, les journalistes, la Comédie Française et… Les acteurs de Secret Story (sic). Passons sur le fait que la Comédie Française, avec ses acteurs salariés, dispose d'un statut presque unique au monde, et qu'ils en sont bien conscients ; que les journalistes se vexent rarement qu'on reprenne leur travail ou qu'on le cite (tant qu'eux-mêmes sont cités) puisque leur rôle est bien souvent de produire et de diffuser de l'information. En outre, les journalistes d'information produisent des oeuvres évanescentes, appelées à se périmer rapidement. Quelle sorte de royalties imaginez-vous qu'ils touchent ? Dans quel contexte un article d'actualité serait réédité ? Puisque son utilisation est unique et sa publication à courte échéance, je doute qu'on parle du même type de droits d'auteur. De même pour les développeurs : peut-on vraiment dire qu'ils "vivent du droit d'auteur" ? Pour la publication en revue spécialisée, ça se rapproche du milieu académique que je décrivait plus haut, et vous pouvez y tirer les mêmes conclusions. Donc bien que le salariat soit loin, très loin d'être la norme dans les milieux concernés par les entorses au droit d'auteur, le pirate érige deux-trois exceptions en règle : comédie française, développeurs informatiques, journalistes (?). Pourquoi parle-t-on de développeurs, d'ailleurs ? Oh, probablement parce qu'ils le sont, ou alors ils sont informaticiens, étonnamment. Je ne veux pas discuter du fait que le code informatique soit un art ou non, mais c'est vrai que la question pourrait se poser en ces lieux.
Or les dessinateurs de BD ne sont pas salariés, du moins pas en Europe. Les avances que leur font les éditeurs sont des investissements, que généralement ils doivent rembourser sur lesdits droits d'auteur. En cas d'échec commercial, les contrats ne sont généralement pas renouvelés. Alors que personne ne nie la fragilité du système, et voudrait la pointer du doigt afin d'inciter le public à la modération, le pirate la reprend à son compte : Ah, regardez  ! On reverse peu d'argent aux dessinateurs ! Donc, ce système est pourri ! Il n'y a donc pas de problème à pirater !
Enfin, bref, je laisse tomber. Oh, pourquoi cet article s'appelle "YO-HO-HO ET UNE BOUTEILLE DE RHUM", d'ailleurs ? Parce que c'est ce qu'il me faut pour me consoler d'une discussion avec ces animaux.

Mais d'ailleurs, pourquoi on s'engueulait sur Twitter ?

Le débat émergeait du problème suivant : quelqu'un s'était fait tatouer un dessin de TanXXX (vieux de 8 ans, je crois) sans demander de permission ou quoi que ce soit. Elle râla. Ce qui gêna quelque peu nos  chers internautes, d'où un "débat" de merde. (cliquez, franchement, c'est désopilant)
En l'occurrence je prends le parti de TanXXX. Je sais ce que vous allez me dire : le tatouage c'est une utilisation privée d'un dessin. Vous allez même me dire que selon l'endroit, on ne peut pas faire plus privé que cela. Néanmoins, essayons d'imaginer le dialogue entre le fan tatoué et l'artiste :

– Bonjour, TanXXX, comment ça va ? Oh, au fait, je me suis fait tatouer un de tes dessins. Il m'a tellement marqué, que j'ai décidé de me le graver sur la peau pour toujours. C'est une telle beauté que je ne peux pas accepter d'en être séparée une minute.
– Euh, tu me filerais un peu de thunes, non, parce que je crève la dalle ?
– Non, mais ça va pas, qu'est-ce que t'es capitaliste. C'est pas parce que ton dessin m'a fait une telle impression que je le porterai sur mon épiderme jusqu'à la fin de ma vie que je vais te filer un centime. Par contre j'ai filé 200€ au tatoueur, il méritait bien ça, hihihi. ^_^

Donc non, des connards qui paieraient un tatoueur, qui se font graver un dessin sur la peau pour toute leur vie et qui refusent de filer un peu d'argent à l'auteur, non, j'ai pas envie de discuter avec ces gens-là.
Oui, le petit smiley est indispensable, histoire qu'on ait vraiment envie de vous tuer, la preuve :

