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samedi 30 juillet 2011

Coup de coeur : Pornophonique

Ce groupe - allemand, malgré tout - déchire de tout le poids de ses 8 bits. Il gagne vraiment à être plus connu.
Leur slogan c'est "quand le gameboy rencontre la musique de feu de camp" et je crois que ça circonscrit bien ce qu'ils explorent.

Et puis il n'y a qu'eux pour écrire une chanson qui s'appelle "Lemmings in love" et qui nous intéresse à la psychologie de ces bestioles envoyées chuter de quelque rebord malencontreux à cause de l'inattention de leur manipulateur.

Ou bien, extrait :
Ev‘ry time I take a look
At the people all around me
They seem to be
At least to me
Like the undead walk on earth

And ev‘ry step that I take

And ev‘ry movement that I make,
I feel that I‘m in danger
I feel that I‘m the stranger
In a strange, strange land

Le titre ? Space Invaders. De sacrées métaphores.


vendredi 29 juillet 2011

Fanart Les Wampas : Rimini


Rimini
Sur l'album Rock'n'roll part 9 (2006)

Barbe Noire t'attendait là-haut
Les pirates étaient fiers de toi
Non mais vraiment qu'est-ce qui t'a pris

D'aller mourir à Rimini ?


Fanarts Calvin&Hobbes, finis.

Les voilà, ils sont quatre, ils sont beaux, ils sont en couleur, ce ne sont pas les trois mousquetaires (plus un) mais les fanarts Calvin&Hobbes !

Oui, ça déborde et ça ruine ma mise en page, mais je m'en fous.
Manque encore une BD, à venir.
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mercredi 27 juillet 2011

Brève II

Je déteste l'expression "révolution du Jasmin". On me dira que ce n'est qu'un nom, qu'une étiquette comme une autre, puisqu'il faut en accoler une sur ces tiroirs d'évènements et de morts utiles qui font les révolutions, et que ça n'engage à rien, mais je n'y crois pas. Il y a là-dessous cette volonté pernicieuse d'embellir la réalité, de donner des noms de petites fleurs aux périodes où le sang à coulé, que ce soit la Révolution des Oeillets au Portugal, des tulipes au Kirghizstan, la Guerre des deux roses en Angleterre, bref, changer les tas de morts par des bouquets, ça m'échappe un peu surtout quand on baptise l'évènement alors que sur sa page d'histoire l'encre n'est pas sèche. A croire que certains journalistes ont des relents de flower power à force d'écouter Laurent Voulzy.
Sans doute des journalistes qui ont fréquenté le Planemard ou la Barboleuse. Les élèves ayant fait leur école à la montagne là-bas savent de quoi je cause.

Et puis, bien sûr, ça pue l'orientalisme bête :"- Je vous dis "Orient", vous me répondez quoi ? -Odalisque, narguilé, jasmin, thé à la menthe, hammam ! -Bon, on va garder le jasmin."
Prenez cet autre exemple le rallye Aïcha des gazelles ça se passe au Maroc donc forcément, paf gazelle, parce que la gazelle est empreinte de valeurs de générosité et de partage, ce qui... euh...Ce qui est en lien direct avec un rallye automobile 100% féminin. Hum. Non content d'inventer des qualités à la gazelle, elles n'ont aucun rapport avec la course, super.

Et bien sûr n'oublions pas que 
"Le Rallye Aïcha des Gazelles raisonne de milliers d'histoires, il rend les femmes plus belles et révèle leur potentiel."
Déjà, tu voulais peut-être dire "résonne", et ensuite, Bordel, c'est un rallye automobile ou une crème de beauté ? 
Mais bon, la générosité, elle est où dans cette ambiance de compétition, de performance qui environne tout rallye quel qu'il soit ? Ce serait oublier que le Rallye aïcha des gazelles du désert des milles et une nuit de fatima au thé à la menthe (rayez les mentions inutiles) est, je cite :

une compétition sans vitesse dans le respect des populations locales et de l'environnement.

Une promenade, quoi.
Et en plus on a une super vidéo de Christine Lagarde pour cautionner l'événement ! L'actuelle directrice du FMI, qui avait probablement un job bien plus merdique au moment où elle avait la faiblesse de cautionner ces conneries féministes/écologistes/anti-capitalistes, mais bon, puisque ça renforce l'amitié franco-marocaine et que le gagnant, c'est pas celui qui va le plus vite, alors c'est chouette.

lundi 25 juillet 2011

Swissception

J'adore les "memes", c'est l'atome de l'humour de répétition sur internet. Huhu.
Du coup, tout ce qui entre devant ressortir, voici ce que je régurgite de cette consommation soutenue de bêtises memebasienne. (fait en collaboration avec Zoé).

Swissception

vendredi 22 juillet 2011

Maîtres : Prologue


Prologue

Eh oui, cher lecteur, tu en as rêvé, je l'ai fait. Des années après sa confection ma bande dessinée phare, Maîtres, se lance sur le web. La Bible annonçait sa venue, Socrate affirmait que rien ne pouvait être décidé en matière de morale avant sa lecture préalable, Napoléon a toujours regretté de ne pas l'avoir eu à Sainte-Helène et toi, internaute, te voilà initié à la lecture des pages sur lesquelles tu m'as peut-être vu suer des mois durant.

Reste plus qu'à scanner quinze chapîtres. Youpi.
Maintenant aide-moi à surpasser les Boulet et les Pénéloppe Jolicoeur en diffusant ces liens à tous tes amis, aide-moi à me venger de ces enfoirés de Zep ou de Bertschy qui me recalent dans tous les concours de BDs dont ils ont présidé le jury, propage-la !
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jeudi 21 juillet 2011

Brève

Vacances. Un temps très moche vient corroborer un postulat depuis longtemps établi par moi : l'été à l'intérieur avec trois litres de thé, c'est mieux.

Il arrive souvent que la journée s'écoule et que, le soir, parvenu au bout de la longue liste de moyens de glandouiller dont je dispose, un sentiment de profonde culpabilité s'empare de mes doigts, trop longtemps restés inactifs : il me faut dessiner, écrire, faire quelque chose. Et surtout pas la vaisselle, me susurre mon chromosome Y.

Je me mets donc à griffonner, jusqu'à vingt-deux heures, vingt-trois heures, puis vient la minuit, l'heure fatale où les aiguilles se superposent comme deux bras que quelqu'un joindrait au-dessus de sa tête, faisant claquer se mains ensemble pour donner le signal : ce jour est terminé. Je ne sais quel sorte de processus se met en branle, quelque part entre les parois de votre crâne, mais on pense, sans se rendre compte de l'absurdité transcendentalement évidente de la chose : "tiens, on est demain".

"tiens, on est demain"
I is confused.


