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mercredi 30 novembre 2011

One Minute Physics dit de la grosse merde, un peu.

Je sais que tout le monde a déjà eu l'occasion de défouler son petit caca dans les commentaires Youtube, mais comme dit  le proverbe : "pinailleur comme des commentaires de Youtube."
Donc faisons fi du monceau incalculable de merdier d'incompréhension qui gît sous cette vidéo, figé comme de la graisse dans une terrine de foie gras, et laissons ces gens doctorants en physique, ou simple abruti de passage qui n'a vu que cette vidéo débattre sans rime ni raison et faisons plutôt une petite BD, à la suite du propos de mon professeur. En vérité il ne s'agit pas vraiment de ses propos, en milieu de semestre, peu après la sortie de la vidéo, il l'a projetée en cours et attendu nos commentaires en apportant çà ou là une information, une nuance.
Dit comme ça ça fait clairement lèche-cul.


(La vidéo juste en dessous.)











Bon, d'accord, je dis aussi un peu de la merde, genre le rapport longueur d'onde/énergie, c'est un peu n'importe quoi comme j'aborde ce machin sous le coupe, mais la refraction n'était pas vraiment le sujet en jeu. De même Paul Klee, quand il parle "d'au-delà" c'est manifestement plus dans le sens d'idées platoniciennes qui viendraient s'ajouter au monde purement matériel que dans le sens de paradis, d'enfer, de Nirvana ou autre conception supra-mondaine (quoique je n'aille pas dire qu'il n'y a pas de ça).

Donc voilà, aidez-moi à pourfendre la mauvaise science en propageant cette BD comme un virus informatique, ou bien traduisez la en anglais et envoyez là au déficient auteur de la vidéo, ou alors pinaillez sur ce que je dis et envahissez mes commentaires en m'insultant, ça aussi ça peut le faire.


lundi 14 novembre 2011

Roman graphique et film dessiné.

Will Eisner ne pensait pas à mal, j'en suis certain.
 En baptisant "Graphic Novel" (="Roman graphique") sa bande dessinée A Contract with God, il voulait abattre les préjugés, pas les renforcer. Montrer que la bande dessinée, décriée, humiliée, considérée comme un sous-art, comme faisant partie du music-hall, même par certains de ses plus fervents tenors était capable de plus. Il voulait s'émanciper des clichés antérieurs, fût-ce au prix d'un nouveau nom, d'un nouveau territoire. Il avait exilé sa création. Non, ce n'est plus de la BD, c'est un ROMAN GRAPHIQUE.

Qu'est-ce qu'un roman graphique ? Une BD, sauf que c'est plus long, plus dense, plus sérieux que des fascicules de douze pages virevoltantes présentant des malabars dopés à la créatine jusqu'à l'extrême en train de se cogner dessus. C'est principalement une définition négative : Ce n'est pas (que) pour les enfants, ça s'adresse à un public adulte et sérieux. Nous on fait pas dans les petits mickeys, l'humour, les super-héros, nous on est profonds, du genre à s'affaler contre un carreau un jour d'orage en se disant que nom de bleu, la mort, c'est pas cool. C'est pour adultes.

Nul ne peux retirer le talent d'Eisner de ses planches, ni contester qu'il n'a pas grandement participé à la popularisation de la bande dessinée d'élite. On flatte sa marginalité, son côté underground, on fuit les modulations graphiques dispendieuses des comics grouillant en foule à nos pieds.

Le terme de roman graphique est et reste une arche de Noé. Chanceux, le peu qui est parvenu à se hisser à bord, et qui s'extrait ainsi du Déluge de moqueries. Mais cela s'est fait et se fait encore au détriment des bêtes BDs restées à terre sont toujours considérées comme un art "populaire", "enfantin", une "industrie", voire pas un art du tout.
Pour combattre un élitisme, celui des beaux-arts, tu as dû en créer un autre, Will, un petit bout de lopin très select, dans lequel on ne laissera jamais entrer Garfield ou Grimmy. Par contre Calvin&Hobbes ou Snoopy, on pourrait tu vois, parce que Snoopy c'est souvent insensé et chiant ("Chiant, c'est très bien tu vois, on pourrait dire que Snoopy c'est une épopée en haikus, ah, ça c'est génial, on s'approche de la BD d'art et d'essai, là !" ) et que Calvin&Hobbes c'est la meilleure BD de la terre. Les autres, vous entrez pas avec vos baskets, non mais. Si cette séparation beaux-arts/arts populaires a disparu c'est juste pour se reformer, intacte, au sein de la bande dessinée. Lanfeust Mag VS l'Association.

Les dogmes sont là. Adultes, sérieux, tout ce qu'il y a de plus haïssable de prétention.


"Le film d'animation prouve qu'il sait aussi s'adresser à un public adulte", "un film dessiné (et non un dessin animé!), même volonté d'élitisme dégueulasse, même condamnation des dessins animés, qui s'adressent forcément à un public juvénile, moi ça me fait vomir.
Le dessin animé, tout comme la bande dessinée, n'a pas attendu cette dénomination pompeuse pour produire des oeuvres valables. Forcément, si je vous parle de Pixar, vous me hurlerez à la figure votre horreur du mainstream. Personnellement j'ai adoré le Monde de Nemo  ou Toy Story (sorti il y a bientôt dix ans pour le premier, plus de quinze pour le deuxième) et c'est pas parce que j'ai grandi que je vais dénier de la valeur à ces films, revus récemment (pour la douzième fois, je suppose, mais bon). Et après ? C'est quoi le problème ? C'est honteux de regarder des trucs que même un enfant peut comprendre ? On veut que les mioches ne comprennent pas ce qu'on regarde, ou qu'ils se fassent chier ? On se sent intelligents, les mecs ? On fuit la simplicité ?