Ce spécimen a émergé dans le débat sur la page Facebook de TanXXX.
Au-delà du fait que si les sacs à merde pouvaient s'exprimer, ils le feraient sans doute suivant ce langage, remarquez que le code de la propriété intellectuelle, c'est de la merde, parce qu'il faut le lire pour le comprendre. Ah bon. S'il faut "potasser" la loi, c'est que c'est de la merde. Il faudrait des lois simples. Comprenez : des lois qui laissent nos petits rednecks de l'internet en paix et les laissent télécharger leurs séries, et surtout qui ne demandent pas d'être connues, parce que le parti pirate, c'est le parti de l'inculture crasse. Notez la phrase "toi qui t'y connais si bien en droit, es-tu sûre que la jurisprudence n'autorise pas…"
Autrement dit : j'y capte que dalle, je trouve cette loi inique et je vomis des conjectures dessus quand même. L'ignorance fière d'elle-même.
La volonté – ou la conséquence de la stupidité – des pirates ; ces clones dégénérés du néolibéralisme, ces libéraux sans culture économique, ces libertaires sans culture politique, c'est de précariser les auteurs. C'est tout. Soit ils veulent le faire, soit ils le font sans s'en rendre compte, et c'est encore plus grave.
Leur grand leitmotiv de déculpabilisation ; c'est que la vie c'est dur pour tout le monde, que tout le monde doit faire de l'alimentaire, que tout le monde est censé se débrouiller dans la vie, mais que les meilleurs s'en sortent. Autrement dit, si tu n'arrives pas à t'en sortir c'est que tu es mauvais, sinon on achèterait ton oeuvre et tu pourrais vivre mieux. Si tu n'arrives pas à vivre, fais autre chose. Va bosser au Mc Do, démerde-toi. Et la BD t'en feras après avoir passé ta journée à retourner des burgers, non mais.
… Euh, attends une seconde.
Non.
Non. Tu ne peux pas dire que mon talent me garantirait d'être rémunéré quand tu passes ton temps à me crier dessus que tu n'as pas BESOIN de me rémunérer et que tu as le DROIT de t'approprier mon travail sans RIEN me reverser en retour.
L'histoire de la marmite, toujours. On passe des heures à tenter de démontrer qu'on ne doit rien à l'artiste (parce que ça appartient à tout le monde, que la copie est indolore, que de toute façon l'artiste doit vivre d'amour de ses fans et d'eau fraîche, etc.) et ensuite on argue que si il perd de la thune, c'est parce que c'est un gros nul ("si tu manques de thunes, c'est à toi de te sortir les doigts du cul pour gagner ta vie et cela d'une autre manière si celle-ci ne fonctionne pas assez bien pour toi ^_^") et puis la pub est nécéssaire pour que tu aies du succès. par contre si tu mets quoi que ce soit sur internet, c'est normal qu'on te le prenne gratuitement. La marmite, les copains, la marmite…

La "dématérialisation", cette vaste fumisterie.