Mais soudain, comme si quelque ébeniste temporel avait glissé un coin de bois entre les aiguilles, elles s'écartent, et, pareille au tronc que Milon de Crotone voulut fendre en y plantant les mains, la journée se distend artificiellement grâce à la géométrie non-euclidienne du temps. Quelques heures qu'on emprunte au sommeil du lendemain.
Pour meubler la pièce vide et sombre, j'allume généralement la radio. Vers une heure du matin, sur la RSR vient Géopolis. C'est un peu comme histoire vivante, mais sur l'actualité, à savoir quelque chose que personne n'est en mesure d'analyser avec le recul qu'apporte la fraicheur de cave des archives et les langues déliées par la prescription des délits avec le temps.
Ca m'a énérvé. Mais d'une force, t'imagines pas.

Sujet le printemps arabe. Ben tiens, original, comme absolument toutes les émissions depuis trois mois. Bon alors on commence : "Alors est-ce que ce printemps arabe, c'est la faute de milices islamistes organisées ?"

Ouais super subtil comme début "est-ce que cette situation correspond au cliché le plus bête qu'on pourrait s'en faire ?" A quoi il s'agit de répondre avec audace "ah mais non pas du tout, la situation est bien plus compliquée". Ben tiens, prix nobel.

Après quoi il s'agit de dire, avec raison, que le religieux a tout de même souvent été la plate-forme refuge de la politique. Exemple, mettons en syrie :
"- Chef, chef, il dit qu'on est trop marxiste !
-Bon, foutez le au trou.
- Pour combien de temps ?
- Haha.
- Haha. Ouais. Comme si y'avait une date limite, allez.
- Hum.
- Chef, chef, j'en ai un autre, il dit qu'on est trop des capitalistes vendus à l'occident !
- Bon, au trou aussi.
- Chef, chef, encore un, mais celui-là il dit, euh, qu'il faudrait revenir au temps du Prophète et que c'était mieux avec les califes justes et les femmes voilées, etc.
- Ben au tr.. Ah merde, non, on peut pas, on est laïc, parce que je suis issu d'une minorité religieuse. Liberté de religion du coup.
- Arf, chier, c'est vrai j'oubliais.
- Une seule liberté et c'est déjà le bordel.
- Mais bon, revenir au temps du Prophète, il va galérer pour trouver une Delorean
- Ouais, et des routes en assez bon état pour atteindre 88 miles à l'heure."


Mais bon, et de conclure : "Il faut pas tout ranger sur une grille de critères religieux, on a longtemps cru que c'était la clé pour comprendre tout le monde arabe, mais non, faut pas."
Bon, c'est pas faux. Fin de l'émission. Deux heures. Flash info.

Parmi les autres tragédies quotidiennes :
"Des affrontements à Homs ont opposé Sunnites et Alaouites dans la journée"

Ah tiens, pas tout regarder avec des critères religieux ? Alors pourquoi Suniites/alaouites plutôt que partisans/opposants au régime ?
Dans le genre "je suis pas foutu d'observer les leçons que je donne à tout le monde au cours d'émissions à l'air vaguement intellectuel" vive la RSR.



mercredi 20 juillet 2011

Calvin&Hobbes, le fanart.

Voilà, un petit fanart à - probablement - une des meilleures BDs du monde, sinon la meilleure...
Probablement en 4 volets, ces images sont supposées être des panoramas, à savoir que la moitié supérieure de l'hiver est censée aller à la gauche de la moitié inférieure pour former une image tout en longueur.
De même pour l'été mais dans l'autre sens. Je les assemblerai lorsque j'aurai sous la main un ordi suffisamment complaisant, le mien plante comme... comme... Comme un PC, tiens, ce qui me surprend de la part d'un Mac tout ce qu'il y a de plus civilisé.
A suivre, donc.
Hiver
Été

mardi 19 juillet 2011

Désartrage

A la suite d'un bafouillement, alors que j'essayais de paraître intelligent dans une cuisine mal éclairée, mais fort bien pourvue en boissons en tout genre (boissons qui sont peut-être la cause dudit dérapage) il arriva que l'âme soeur présumée d'un de mes amis portât à mon encontre l'accusation d'être un sale camusien.
Mon verre m'échappa dans un spasme. Etant en plastique, il rebondit sur le sol avec un bruit parfaitement inadapté au tragique de la situation.
Je regardai fixement ce qui, tout en gardant l'apparence d'une femme, prit soudain un aspect quasiment démoniaque. 
"Alors tu es… Sartrienne ?", supputai-je à son adresse. Le nom, adjectivé, puis mis au féminin, avait pris une teinte étrange, imprononçable et il avait hésité au bord de mes lèvres comme un plongeur débutant au bord des dix mètres de Bellerive.
Ce qui fut le contenu de mon verre glissait lentement sur les rigoles du carrelage comme sur des canaux, assombrissant encore plus la pièce. Bon sang, Camus et Sartre se disputaient par journaux, skyblogs et cartes postales interposées il y a de cela cinquante ans à Paris, fallait-il que la lutte se réincarne en 2011, entre un évier et un lave-vaisselle Lausannois ?

L'ambiance était pareille à une corde de guitare que nos souffles tendaient de plus en plus, mon ami enserrait toujours son amie entre ses bras, sans se douter du monstre qu'il tenait aussi près de ses organes vitaux, ou bien était-il possédé, voire complice ?
"– Oui, bien sûr, Sartre, tu peux pas test, c'est génial, c'est magnifique, c'est profond, philosophique, la profondeur de sa prose n'a d'équivalent que dans la profondeur de sa pipe etc."
Alors qu'elle passait en revue les – rares - qualités de Sartre, j'aperçus deux cercles assombrir le pourtour de ses yeux, comme un écho des binocles du fameux philosophe parisien.
"– Non, moi j'aime mieux Camus, quand même."


Cette tête de faux-jeton, nom de bleu.


Donc dans un but purement informatif et afin d'améliorer mes connaissances parcellaires sur la matière, afin de trancher avec plus de perspicacité, et ABSOLUMENT PAS drapé dans ma mauvaise foi avec pour but de ratatiner ce sale premier de classe de Sartre.

Mon bouquiniste préféré m'en fournit donc trois livres cornés et rapiécés : Les Mains Sales, La Nausée et le Mur (recueil de nouvelles).
Bon alors le Mur contient quatre nouvelles : Le Mur, l'histoire d'un rebelle espagnol, attrapé par les méchants, qui va être condamné à mort, comme ses deux camarades viennent de l'être, à moins qu'il ne dénonce Ramon Gris. Oh l'absurdité de la vie quand on sait qu'on va mourir, ô emphase du corps stressé par ses dernières heures, et blablabla, mauvais remake des derniers jours d'un condamné.