Adeptes du "film dessiné" du "roman graphique", bientôt vous trouverez des super noms pour les jeux vidéos, les livres illustrés ou autres médias couverts du mépris des idiots et vous vous émerveillerez "enfin pour un public adulte !" en les rebaptisant probablement "films ludo-interactifs" ou "littérature iconographiquement simultanée" ; grand bien vous en fasse. 

Car quand vous aurez défriché toutes les possibilités de communiquer et que vous aurez élu les "sérieuses" à votre goût, moi je ferai toujours de la BD, et je regarderai toujours des dessins animés. Sans me soucier de savoir si c'est de l'art, ou autre, je profiterai, au-delà des mots et des tortionnaires de ces derniers.

vendredi 4 novembre 2011

Brève V

Il n'y a plus de philosophie mais de l'histoire de la philosophie. Plus d'histoire des religions mais de l'historiographie des religions, l'histoire de l'histoire et science des religions. L'histoire se valide elle-même et s'immisce partout en corrodant toutes les sciences humaines.

mardi 1 novembre 2011

Brève IV

J'aime pas les sophismes arc-en-ciel.

Déjà je me souviens plus trop d'où vient le terme. J'imagine que c'est de la Science du Disque-Monde ou bien d'un livre de Trihn Xuan Thuan, sur la lumière, le cosmos, ou je sais pas quelle sorte de charabia, ce qui est d'ailleurs marrant parce que dans le premier de ces deux ouvrages, Ian Stewart et Jack Cohen en profitent pour fustiger les tenants du principe anthropique, dont se réclame justement le très bouddhiste astrophysicien auteur du deuxième livre.

Oooooooooooooh !...


Donc un raisonnement arc-en-ciel, c'est un raisonnement qui saute des étapes, qui vous agite une vraisemblance sous le nez, fait claquer un fouet et regarde votre entendement sauter comme un cabri à travers le cerceau du fallacieux à la suite de la vraisemblance promise. Par exemple, justement l'arc-en-ciel. Quand on est petit, on se demande forcément d'où vient ce phénomène qui fait se coller des nez morveux aux vitres des classes primaires, nonobstant tous les efforts du corps enseignant pour juguler cet enthousiasme et le canaliser vers les trucs bien plus importants, comme par exemple la grammaire ou les divisions en colonne.
Pressés de rejoindre leur programme, ils se dépêchaient donc de sortir un prisme triangulaire. Enfin, dépêchaient, c'est relatif. Disons après la huitième "mais comment ça se fait les z'arc-en-ciel ?" alors on met le prisme au soleil et… Oh, magie, ça fait un petit arc-en-ciel sur le bureau. Oooooooh. Eh ben, dans le ciel c'est pareil mais avec des gouttes d'eau au lieu du prisme. Bon, allez, les rases-mottes, fin de la pause, sortez vos crayons de couleur, on va faire de la grammaire et souligner les différents groupes de la phrase, hihihi.
Vous voyez les enfants, c'est comme une couverture d'album de Pink Floyd, en fait, c'est comme l'harmonie de l'univers, c'est comme… La grammaire, tiens. Revenons au cours. Et Léo, on dit "comment se font les arc-en-ciels" si tu redis "comment ça se fait" en parlant d'un pluriel, je te casse un doigt.

Seulement, ça n'explique rien. Les questions de certains enfants persistent. L'arc-en-ciel projeté par le prisme, il est sur le bureau, pas posé dans les airs sur du rien. Comment ça peut marcher de projeter de la lumière sur de l'air ? Pourquoi les gouttes elles feraient un seul arc-en-ciel, plutôt qu'une tonne de petites taches multicolores vu qu'elles sont toutes différentes, à des endroits différents et qu'en plus elles tombent ? Pourquoi sur le bureau, il est droit, et dans les cieux, il fait un arc de cercle parfait ? Pourquoi les arc-en-ciels apparaissent toujours par paire et entre les deux, le ciel parait plus sombre ? Pourquoi ne peut-on pas en voir à midi, et pourquoi leur centre est-il toujours situé au point antisolaire ? (ne mégotez pas sur les connaissances empiriques que j'avais, étant enfant, j'étais un vrai petit Aristote des cours de récré)

Bref, vous vous rendrez bien compte qu'on n'a rien expliqué.

Vous montre deux truc qui se ressemblent et vlam badaboum sans savoir comment on a posé un petit signe "égal" entre deux, et le monde, d'un seul coup nous semble compréhensible.

Quand on essaie de l'appliquer sur le plan historique, cette folie de la métaphore devient ridicule. Sartre a raison de parler de la bêtise de ceux qui assimilent Lénine à Robespierre et Robespierre à Cromwell. (Oui, j'ai donné raison à Sartre, foutez-moi la paix !) Nier la spécificité des évènements c'est l'arrêt de toute démarche de connaissance historique.

Autre exemple de sophisme arc-en-ciel, sans doute le plus actuel : l'Allemagne des années 30 voit la montée du fascisme à cause de la crise économique qu'elle traverse, c'est bien connu. C'est uniquement pour ça qu'Hitler a du succès, parce que les gens veulent plus être pauvres. Et maintenant, on parle de la montée de l'extrême droite exactement dans les mêmes termes : ce serait à cause de la crise. (crise qui dure depuis 2008, et de toute façon, c'est bien parti pour durer, la crise, partout, toujours, plus fort que Spirou.) Les gens auraient peur pour leurs emplois, leur identité, leur salaire, ou que sais-je encore, et donc, ils décident de taper sur les étrangers, tiens ça va sûrement arranger les choses.

Seulement, le présupposé de ces deux raisonnements, c'est que les pauvres sont tous des cons.