On parle sans cesse de "dématérialisation du support", ça aussi j'en ai parlé ici. Mais le corollaire de cette idiotie, c'est de plonger vers le plus bête des matérialismes : on dénie de la valeur à tout ce qu'on ne peut pas toucher. Regardez les arguments de Butch : une expo ça te demande du temps et de l'argent donc c'est normal d'être rémunéré… Par contre un dessin ça ne te demande pas de temps, ni de matériel ? Mais oui, mon garçon, tiens ta pelle, tu peux retourner faire des petits châteaux de sable. Et là le pirate dira "ouais mais c'était y'a longtemps" elle l'a faite il y a 8 ans, cette illustration donc ça compte plus ! Bientôt, la proposition novatrice du Parti Pirate : un droit d'auteur qui dure deux semaines !
Après tout, si elle a réussi à survivre huit ans, c'est qu'elle est pas tant dans la merde que ça, et donc qu'elle a réussi à s'en sortir sans le profit de cette oeuvre, hein ? Donc on peut la lui piquer, vu que son revenu vient d'autre chose ! "Gyuhuhu blblblb gâteau".
Remarquez la finesse de l'argument : si tu es en vie, c'est que tu as réussi à te démerder et donc tu n'as pas le droit de plaindre. LE SIMPLE FAIT D'ÊTRE EN VIE vous ôte tout droit de vous plaindre !
Imaginons qu'un jour je publie Maîtres (impossible, mais laissez-moi rêver) et que des mecs s'en refilent les scans. Quand je leur demanderai des comptes, ils me répondront que je vivais aux crochets de mes parents quand je les ai produits, donc je n'étais pas dans le besoin et il serait mesquin de réclamer réparation : j'avais qu'à pas les dessiner, si je suis pas content. Néanmoins, imaginons qu'en finissant Maîtres, je sois contraint de m'échapper de la douceur de mon foyer et de subvenir à mes besoins au moyen de quelque petit boulot, les pirates diraient alors : "ah ben voilà, t'as réussi à avoir un boulot, donc t'étais pas dans le besoin, donc on peut te piquer tes trucs !"
Comme je le disais : si t'es en vie, tu peux pas te plaindre. Magique, non ?
On rémunère les expos, parce que "ça prend du temps"… On rémunère le tatoueur, ça, ça ne choque personne ! Un artiste censé disposer d'un catalogue de ses propres oeuvres à transférer sur ses clients vole le travail de quelqu'un d'autre, se fait payer, mais là c'est normal ! Il y a même des idiots qui iront jusqu'à prétendre que ce qu'ils achètent dans un DVD, ce n'est pas l'oeuvre, mais seulement le support matériel, puisque la beauté "ne s'achète pas". On ne paie que ce qui est matériel, et on enlève toute valeur à l'oeuvre et la production de celle-ci. C'est l'argument des biens "non-rivaux". Exemple : une pomme est un bien rival, puisque vous ne pouvez la posséder qu'un à la fois, vous êtes donc en compétition pour l'avoir (d'où le terme rival). Par contre un morceau de musique ça se copie aussi vite qu'un pirate bave, donc très vite. Plus besoin de payer, alors, hihihi.
J'y avais répondu. Je m'auto-cite :

Je le répète, supprimer les intermédiaires par l'informatique, c'est bien : plus d'impressions excédentaires ou de ruptures de stocksQu'un auteur débutant s'y mette, il se fera peut-être même plus d'argent. Ou pas, parce que des meutes de gens abrutis et habitués à considérer comme gratuit tout ce qui leur tombe sous le nez refuseraient de payer. Seule l’expérience nous le dirait. Par contre, prendre le fruit de l'ancien système éditorial, et le foutre gratuitement sur internet, ça c'est bâtard. On ne devrait pas forcer les gens à entrer de plain-pied dans cette ère nouvelle que vous prônez. Tu peux arguer tant que tu veux que ce sont des biens non-rivaux maintenant qu'ils sont sur ton ordi, les institutions qui les ont produites, ELLES, ne le sont PAS. Elles sont RIVALES. La bouffe que mange l'auteur, celle de l'éditeur, leurs frais divers, sont considérés comme de la merde. Et puis, nous rappelle Ploum dans sa grande sagesse, soit ils vivent dans des villas, soit ils sont déjà morts, alors pourquoi se priver ?
Oui, on sait, vous luttez pour la liberté et les bébés phoques mais on va parler de cinéma parce que ça nous concerne un peu quand même.
Et le modèle fictif ci-dessus, déjà risible, parce que peu d'auteurs peuvent s'endetter ou manger leur propre jambe pour survivre avant la vente de leur talent, devient carrément ridicule lorsqu'il s'agit d'évoquer le monde du cinéma, principal visé par la diatribe.
Principal visé, parce que le partage généralisé des livres aurait déjà été possible très tôt. Ça demande peu de compétences de recopier un livre à l'ordi en l'ayant sous le coude, et encore moins de le scanner en mode "reconnaissance automatique". Et ça demande encore moins de bande passante. 1 gigabyte et demi le film, ça passe difficilement avec un modem 56k. Le Nouveau Crève-Coeur en txt par contre, ça aurait pu. Mais non, ce n'est pas arrivé. Principalement parce que les gens s'en branlent. Ce qu'internet haut débit a changé, c'est la possibilité d'échanger rapidement des films, ce qui auparavant, relevait du fantasme le plus délirant pour qui n'avait pas le niveau de la nasa, et a du coup correspondu avec le désir du branleur moyen.
Faux de penser que la "dématérialisation" a changé quoi que ce soit :
Un livre ce n'est que de l'encre sur du papier, dans un arrangement très particulier, de même que les 0 et les 1 de vos fichiers .avi ne sont que de l'électricité délicatement agencée.
Toute œuvre n'est qu'un arrangement de matière qui diffuse de l'information. Toute œuvre prend plus de temps à produire qu'à copier. Qu'internet ait accéléré la chose change-t-il vraiment le raisonnement ? En outre, la "dématérialisation" n'est elle pas une fiction ? Dans un cinéma on vendait le droit de rester assis devant un écran sur lequel est projeté de la lumière. Si c'est matériel, qu'est-ce qui ne l'est pas, à ce moment-là ? Le cinéma et le théâtre étaient déjà des prestations non-rivales : si 50 personnes s'introduisaient par derrière dans une salle de ciné/théâtre (je l'ai fait, enfant, maintenant y'a trop de vigiles), ça ne nuit pas à la projection et ça n'empêche pas les autres d'en profiter (à part dans une très petite salle). 