- Hahaha, vils méchants, vous ne m'aurez pas comme ça, tiens, je vais vous faire perdre du temps : il est au cimetière. (note : c'est pas vrai hihihi)
- Ah, t'as pas intérêt à nous mener en bateau, sinon... Tu vas le regretter.
- Oui bon, à la base j'suis censé être condamné à mort, donc bon, niveau surenchère inutile, merci.
Les méchants reviennent, et lui disent que bon, il peut se casser. Bon. Perso je l'aurais quand même un peu foutu en tôle, hein, je sais pas, je suis peut-être un gros sadique, ou juste plus prudent que les polichinelles qui tiennent ici le rôle de fascistes.
- Tiens donc, s'étonne notre héros, ils avaient pourtant dit que si je leur mentait, ils me feraient ma fête. Puisqu'ils me libèrent, ça doit signifier que je leur ai pas menti ? Mais pourtant je l'ai fait. Cataclysme et perplexité, que se passe-t-il dans ma tête ? Oh et puis j'm'en fous, j'suis pas mort, lol.

Et là il croise quelqu'un qui lui dit que Ramon Gris s'est fait tuer, il n'était plus chez son frère - comme le croit le héros - mais AU CIMETIERE ! Paf, tragédie et coïncidence, écroulement des horizons simultanés, le héros se met à rire hystériquement.

Tiens donc, je m'y attendais pas du tout, quelle gestion admirable du suspense.

Erostrate, moins long, c'est l'histoire d'un gus qui veut tuer des gens juste pour... Euh... Ben, pour le fun, comme Erostrate avait détruit le temple d'Artemis pour être célèbre. Et au final il bute que une ou deux personnes, et encore même pas. Ouah, vends-moi du rêve, Sartre.

Dans Intimité on parle de cul. Voilà.

Et finalement, l'Enfance d'un chef. C'est l'histoire très psychologique de Lucien Fleurier, qui passe de l'étude de Freud, à se faire sodomiser par un surréaliste, puis devenir antisémite et buter un juif qui lit l'humanité. A la fin, il décide de se faire pousser la moustache.

Bon, ce qui me taquine chez Sartre c'est qu'il mélange mal deux aspects distincts de son oeuvre : philosophie et littérature. Chez Camus, comme vinaigre et huile d'olive se mixent pour former une harmonieuse vinaigrette, le mélange réussit : le monologue en spirale épouse les contours de la Chute de Clamence dans le récit éponyme. La débandade de Clamence cautionne ses théories, qui elles-mêmes consistent à rendre ses péripéties plus profondes, limite lyriques.Ainsi l'action et la pensée, raconter et démontrer se rejoignent.
Dans l'Enfance d'un Chef, par contre, la vie défile, le gamin snob raconte sa vie et, paf d'un seul coup "Tu as lu Freud ?"  ici les idées voyagent sans masque, matérialisées sous le nom de leur auteur, incarnées par la psychanalyse que les personnages se jettent les uns sur les autres.
Il faut donc faire une jonction entre les deux, tout comme une bonne vinaigrette nécéssite un cuillerrée de moutarde. Et quel trait d'union va-t-on employer pour enchaîner l'histoire d'un gamin complexé et la pensée de Freud ? Ben tiens, paf, du cul.

Et donc quand on utilise le cul comme moutarde, celle-ci ne tarde pas à me monter au nez, que dis-je, à escalader mes narines en y arrachant les poils qui s'y trouvent.

Et forcément quand la vinaigrette est ratée, les salades qu'il nous raconte ont du mal à passer.

jeudi 14 juillet 2011

If I Was A Wizard

Réalisé dans l'avion qui m'amenait en Syrie, il y a un ou deux ans, je sais plus. Mais vu la longueur des cheveux et le port du bonnet par mon alter égo, plutôt deux.

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dimanche 10 juillet 2011

Watchmen, Mousquetaires et adaptations.

Les adaptations d'une BD en film, d'un film en livre, d'un livre audio en statue de coquillage, quelles qu'elles soient n'ont pas vraiment mes faveurs. J'ai toujours considéré ces tentatives de transvasage d'oeure comme des fanarts, au fond.
Typiquement, le film Watchmen (2009) récemment adapté du classique d'Alan Moore rend bien, graphiquement, les personnages et les lieux, au détriment du scénario et de ses ô combien riches ramifications. En gros, on se retrouve face à un ersatz incomplet et déraciné de la BD d'origine. Ici, par exemple, la séquence d'introduction montre, au ralenti sur the Times they are a-changing de Bob Dylan (ce qui embellit forcément la scène de façon déloyale) quelques scènes qu'on ne trouvait parfois dans la BD que sous-enentendues ou dans les bonus qui faisaient antichambre entre les chapitres, voire n'ayant rien à voir, à savoir :
- L'ancien Hibou qui se bagarre
- le Spectre Soyeux qui frotte ses fesses sur des policiers qui lorgnent tout ce qui dépasse de son maigre costume,
- le Comédien qui se fait prendre en photo avec un criminel sous le bras(qui tient toujours une mitraillette, apparemment. En général, pour faire une arrestation réussie, il faut les désarmer, mais bon.),
- les Minutemen qui prennent leur photo de groupe, le Spectre Soyeux peinte sur un avion,
- la capitulation du Japon en une des journaux, avec tout le monde qui se fait des mamours à Times Square, en particulier la Silhouette qui embrasse une infirmière ("Une lesbienne dans le casting, vite, des échanges de fluides corporels !") sous une pluie de confettis;
- Dollar Bill, la cape coincée dans une porte, avec – encore – des photographes mais peu de traces des balles qui sont supposées l'avoir tué
- une énième reprise de la Cène de De Vinci avec le  Spectre Soyeux enceinte à la place de Jésus se faisant admonester par son mari et notre gentil couple lesbien en bout de table (l'infirmière n'enlève donc jamais son calot ? D'un autre côté, mieux vaut ça que le contraire, pour la décence du film en général) ; puis, l'homme-insecte emmené à l'asile par des infirmiers(+photographes)
- le susdit couple lesbien égorgé dans un lit avec, balafré au sang sur le mur, le doux message "lesbian whores".
- Rorschach enfant qui attend dans le couloir de sa mère, prostituée. Le gus qui vient de remplir sa maman, et son portefeuille, passe dans le couloir en lui tapotant la tête. En face de lui, un journal annonce que les Russes ont la bombe atomique, le poussant à relativiser sa peine. Bon, on est pas sensé voir la tête de Rorschach avant la moitié du film donc pas possible de comprendre sans avoir lu la BD.
- Dr Manhattan qui serre la main de Kennedy.
- Kennedy qui se fait abattre, la limo continue avec la caméra. On voit le comédien recharger un fusil dans un coin. A la base, son implication dans l'assassinat de Kennedy n'était qu'implicite, là on nous l'assène au marteau.
- Spectre Soyeux et son mari s'engueulent devant leur fille, Deux types chopés par Rorschach ligotés à un lampadaire, Castro et Brejnev matant des missiles.
- Une hippie accrochant une fleur à la baillonnette d'un des fusils qu'un rang de militaires pointe sur ses copains, puis ils ouvrent le feu.
- Andy Warhol qui a fait un portrait quadrichromique du Hibou. Haha.
- Armstrong sur la lune avec Doc Manhattan qui prend la photo.
- Adrian Weidt devant une boîte gay, les Village People derrière lui.
- Les Vigilants, sans Captain Metropolis, qui prennent une photo de groupe (on voit pas bien pourquoi vu que cette "organisation" a capoté au bout d'un quart d'heure maximum).
- Des manifestants aux pancartes bien orthographiées qui paradent devant un magasin de télé où l'on voit que Nixon est réélu pour la troisième fois. Un cocktail Molotov (apparemment au plutonium vu l'ampleur de la déflagration) éclate la vitre.
- Fondu au jaune, puis le Smiley archi-connu, puis le début du film.

Super chouette mais comment est-ce que t'es censé comprendre tout ça en 5 minutes 20, SANS AVOIR LU LA BD ? Cette intro n'est évidemment pas celle d'une oeuvre complète, c'est juste un supplément au comics.

Et donc certains génies du cinéma se sont dit "ne prenons pas de tels risques ! Il ne faut pas laisser les gens sur leur faim ! On va adapter une oeuvre, mais on va en faire n'importe quoi, comme ça les gens ne seront pas frustrés s'ils n'ont pas lu le livre !"

Malheureusement, ils ont pris les Trois Mousquetaires.
Bouhouhou.


Peut-être est-ce pour exorciser l'affront fait à la mémoire de Dumas, mais je me suis lancé dans une série d'illustrations des Trois Mousquetaires, après quoi j'enchaînerai sur Vingt Ans Après et le Vicomte de Bragelonne.

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L'Antichambre de Monsieur de Tréville

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L'Epaule d'Athos, le Baudrier de Porthos et le Mouchoir d'Aramis

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Le Duel

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D'Artagnan sauve Constance Bonacieux

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Les Ferrets de la Reine

Projet de couverture pour Maîtres

Quelques essais pour la couverture du tome I.



Sur ce blog, des commentaires se trouvent assurer la communication entre nous, vous permettant ainsi  de me faire savoir laquelle vous préférez.

mardi 5 juillet 2011

Holmes (1854/†1891 ?)


Aujourd'hui, une fois n'est pas coutume, ce sera une critique de bouquin. Ou plutôt une apologie.


Hé oui, Sherlock Holmes, vous avez bien lu le titre.
La médiocre transfiguration cinématographique du fameux détective (où l'on peut voir un Dr Watson meilleur karatéka que médecin. Quelle quiche, bon sang) a fait remonter sur les étals des libraires, comme autant de bulles émergeant d'un creuset hurlant, toutes les oeuvres qui puisent leurs racines dans celle de Conan Doyle ; toutes les adaptations.
Joie, cela vous épargne d'avoir à quémander l'aide des primates grincheux qui errent dans les allées de la FNAC, un gilet vert hideux sur les épaules, et qui se contentent habituellement de grogner "Tout c'qu'on a, c'est là !" en agitant les bras dans la direction des étagères lorsque vous leur fournissez la référence d'un ouvrage que vous recherchez désespérément.

Ainsi ai-je entrevu sur les étals de ce temple de la culture bradée un rectangle de magnificence, une bande dessinée tendrement intitulée :



Holmes (1854/†1891 ?)
de Cecil & Brunschwig
Tome I : L'adieu à Baker Street
(Chez Futuropolis)

Rappelez-vous : Holmes meurt aux chutes de Reichenbach, en Suisse(un siècle et demi avant Exit, la mort helvétique est déjà fameuse) en entraînant avec lui dans la cascade le professeur Moriarty, son pire ennemi, sa Nemesis. Qui a assisté au combat ? Watson ? Non, il n'est arrivé sur les lieux que plus tard. Il n'a été mis au courant de l'existence même de Moriarty que par Sherlock Holmes lui-même, via deux lettres posthumes et les imprécations confuses du détective frôlant la paranoïa par ses excès de raisonnements.

Quel crédit accorder à ce témoin distant, pour ne pas dire absent, des événements ?…

Sous les polémiques qui enflent lorsque Watson veut faire publier son récit, chacun apprend que Sherlock Holmes est mort et l'autopsie débute. Déjà les nécrologies s'entassent, les condoléances fluctuent et chacun mène son enquête sur la mort du grand homme. Sherlock Holmes, passe ainsi d'observateur à sujet d'études. L'arroseur arrosé fonctionne à merveille.

Car, en effet, comment faire confiance aux paroles d'un homme qui consommait de l'héroïne en quantités déraisonnables, qui passait de fait par des périodes de délire grave ?

Comment croire encore que Moriarty est mort avec lui ? Que Moriarty existe ?

Dès lors, comment seulement croire que Sherlock Holmes est mort ?…

Le Souverain Polymorphe


Texte composé lors d'une de ces rédactions obligées à l'école.


“A force de mentir aux autres, ne finit-on pas par se mentir à soi-même ? Mais si ! Et l'on s'égare dans le dédale de ses propres constructions irréelles…”
Le Duc de Vannes s'affala dans son fauteuil lorsque son ex-visiteur récent se fut assez éloigné de la porte pour ne pas l'entendre. Il resta assis quelques instant et savoura une pause. Du moins, l'ébauche d'une pause telle que se la figuraient, mettons, les esclaves. Ensuite de quoi il se leva, sa posture rappelant quelque peu que l'homme descendait peut-être de l'arrière grand-oncle d'un primate. Si son langage corporel s'était exprimé à haute voix il aurait dit quelque chose comme "Rohlala…Pffouuh…Bon, ben, quand 'faut y aller, hein ?". Une fois levé, il tituba jusqu'à une tapisserie dans laquelle était si adroitement dissimulée une porte qu'il était impossible de la déceler sans savoir qu'elle était là. Et personne ne savait.