…Je pourrais même rajouter que dans la mesure où il existe des centaines de copies d'un livre, le Seigneur des Anneaux était déjà un bien non-rival avant l'informatique puisqu'on avait divers moyens de le posséder et que tout le monde pouvait s'en trouver un exemplaire. Etonnamment personne ne fit vraiment ces raisonnements de merde avant l'arrivée d'internet haut-débit. Le seul raisonnement que font les pirates – libertaires égoistes – est le suivant : je peux le faire alors je le fais, et je vous emmerde. C'est la facilité qui fait le droit, c'est tout.

"Les Droits d'Auteurs doivent revenir à leur situation initiale" ? Quoi, la grotte de  Lascaux ? Les hiéroglyphes égyptiens ? Quelle situation initiale ? Tu veux qu'on parle de quand les artistes étaient rémunérés à la pièce, donc quand ils ne produisaient qu'UNE SEULE OEUVRE et qu'elle profitait à UNE SEULE PERSONNE ? Genre Virgile qui écrivit l'Énéide pour glorifier Auguste ? Michel-ange qui peint pendant quatre ans le plafond de la chapelle Sixtine, au bénéfice du pape Jules II ? Leonard de Vinci qui était au service de François Ier ? Devenir des amuseurs de tyrans, c'est ça votre plan pour les artistes ? Ah ben oui, c'est sûr, vous êtes tellement des défenseurs de la culture. Plus personne n'a les moyens d'entretenir des artistes à lui tout seul pour sa seule fantaisie. Les artistes vivent sur des copies, sur de multiples petits achats de ces copies, et pas sur la bourse des tyrans. La copie sauvage n'est donc pas sans dommage, puisque tu attaques directement le mode de distribution. Ou alors peut-être vouliez-vous parler de quand les livres étaient tous écrits par des rentiers qui faisaient ça dans leur temps libre ? Ouais, devenir un riche entretenu aux frais du peuple, ça me plairait bien aussi, mais c'est une carrière tout aussi fermée.
Loin de promouvoir de nouveaux modèles de production d'oeuvres (Kickstarter, ou que sais-je) leur discours s'applique plutôt à restaurer des modèles archaïques : un artiste produit une oeuvre, n'est payé qu'une seule fois et par une seule personne, bien qu'ils sachent qu'aujourd'hui plus personne n'a les moyens de nourrir des artistes par fantaisie, comme le faisaient Auguste, Jules II ou François Ier.

La prochaine fois que je croise un de ces sales gosses, maintenant, c'est marmite dans la gueule, et au pieu.