Personne ne savait non plus que derrière cette porte se situait un couloir affublé de cette ergonomie particulière aux passages secrets, menant à une pièce, au coeur du Palais de Lucre, reliée à la plupart des bureaux des notables y siégeant. Cette place de l'Étoile interne renfermait les vêtements, maquillages et fiches techniques nécessaires aux rôles du "Duc de Vannes". En effet, en plus d'être le duc de Vannes il était également le Roi de Lucre, le Baron de Caller, et, en somme, la grosse majorité des marquis, comtes, chevaliers et tout ce qui se fait de noble dans le pays de Lucre. Il jouait même le Vidame de Carmide, à l'occasion, quoique le titre fût un peu désuet. Il se félicitait intérieurement que le pays de Lucre préfère les tête-à-tête aux longues réunions nombreuses et conspiratrices (même si ça prenait deux siècles pour faire passer un message) sans quoi il aurait eu du mal à, par exemple jouer deux personnes à la fois sans se servir de marionnettes et de ventriloquie. Il saisit la fiche technique du "Prince de Lieze" qui devait rencontrer un maréchal tout à l'heure. Tempes grisonnantes. Libéral. Opposé à la réforme de l'agriculture proposée par le colonel-baron Sterche (Un autre de ses rôles, pensa-t-il en soupirant à l'absurdité de la chose). Sent toujours le tabac… Il n'acheva pas sa lecture.

Le souverain polymorphe s'arrêta en pleine séance de maquillage à la lueur des chandelles et regarda son visage, du moins celui qui était présentement collé à sa figure. Ce qui le fatiguait n'était pas de passer d'un déguisement à l'autre. Tout avait commencé quand il avait voulu jouer…Quoi, déjà ? Un comte ? Pour la blague. En souvenir des années de théâtre qu'il avait laissées derrière lui en prenant le trône. Deux milles déguisements avaient coulé sous les ponts et une prestesse toute féline imprégnait désormais les travestissements qu'imposait ce train de vie. Ce qui le gênait c'était de devoir, en plus de mettre en scène et jouer, écrire les textes des nobles caricatures d'Hamlet qui géraient son royaume, se faisant rabrouer, sous forme de chevalier, par ceux qu'il avait enguirlandé deux heures plus tôt, sous forme de Marquis. Cette schizophrénie théâtrale commençait à le peser. Il soupira à nouveau puis reprit la fiche technique du "Prince de Lieze" : …toujours le tabac puisqu'il fume la pipe. Parle rude, pas comme un prince. Postillonne abondamment quand il s'énerve. Ah, flûte. Vu le visiteur, il faudrait prévoir une serpillière sinon le Comte Palatin (qui n'est autre que lui-même) devra lui reprocher de faire gondoler la surface de son bureau. Le maréchal Guitou. Il se massa les tempes dans l'escalier qui menait aux appartements du "prince".

Il ne s'assit même pas. Des coups toqués retentirent à la porte. Ceux qui laissent à penser que leur instigateur avait sérieusement hésité à défoncer la porte.
– Entrez, annonça-t-il d'une voix de prince en passant la dernière main à son expression faciale dans la mesure ou trois couches de prothèses le lui permettaient.
Le maréchal entra. Il salua. Il semblait vouloir rester debout. Tant mieux, se dit le "prince", au moins il ne sifflera pas de la vieille fine aux frais du palais et le comte palat…Et je n'aurais pas à faire circuler une trois cents vingt-septième note de service sur l'alcoolisme, la noblesse, la décadence et les clé des armoires à alcools qui pourraient se retrouver dans un délai assez court dans une localité géographique hors de portée de vos mains avides si vous ne baissez pas un peu le coude. 
– Bonjour, excellence.
– Bonjour, monsieur le maréchal. Vous m'avez envoyé, je crois, le baron de Callègre, à propos de, je cite, "les conneries du duc de Vannes" ?
– Oui, excellence, répondit le dénommé Guitou qui, comme tout militaire proprement entraîné à ces circonstances-là, regardait fixement droit devant lui, un point imaginaire à deux mètres de hauteur sur le mur d'en face. Rapport à toutes ces théories sur l'agronomie appliquée, tout ça. Alors que les paysans, moi je dis, ils savent faire, déjà, hein. Pas besoin qu'on leur donne des cours, pas vrai ?
– Oui. Mais je ne peux pas détrôner le duc de vannes pour un motif aussi…Agricole. C'est, je le crains, un élément indispensable de la marche du royaume.
– Inséparable, vous voulez dire. Comme les machins qui lâchent des craquements dans les boiseries du palais.

Le "prince" soupirait intérieurement. Lui et le Maréchal Guitou étaient peut-être faits pour s'entendre, en fait. Deux gros caractères mal limés. Ils avaient l'air de se dire, là, debout en face l'un de l'autre, que s'ils n'étaient pas contraints par toutes ces sottises de maréchaussée et de principauté ils seraient en train de se taper les épaules en se resservant des verres et en parlant de chasse ou autre passe-temps qui colle souvent aux brutes affublées de pouvoir. Même aux brutes tout court, songeait le "prince" au regard du panel de ses rôles. Un autre inconvénient : il était obligé de s'instruire sur tout. Agriculture, astronomie, chasse, pêche, religion, histoire, géographie et tout ce que l'humanité avait pu produire de connaissances, en fait. Et puis non, se dit-il en reportant son attention sur Guitou, il n'étaient pas obligé de s'engueuler, d'autant plus qu'il allait devoir se farcir une belle brochette de lourdauds dans la journée. Et puis, ce n'était qu'une réforme de l'agriculture et il devrait refaire presque entièrement son maquillage pour jouer le "vicomte de Stöhl" (celui qui avait une méchante cicatrice qu'on osait pas trop regarder). Il ne pouvait pas perdre du temps en tergiversations.
– Hum. Soit. Je crois que je lui toucherai un mot, en passant.
– Merci beaucoup, Excellence.


Il était beaucoup plus tard. Le fard de la nuit se répandait lentement dans l'air, gommant les couleurs et les contours des décors déjà bien entamés par la morsure du brouillard. Des décors, songeait ironiquement le Comte Palatin, dernier apostolat factice du souverain en regardant le dernier visiteur s'éloigner, un bourgeois intéressé par la reforme de l'agriculture qui avait sérieusement estropié son emploi du temps. Evidemment puisqu'aux contraire de ses collègues monarques, il s'auto-déléguait les tâches qui l'encombraient. La plupart du temps, les tâches en question dégringolaient l'échelle sociale pour finir entre les mains d'un ouvrier ou d'un bourgeois comme celui qui s'éloignait du lourd portail fleurdelisé que la garde venait de fermer. Quelle journée de cinglé. Il avait accueilli le Jankheer d'un étrange pays voisin (il prétendait son titre équivalent à celui d'écuyer) avec trois opposants à la réforme de l’agriculture (le Duc de Graaf, le Marquis de Kaise, l'Écuyer de Virme et le "chevalier rouge" dont il n'arrivait plus à se souvenir du nom mais il était sûr qu'il y avait une alouette de sinople sur son blason, quel manque de goût, franchement) en alternance avec quatre de ses défenseurs(Baron de Merte-Faux, Sénéchal de Guise, Baron Latour et finalement ce bourgeois, là, monsieur Retorneau) qu’il avait tour à tour soutenu et tire vers le bas, jonglant avec les intrigues ainsi qu’avec des tronçonneuses en marche. Il se consolait en se disant que si tout le monde pouvait pinailler en regardant par-dessus l'épaule des paysans en prodiguant des conseils à tire-larigot sur le labourage des champs, c'était que le royaume devait être prospère et plutôt inactif. Trop pour se quereller outre mesure, en tout cas.
Il frissonna en imaginant qu'une guerre se déclenche. Il allait falloir mobiliser des troupes et plusieurs seigneurs devraient les conduire de front… Difficile à mettre en scène. Et s'il mourait ? De préférence durant son office de Roi de Lucre, on l'enterrerait, réfléchirait à sa succession, convoquerait les conseils de la noblesse… Et on se rendrait compte que la moitié de la noblesse avait disparu. Il réfléchissait souvent à cette éventualité, il lui fallait un remplaçant, voire pire, un successeur. Il n'était plus si jeune.
Mais pourquoi faisait-il tout ça ? Il ne se souvenait même plus de son nom. De son propre nom. Il avait effectivement adopté le nom de Joseph II de Lucre en prenant le trône à la faveur des liens de parenté capillotractés qu'il possédait avec le dernier Roi de Lucre. Oh, il possédait sûrement quelques gènes royaux, tapis aux fond de ses chromosomes. Vu la propension bien connue des familles royales pour la consanguinité, il en possédait certainement quelques-uns en plusieurs exemplaires. Et en ce moment il se demandait à qui léguer ces chromosomes. Le regard englouti par la masse de brume environnante, il songeait à avoir un héritier, une descendance. Malheureusement c'était une tâche qu'il ne pouvait pas s'auto-déléguer. Du moins pas en l'état actuel de la médecine à Lucre.
Il alla se coucher avec une certaine nausée. Celle qui emplit le coeur des médecins de guerre qui voient leurs patients, guéris, retourner à la bataille, immense machine à fabriquer des cadavres. Ce malaise qui touche tous ceux affublés de travaux vains, Le mal de Sisyphe. Et pourquoi faisait-il tout ça se demandait-il encore en s'allongeant ?
Pour le peuple.
Pour Retorneau, Latour, de Guise, de Merte-Faux, de Kaise, de Graaf et tous ceux qu'il administrait, orientait, gouvernait. Eux au moins, songea-t-il en soufflant sur son candélabre, ce sont de vraies personnes, avec des amis, une famille, des vrais conseillers et subordonnés. Des gens qui avaient autre chose à faire que jongler avec cent cinquante fonctions. De vraies personnes. Pour le peuple, en somme.
Puis le Roi de Lucre sombra dans le sommeil.


Monsieur Retorneau le bourgeois, traversait les petites ruelles marchandes adjacentes au palais. Une journée fructueuse, se dit "monsieur Retorneau". Il avait gagné à sa cause deux barons, un marquis et un vicomte. D'un autre côté, il avait perdu un prince et un duc, qu'il avait carrément offerts à la cause du Maréchal Guitou. Mais au fond, la cause du Maréchal Guitou, c'était la sienne, aussi. C'était le jeu. Certains personnages gagneraient, certaines idées perdureraient peut-être cinquante ans avec un peu de chance et les autres, écartés du jeu du pouvoir ou plus simplement de la panoplie de costumes et de personnalités de "Monsieur Retorneau", savaient s'éclipser. Il passa devant une cordonnerie et se dit que s'il continuait comme ça il allait bientôt être anobli. Encore une fois, se dit-il en riant dans sa barbe, qui risqua de se détacher. "Monsieur Retorneau" – manifestement futur "Messire Retorneau" – tourna devant un chaudron de thé de Noël touillé par deux ouvriers. L'odeur de cannelle perdurait encore, quelque part entre son nez et son cerveau, lorsqu'il pénétra dans une mansarde insoupçonnable. Aussi insoupçonnable que le passage derrière la tapisserie du bureau du Duc de Vannes. Et personne ne savait non plus.
Il claqua la porte au nez de la brume et du froid qui essayaient d'entrer et entreprit de se dévêtir de son maquillage, de sa barbe factice et de ses couches de vêtements qu'il accrocha impeccablement à un cintre marqué sobrement : Monsieur A. M. Retorneau.
Il s'alignait aux côtés d'une bonne vingtaine d'autres crochets composites ou s'entassaient maquillages, fiches techniques et vêtements, eux aussi étiquettés :

• Mal Guitou
• Bon Latour
• Sénéchal de Guise
• Bon de Merte-Faux
• Mess. de Virme
• Dc. de Graaf
• Sire Calogrenant

Et il n'y avait là que ses rôles principaux. pour les cent huitante sept autres il louait un entrepôt près des ports. C'était cher mais ses rentes d'Ecuyer-Sénéchal-Chevalier-Baron-Comte-Marquis en plus de celle de Gardien des Clés de la Couronne et de Garde des Sceaux le lui permettaient. Ce n'était même pas de l'usurpation, il s'était fait anoblir par le Roi de Lucre en personne. C'était juste qu'il…Cumulait, mettons. Et qu'il bernait le roi, les ducs, les marquis…Bref, il bernait tout le monde en beauté. Il se demanda si quelqu'un découvrirait un jour le stratagème. 

Il se demanda s'il allait encore passer un bleu de travail pour rejoindre les ouvriers dans son personnage fameux de "Eul'Roger de la rue du Castel" mais il étais tard et il devait dormir pour quatorze, au fond. Au moment d'enfiler son pyjama il ressentait la gêne habituelle en se demandant "qui suis-je ?". Peu de gens se le demandaient en dehors de raisons philosophiques obscures pour le moins confuses. Lui il se le demandait parce qu'il devait réellement se concentrer pour savoir quel pyjama il devait mettre. Et surtout, quelles initiales devait-il broder sur ses peignoirs ? Bref, ça n'avait l'air de rien comme ça mais ça vous minait la quiétude satisfaite dans laquelle vous comptiez vous endormir.

Il souffla sa chandelle et resta pétrifié un instant ainsi qu'un enfant qui pense qu'un monstre siège sous son lit. Il se sentait mal. Malade, même. On écrivait malheureusement peu de traités sur la Grippe de l'Imposteur . Il essaya de se rassurer, de se consoler, meme, en se disant que le Roi de Lucre, le Baron de Callègre, le Vidame de Carmide, le Colonel-Baron Sterche, le Prince de Lieze, le Duc de Vannes ou le Comte Palatin étaient de vraies personnes, pas juste des déguisements et des personnalités de rechange. Puis il s'abima à ses rêves ainsi qu'un roi.



Dix ans plus tard, le Roi de Lucre et le Duc de Graaf s’entretueront suite à un échange particulièrement violent. Du moins en apparence. On convoquera en catastrophe le Conseil des Pairs de Lucre en vue d’élire un nouveau roi. Sur les trois cents attendus, quinze se présenteront. Les quinze seuls à n’avoir pas été qu’un étiquette et un déguisement.

Le Roi Vent

Aux environs de 2008


L'Hiver, le Roi Vent se penche sur notre contrée,
son haleine vaporeuse laissant dans les nuées
— comme l'enfant couvre la vitre avec sa vapeur —
l'empreinte de son souffle, d'une opaque blancheur.

Bien qu'il puisse forger ciel et terre par ses soupirs,
la Grippe l'atteint, lui aussi, que croyiez-vous ?
Elle clôt Ses poumons, ne laissant pas même sortir
la maigre bise, le froid qui transpercera tout.

jusqu'à ce que, Ses sbires, par décembre aiguisés,
s'attaquent à la Grippe qui obstrue Ses voies,
par milles ruses, maquillés ou déguisés
trompent sa vigilance pour qu'enfin le Roi
brise son emprise, et s'éclaircisse la gorge,
relâchant les marteaux qui désormais forgent
vallées, montagnes, arbres, lacs et nuages,
tordant à leur guise l'imposant paysage.


Il inspire, tousse, soupire et crache, hagard.
Et, s'échappant des alizés, blizzards et rafales,
Ses mucosités rampent et glissent — C'est le brouillard
qui amène à nos forêts ses effluves morfales
que dévore couleurs et contours de la Nature
rien n'arrêtant l'insatiable créature

le Roi vent pourfend sans peine par ses postillons
ce spectre tout entier fait de blancheurs diluées.
Chutant çà et là, sa salive se fait flocons
qui se glissent, discrets, parmi les brumes cendrées
afin de couvrir de blanc les branch' des sapins
pliant les membres des arrogants conifères.

Il enferme les frileux dans leurs doux foyers
Et maquille le paysage, le cachant à nos regards
Et si vous vous y promenez, qui que vous soyiez
vous recevrez sur la joue, d'un air hagard
Une brûlure glacée, comme un baiser mort-vivant
Moi, je sais : ce n'est que la douce bise du Roi Vent.

Les Trois Frères


C'EST l'histoire de trois frères pirates qui écumaient les mers il y a bien longtemps de cela.

*
*  *

UNE VAGUE vint remonter et se s'abattre sur la proue du Black Jack. Le Comte s'appuyait à la rambarde du navire, son catogan presque défait par le vent. Il était vétû très élégamment. Trop élégamment pour quelqu'un qui vivait en mettant à sac les navires qu'il rencontrait. Malgré sa situation de pirate, il avait glorieusement esquivé tous les stéréotypes associés à sa fonction et était donc, pour l'heure, l'heureux propriétaire de deux yeux, dix doigts, tous ses membres et une peau sans trace de cicatrices. De plus, ses vêtements (en l'occurrence un manteau gris, taillé sur mesure, à brandebourgs cuivrés, une chemise au col de dentelle, un pantalon en velours noir qui bouffait délicatement sur ses hautes bottes proprement cirées, ainsi qu'un tricorne, assorti à la teinte de son manteau) n'étaient pas couverts de sang, de sueurs ou d'autres fluides corporels sortis de leurs contenants habituels par les dures lois de l'existence. Cette entorse à la tradition pirate de sentir comme une aisselle de forgeron par temps de canicule ainsi que ses excès de coquetterie, lui avaient valu des sobriquets pour le moins déplaisants. La liste s'en agençait chronologiquement comme suit :

- Le marquis
- Le comte
- Le duc
- La duchesse, hihihi
- Arghnonpitiéonplaisantaitlaisseznousvivreargh.
- Le comte, ça allait bien, en fait.

Il fut bientôt rejoint par son sosie. Enfin, un sosie crasseux qui ressemblait au Comte comme où un furoncle ressemble à un grain de beauté. Un sosie qui aurait trimballé une armurerie entière dissimulée plus ou moins habilement parmi ses ourlets, ceintures et fourreaux qui le ceignaient sans cohérence. En plus de cette quantité exubérante d'armes, il portait assez de breloques et de bracelets pour en avoir des marques de bronzage sur les avant-bras.
C'était le Capitaine, de trois ans son cadet.

"On les aura bientôt rattrapés", annonça le Capitaine avec l'assurance mesurée de qui s'est plongé dans de complexes calculs de vitesse avant de les biffer sauvagement, agacé du manque de coopération des calculs de triangulation, avant d'inscrire "anvirons troi quars d'heure" en faisant un paté d'encre, qui avait étonnamment la forme de la Floride.
"L'équipage le sent, ils s'agitent, ajouta le Comte, alors que la cordelette qui tenait ses cheveux les laissa définitivement onduler, tombant dans les flots.
Un silence s'installa, tout fait de vagues, agitant le bateau et les cheveux du Comte.
"Ouais", dit simplement le Capitaine.

Une traque de plusieurs jours ponctuée d'échanges de canon quand le hasard rapprochait les pirates et la pauvre proie avait rempli les jours et l'esprit de l'équipage, et l'abordage en était l'aboutissement. La zone de faible courant dans laquelle s'engageait le navire chinois le prenait au piège. Sa silhouette promettait des monceaux d'or et de joyaux, facilement convertibles en rhum et en femmes dans le premier bourg auquel ils accosteraient. Et cette silhouette grossissait à vue d'oeil.
Le Capitaine reporta son attention sur la bannière qui claquait au sommet du mat. 
IIIC.
Les "Trois C", comme on les appelle en tremblant. Comte, Capitaine et… Ah, le voilà, justement. Le Chevalier.

Une armure rouillée, comme arrosée par une pluie d'urine pendant des siècles, s'extrayait de la cabine, un casque coiffé d'un panache tout aussi écarlate sous un bras, une masse d'arme et qui donnait des frissons quand on la regarde dans l'autre main. Ce guerrier anachronique semblait ajouter le tétanos à la liste des méfaits du combat et des voyages en mer. Des algues pendaient ça et là, coincées dans les rivets qui liaient les plaques de cette carapace. C'était le cadet de ce trio et, sous tous points de vue, le plus terrifiant. On racontait, en tremblant qu'il s'agissait de quelque paladin  Et pour ajouter à la terreur, il brandissait cette masse d'armes qui donnait des frissons quand on la regarde et qui faisait facilement le poids d'un homme ou deux.
Il restait sur le navire. C'est un point peu connu des stratégies marines mais, lorsqu'un navire se fait aborder par des pirates, il envoie toujours un contre-abordage sur le bâtiment adverse afin de profiter de la défense éparpillée de l'ennemi. Ca crée donc un instant d'incertitude prononcée ou tout le monde se bat sur les deux navires, tenant d'en prendre le contrôle.
Le Chevalier avait bien essayé, un temps, de se propulser à l'attaque, comme tout le monde, au moyen d'une corde et d'un peu d'élan, mais, à cause du poids de son attirail, il avait glissé le long de sa liane pour laisser un joli trou en forme de chevalier dans la coque adverse. Il avait par là même envoyé par le fond la cargaison convoitée et risqué sa vie. Récupérer, par nuit de tempête, les morceaux de la cuirasse, qu'il avait abandonnés pour échapper à la noyade, lui avait valu une belle pneumonie.
Non, quitter le pont n'était pas prudent. Il restait là, couvrant l'ennemi d'imprécations moyenâgeuses et lui explosant le crâne.

Trois frères… Abandonnés par une famille négligente, ils avaient été inséparables. Rien ne les avait divisés quand ils s'étaient embarqués sur une des flottes bigarrées, souvent mêlées des déçus des colonies, des monarchies, de l'esclavage et de de l'oppression en général. Le Rêve Pirate, profondément ravivé par la république pirate de Libertalia, au nord de Madagascar, y était pour beaucoup. C'est ensemble que les trois frères étaient passés sous les bottes des marins, sous le pont, dans les cuisines, dans la cabine du cartographe, et, honteusement, de nouveau cuisiniers mais dans la marine française. Attention, non pas qu'il y ait honte à être cuisinier. Quelqu'un qu'on laisse faire la tambouille,  alors qu'il pourrait empoisonner tout l'équipage reçoit forcément la confiance et le respect de tous. C'est un organe important de ce monstre qu'est un équipage. Non, la honte c'est d'avoir servi sous les ordres du Roi de France, d'avoir servi la couronne la plus opportuniste du monde qui n'attend que la ruine des autres empires pour plonger dessus et grailler les restes, ainsi qu'un vautour. Heureusement, un coup du sort plaça leur navire sous les affres d'une attaque. Ils profitèrent de l'occasion pour empoisonner la bouffe, justement, dès que les canons pirates apparurent. A coups de casseroles, de barricades et d'ingéniosité, ils finirent par triompher des soldats français, déjà bien entamés par les troubles digestifs que le poison leur causait. C'est donc un galion sous le contrôle des trois frères, le drapeau à fleurs de lys brûlant sur le pont. Ce haut fait, avait pour ainsi dire scellés leurs destinées. Pour se protéger des balles, le cadet s'était empêtré dans des casseroles. En perfectionnant la technique, il avait forgé le personnage du Chevalier. L'aîné avait, pour trophée, volé le manteau d'un comte, un vrai. En effet, le pavillon à fleurs de lys n'est brandi que quand un membre de la famille royale est à bord. Qu'il ait réussi à faire couler le sang bleu, lui valut beaucoup, beaucoup d'estime et son début de surnom. Quant au benjamin, l'autorité avec laquelle il menait ses deux frères et les moussaillons qu'ils avaient ralliés à leur cause le fit baptiser Capitaine.
Peu de temps s'écoula avant que les deux navires ne se séparent. La fratrie avait pris le commandement d'un des deux et étendu la bannière des trois C.

Le Gruel




C'est une légende qui court les siècles. Vous avez tous entendu parler du macabre Joseph d'Arimathie qui, pour satisfaire ses fantasmes un peu bizarres, recueillit le sang du christ alors qu'il dégoulinait de ses plaies.

"– Non mais sérieux, Joseph, t'abuses, lui murmura le crucifié, Tes penchants necrophiles, je disais rien; surtout que, bon, après avoir ressucité deux-trois gus, la mort, la vie, pour moi c'est un peu abstrait. Mais tu pourrais attendre que je clamse, quand même. C'est sale."
Il aurait ajouté "Sale Vautour de merde", mais St Thomas et deux trois autres adeptes du politiquement correct l'ayant retiré, rien n'est sûr.
"– Oui, seigneur, répartit Joseph, mais je pense l'ajouter à ma collec, tu vois, comme ça, je pourrais assurer mes vieux jours. Et des fois que t'es le fils de Dieu, si ça se trouve y'a ptêtre des superpouvoirs dans ton sang, on sait jamais. D'ailleurs tu pourrais me dédicacer un morceau de la croix, tant que t'es dessus ? Ca aurait plus de valeur sur ebay.
– Je… Rhr…
– Oui, un stylo, bien sûr, je dois avoir ça, attends."
Aussitôt, le Christ expira. "Aucune patience.", dit Joseph. Puis il partit avec le Graal.

(Ici petite précision : on le voit comme un calice, mais le Graal est, au moyen-âge, un plat large et peu profond servant à contenir de la viande. Moins glorieux, et la métaphore sexuelle du Da Vinci Code tombe un peu à plat. Dans l'cul, Dan Brown.)

Voici donc – ensuite – la légende du Gruel. Après les noces de Canaa, Jésus de NazaAreiit'h découvre les dures peines de l'incarnation, à savoir la gueule de bois. Hé ouais, ça fait le malin en changeant de l'eau en vin, mais après qu'il l'a fait sur la piscine, la soirée a dégénéré. Titubant et essayant vainement de multiplier les aspirines, il empoigna une casserole pour y deverser à gros bouillons les hosties demi-digerées que contenait son estomac.

"– Hé, christ, christ ! Ceci est ton corps, hein ?! Hahaha.
– Arhk. Ptt. Ta gueule, Judas. Viens, plutôt que d'dire des conneries, on va essayer de choper le premier chameau pour Bethléem."

Ils laissèrent là le Gruel plein du vomi christique. La légende dit qu’à l’instar de la Sainte-Lance qui Saigne (qui servit à percer son flanc), ou pointait toujours une goutte de sang, dussiez-vous l’essuyer cent fois, le Gruel est tapissé d’une couche de crasse immonde et noirâtre impossible à nettoyer, dussiez-vous frotter des semaines durant. Force est de constater qu’à chaque fois qu’on fait des Röstis Mazout, on se retrouve avec une incarnation du Gruel très réaliste

Le Docteur (BD)



Petite BD réalisée pour le concours de la FNAC, sur le thème, captivant, de "super-héros… ou pas."

Je subodore ma défaite prochaine, donc je le poste déjà ici. Soyez indulgent pour les couleurs, le côté flashy est à imputer à parts égales à ma mauvaise gestion de l'aquarelle, des niveaux de photoshop et du scanner.